S6 SOUVENIRS
annoncé la reprise des hostilités contre les Belges pour ce soir à neuf heures et demie.
» Ce matin à cinq heures, le roi a reçu une lettre du roi des Belges qui lui demande le secours d'une armée française.
» Le roi ayant reconnu l'indépendance de la Belgique et sa neutralité, de concert avec l'Angleterre, la Prusse et la Russie, et les circonstances étant pressantes, obtempère à la demande du roi des Belges. 11 fera respecter les engagements pris d'un commun accord avec les autres puissances.
> Le maréchal Gérard commande l'armée qui marche au secours de la Belgique, dont la neutralité et l'indépendance seront maintenues, et la paix de l'Europe troublée par le roi de Hollande sera consolidée.
'^^ » Dans dételles circonstances le ministère reste; il attendra la réponse des Chambres au discours de la couronne. »
Cet appel aux armes du roi de Hollande qui nous venait si fort à point, comme on le voit, et qui fit notre salut peut-être en faisant sa perte, tenait à plusieurs incidents qu'il suffit d'indiquer ici et en ce moment. Ledit roi ne s'était soumis qu'à regret et de mauvaise grâce à l'armistice imposé par la
conférence de Londres aux deux parties belligérantes, en Belgique, et de plus mauvaise grâce encore à la décision arbitrale qui posait les bases delà délimitation entre leurs territoires respectifs. Il s'y était résigné toutefois, tout compte fait et crainte de pire; mais c'avait été alors la Belgique qui, faisantà son tour la grimace, l'avait faitsifort, que nous hésitâmes nous-mêmes à la mettre au pied du mur; puis, pour lever ce nouvel obstacle, la conférence ayant remis son œuvre sur le tapis, et s'élant accordée avec le soi-disant gouvernement de Belgique, moyenant des concessions réciproques, le roi de Hollande avait trouvé l'occasion bonne pour tout rompre et pour envahir le territoire qui lui échappait. C'était la bienvenue qu'il préparait au prince de Saxe-Cobourg, tout récemment élu roi des Belges au refus de notre duc de Nemours. Il avait bien refait à neuf son armée, vaincue l'année précédente dans la guerre des rues, et prenait par surprise des vainqueurs débandés, débraillés selon l'usage des temps de révolution, et qui, tout fiers encore de leurs prouesses passées, ne doutaient de rien et ne se doutaient de rien.
Le parti que pritnotre ministère de retirer sur-
le-champ sa démission, de la retirer pour un moment et jusqu'à nouvelle épreuve; de déblayer, avant tout, la pauvre Belgique et de remettre en selle son pauvre roi nouveau-né, fut d'autant mieux accueilli qu'il venait en aide à tout leV monde : à notre roi, qui ne savait plus auquel entendre ; à la majorité des députés, toute ébahie de son équipée, et à la minorité, qui ne savait que faire de son demi-succès d'aventure.
L'épreuve ne se fit pas attendre.
Ce même jour, 4 août, défi porté au roi de Hollande, déjà presque à Bruxelles; défi à l'opposition dans notre Chambre des députés. Même succès sur l'un et l'autre terrain; ce fut partie gagnée presque sans coup férir. A la première somma-Y tion, le roi de Hollande fit rentrer sa petite armée dans son petit royaume héréditaire ; il en fut pour sa honte, qui ne fut pas courte, et pour l'isolement où il s'était placé, en rompant avec ses protecteurs naturels et en les armant d'un prétexte décent pour leur abandon définitif. Notre opposition (j'entends celle de nos adversaires) couvrit mieux sa retraite et paya mieux de sa personne; elle fit pendant quatre grands jours (du 9 au 13 août) feu des quatre pieds; toutes les positions de
l'adresse furent successivement attaquées, mais toutes les attaques furent repoussées de haute lutte, et, le 13 août, l'adresse entière, œuvre du parti ministériel, fut adoptée, sauf quelque chicanes de mots tout à fait misérables, par une majorité de 282 voix contre une minorité de 73.
C'était une majorité désormais formée et formidable; c'était le prix de la décision, de la vigueur et de l'à-propos. Le cours des affaires put alors être repris, et l'arriéré, qui s'était rapidement produit durant l'intérim ministériel, put sortir des limbes et prendre rang à l'ordre du jour.
Cet arriéré n'était ni petit, ni de petite conséquence.
M. de Salverte avait proposé de substituer à l'article 23 de la Charte la création d'un Sénat à vie, c'est-à-dire la suppression complète de la pairie; — M. Glais-Bizoin, la suppression de la questure; — M. deSchonen, le rétablissement du divorce; — M. Daunou, des indemnités pour les condamnés politiques; — un pétitionnaire, bien appuyé dans le scinde la Chambre, la revendication des cendres de Napoléon; — M. Boissy-d'Anglas, la reconnaissance des grades et décorations accordés par l'ex-empereur Napoléon, durant son