‹ Souvenirs - 1785-1870 - du feu duc de Broglie (volume 3)Chapitre 15 sur 31 · Polytechnique, de droit, de médecine · texte numérisé non relu

Polytechnique, de droit, de médecine

OU à raison, des propos tant soit peu arrogants et comminatoires. Il aurait annoncé que le ministère allait être modifié dans le sens de M. Dupont (de l'Eure), la Chambre des pairs remplacée par un Sénat électif, la Chambre des députés dissoute, et remplacée par une autre Chambre, dont l'élection appartiendrait à tous les citoyens imposables à quelque degré que ce fût. Ce qui est sûr, c'est que le 22, au plus fort de cette crise nouvelle, trente ou quarante députés s'étant trouvés réunis au ministère des finances, dans le salon même de M. Laffitte, M. OdilonBarrot fit devant eux un tableau effrayant de l'état des choses. Il dénonça une conspiration pour le renversement du gouvernement, conspiration tellement formidable, que lui préfet de la Seine ne croyait pas possible de lui résister au premier instant. La conspiration étant forte surtout, ajoutaitil, par suite de la division qui s'était mise dans la garde nationale, il fallait faire cesser au plus tôt cette division, et il n'était qu'un moyen : préparer une loi électorale sur les bases les plus larges, et entrer ainsi dans la voie des concessions démocratiques.

Tout ceci, bien entendu, n'obtenait aucun crédit dans la très grande majorité de la Chambre élec-

tive, mais y entretenait une grande indignation. Le nom de maire du palais, de citoyen, roi, usurpant sur le roi citoyen, de mylord protecteur courait de bouche en bouche, et ce mécontentement grossissant d'heure en heure, ne tarda pas à porter ses ses fruits.

Tandis que nous délibérions en effet au Luxembourg, on discutait, au Palais-Bourbon, une loi sur la garde nationale, dont l'une des dispositions principales était ainsi conçue :

« Il ne pourra être nommé de commandant supérieur des gardes nationales de tout un départe ment ou même de tout un arrondissement. »

C'était, a fortiori, supprimer, quant au principe général, ce commandement de toutes les gardes nationales du royaume dont M. de la Fayette se trouvait momentanément investi en raison des circonstances. Lui-même en avait été d'avis, lui-même avait plus d'une fois déclaré qu'une telle autorité n'était pas compatible avec le régime de la monarchie constitutionnelle; mais, quand vint le moment du vole, la Chambre s'étant empressée de saisir l'occasion qui se présentait de manifester son humeur et n'ayant pas admis sans quelque hésitation la proposition de maintenir provisoirement

l'état des choses exceptionnel, sauf à laisser plus tard à M. de la Fayette, mais simplement ad honoretn, le titre qu'il avait porté, M. de la Fayette remit sur-le-champ au roi sa démission. De là grande rumeur; efforts inutiles pour le décider à la retirer; menaces des turbulents; sollicitations des timides. Comme il y mettait pour condition celle-là même que nous avons indiquée plus haut, le roi prit son parti; bien qu'avec regret la démission fut acceptée et le comte de Lobau, l'une des gloires du premier empire, l'un des commissaires de l'hôtel de ville durant les premiers jours de notre révolution, accepta la succession sans hésiter, avec cette fermeté tranquille qu'il conservait dans sa vie politique comme sur le champ de bataille. Vint alors le tour de M. Dupont (de l'Eure), qui, laissant tomber enfin l'épée de Damoclès qu'il tenait depuis trois mois suspendue sur nos tètes, suivit M. de la Fayette dans sa retraite et fut remplacé par Mérilhou, qui le fut à son tour par Barthe.

Il n'en fut que cela.

On avait menacé le roi, d'abord d'une émeute épouvantable, puis de processions innombrables et incessantes entre Paris et la Grange, où M. de la Fayette s'était retiré sous sa tente. Ce devait être la

contre-partie des souvenirs de M. de Choiseul et de Chanteloup. Vain espoir pour les uns, vaine appréhension pour les autres. Tout aboutit à une explication sur le terrain très légal de la Chambre des députés, et encore ne fut-ce que par incident (le 22 décembre) et à l'occasion d'une proposition insignifiante.

M. Laffitte y tint un langage mesuré, mais plus ferme que son caractère; M. Odilon, sans abandonner ses amis, protesta contre toutes les imputations dont il avait été l'objet; il en fut de même huit jours plus tard de M. Dupont (de l'Eure), et l'année se termina paisiblement, mais non sans laisser après elle des traces et des germes d'agitation que l'année d'après devait retrouver, ranimer et fomenter de plus belle.

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