IV
court règne des Gent-Jours, grades et décora-y lions annulés sous la seconde restauration par les ordonnances des 28 juillet et 1" août 4815.
Cette dernière proposition eut les honneurs de la priorité ; elle fut discutée dès le 15 septembre, et j'y viens tout de suite, en raison de la part active qu'il me fut donné d'y prendre, après coup, dans le sein de la Chambre dont j'étais membre. H La question était, à coup sûr, ardue et délicate. En droit, et même en simple raison, comment apprécier, comment qualifier les funestes épisodes des Gent-Jours ? N'y devait-on voir qu'un régime d'usurpation et de violence? Le Napoléon des Ge/it-Jours avait-il vraiment régné? Avait-il eu qualité pour engager l'État, disposer du patrimoine public, conférer validement des rangs et des récompenses? Et cette question en élevait une autre plus aj"due et plus délicate encore. Qu'est-ce, en théorie pure, que le régime légal? A quels signes le discerner et le reconnaître dans la confusion des troubles civils? tranchons le mot, où réside la souveraineté entre les prétendants qui l'invoquent à titres divers?
On voit quel champ de discussion une telle proposition ouvrait aux partis, aux opinions,, aux sys-
têmes, et l'on ne doit pas s'étonner que la nouvelle Chambre des députés, toute pressée qu'elle était de bien d'autres et de plus urgentes affaires, s'y soit livrée à perte de vue, qu'elle s'y soit embrouillée de plus en plus, de pas en pas, et que la mêlée ait fini par un compromis où les principes en vogue et les intérêts personnels ont trouvé mieux leur compte que les suggestions du bon sens et les règles de la logique.
J'essayai de rétablir les droits de l'un et de l'autre quand vint notre tour d'y statuer; j'essayai de remettre en honneur les vrais, les éternels principes de la vraie et éternelle politique. Ce fut, pour moi, l'occasion d'une profession de foi que je tiens pour œuvre d'honneur et de conscience, et sur laquelle je demanderai à être jugé si jamais l'avenir s'occupait de moi.
Mais, laissant de côté ce qui me concerne et partant ne mérite pas qu'on s'y arrête, comment oublier que, à peine notre ministère était-il remis sur pied et réinstallé, un nouveau coup de vent le vint frapper, sinon à la tête, du moins au cœur, et l'ébranler de nouveau sans le renverser..
Le jour même de son succès, ce même \6 sep-
tembre si j'ai bonne mémoire, M. Perier descendant de la tribune et rentrant épuisé dans son cacinet, y reçut, coup sur coup, la nouvelle des combats désastreux de Wavre, de Dembewilkie et de la funeste bataille d'Ostrolenka ; de l'assaut donné à Varsovie, assaut terrible et bientôt suivi par la dispersion du gouvernement provisoire. C'en étaity' fait de la Pologne.
\ Le bruit s'en répandit dans tout Paris dès le soir même et provoqua durant quatre jours des scènes tumultueuses qui compromirent gravement la tranquillité publique. Le ministère des affaires étrangères fut assailli par une bande furieuse. M. Perier et M. le général Sébastiani, arrêtés sur la place Vendôme dans leur propre voiture, n'échappèrent qu'à grand'peine aux violences dont ils furent menacés. Les efforts en tout genre et dans toutes les directions, vociférations, tumultes, placards, appels au peuple, voies de fait à la sortie et dans l'intérieur des théâtres et des lieux publics, attaques jusqu'aux portes et j usqu'à mort d'homme dans l'enceinte des Chambres et du Palais-Royal, ayant été énergiquement réprimés par la troupe et la garde nationale, vint enfin Vultima ratio de l'interpellation à la tribune. Le 19, à l'ouverture de la séance,
M. Mauguin s'y présenta dans une attitude majestueuse et funèbre. La foule répandue aux abords du palais était immense et serrée. Les sentiments de l'orateur étaient partagés par l'auditoire, au dedans et au dehors, mais partagés en plus d'un sens; si les cœurs étaient consternés, les esprits étaient pleins de trouble et d'angoisse : d'un côté, les désastres de la Pologne et l'abandon de la France, de l'autre, l'impuissance à rien prévenir, à rien réparer, et la folie d'une entreprise insensée. Chaque parole excitait un frémissement qui gagnait de proche en proche et se trahissait en éclats de voix aussitôt rétractés qu'échappés.
Il était, néanmoins, presque impossible que la discussion, quels qu'en fussent l'intérêt et l'issue, apprît à quelqu'un quelque chose; les raisons pour et contre l'entreprise de venir en aide à la Pologne avaient été, depuis un mois, vingt fois données de part et d'autre; la distance qui sépare les bords de la Seine des bords de la Vistule et la nécessité pour la franchir à main armée de passer sur le corps de l'Allemagne tout entière sautaient aux yeux mêmes de ceux qui tâchaient en vain de les fermer : aussi M. Mauguin s'efîorçait-il en vain, pour renouveler le débat, de l'agrandir et de le dépayser
par des personnalités et des récriminations outrageantes, quand M. Perier prit la parole.
« Pourquoi, dit-il, cette discussion? Quel en est le but? Quelle en est l'utilité? Les questions qu'on soulève devant vous, il y a quelques jours que vous les avez examinées, que vous les avez approfondies, que vous les avez tranchées par le vote de l'adresse. La politique que l'on attaque, vous l'avez approuvée; vous vous y êtes associés par une majorité de deux cents voix. Depuis ce vote, les circonstances ont-elles changé? A-t-on produit un fait inconnu, un argument nouveau? Aucun. D'où vient donc qu'on vous oblige encore une fois à entendre ces allégations? C'est qu'on veut infirmer les décisions que vous avez rendues, ou plutôt ce n'est pas à vous qu'on s'adresse. Les paroles prononcées du haut de cette tribune sont destinées à retentir au dehors de cette enceinte. Ces débats ne devant pas aboutir à un vote, on espère couvrir au moins d'un doute l'impression que vous en aurez ressentie. Yaincu au scrutin, on veut se soustraire au scrutin pour s'attribuer la victoire et tromper le pays. La Chambre ne peut se prêter au succès d'un tel subterfuge. Quant au gouvernement, il n'accepte pas la position qu'on prétend lui faire. Accusé, il ne
veut pas rester chargé de raccusation. Il veut être jugé. Si la Chambre condamne ses principes ou sa conduite, qu'elle le fasse connaître; si elle les approuve, qu'elle en partage avec lui la responsabilité. Il faut de l'avenir au pays. Ce n'est pas en bouleversant chaque jour l'ouvrage de la veille qu'on se prépare un lendemain. Je demande à la Chambre qu'un ordre du jour motivé, dont elle sentira, je l'espère, la nécessité, donne une signification, un but, un résultat à cette délibération. Que votre majorité se lève une seconde et dernière fois pour le système de la paix, la France sera rassurée, et l'anarchie sera confondue. »
Ni la majorité tout éperdue qu'elle fût, ni la foule toute polonaise dans ses clameurs, n'osa résister à cet appel. L'opposition, comme l'a judicieusement remarqué un sage historien, se trouvait prise au piège; elle avait voulu une discussion sans conclusion, afin de rester maîtresse d'indiquer au pays cette conclusion et de la faire tourner à l'affaiblissement du ministère; un vote motivé allait déjouer tous ses calculs et donner au ministère une force nouvelle. Pouréchapper à ce danger, M. Mauguin n'eût d'autre expédient que de dépayser la discussion et de réclamer une enquête
sur la conduite de ses adversaires et les antécédents de leur vie publique, le tout assaisonné de force injures et calomnies; mais vains efforts ; le lendemain, dès l'ouverture de la séance, M. Ganneron, secondé par M. Guizot, proposa un ordre du jour conçu en ces termes :
« La Chambre satisfaite des explications données par MM. les ministres sur les affaires extérieures, et se confiant dans leur sollicitude pour la dignité de la France, passe à l'ordre du jour. »
Nouveau débat dès lors; tentatives de tout genre pour éluder le défi par des exceptions dilatoires, des hors d'œuvre et des personnalités; séance jusqu'à huit heures du soir, mais séance terminée par un appel nominal : deux cent vingt et une voix de majorité contre cent trente-six; le dernier et redoutable défilé était passé.
"^ Mais à chaque jour sa peine; venait maintenant la grande, la vraie, la triste question de la session actuelle, celle que nous avait aveuglément léguée la session précédente, à savoir l'hérédité de la pairie. Que serait désormais la Chambre des pairs sous le régime de 1830? Qu'allait-elle devenir sous le coup qui la menaçait?
"^ L'hérédité était condamnée d'avance ; je ne
m'étais fait, sur ce point, ainsi qu'on l'a vu en son lieu, aucune illusion. Livrer, une année durant, et presque au lendemain d'une révolution, cette question aux lieux communs de la démocratie; étaler, en quelque sorte, cet unique et dernier joyauK de notre écrin monarchique comme un défi et comme une proie aux appétits populaires, c'était simplement lui préparer un affront; mieux eût valu le lui épargner, et faire soi-même à la sottise sa part. Aussi n'y avait-il eu, de collège en collège, si chétif grimaud qui ne se fît faute de donner à nos seigneuries aux abois le coup de pied de l'âne, et j'ai regret d'ajouter que notre jeunesse doctrinaire elle-même s'en passa la fantaisie, apparemment pour se racheter des modérations dont elle se piquait sur tout le reste.
Que faire cependant et quel parti prendre?
Maintenir la pairie telle qu'elle subsistait, ou, si Ton veut, végétait encore, la maintenir telle quelle, c'est-à-dire soumise indéfiniment à la nomination royale, tout en supprimant l'hérédité, c'était garder le nom sans la chose, stat nominis umbra; c'était faire de la Chambre haute une simple commission royale en permanence, un simple instrumentum regni dont le gouvernement, quel qu'il fût, dispo-
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serait à son gré en temps ordinaire, mais qui, par cela même, ne lui prêterait aucun appui en temps de trouble et de faction.
Remplacer, en revanche, l'hérédité par l'élection populaire, ce serait créer une seconde Chambre des députés, sauf peut-être quelques différences pratiquement insignifiantes d'âge ou de cens, une seconde Chambre animée du même esprit que l'autre, produit du même vent d'opinion; autant vaudrait, disait M. Royer-Collard, couper en deux la Chambre existante, et tirer au sort à qui serait de l'une ou de l'autre moitié.
Restreindre enfin la prérogative royale, la réduire à ne s'exercer, pour le choix des pairs, qu'entre un certain nombre de catégories professionnelles, ce serait s'exposer à ne faire de la Chambre haute qu'un hôtel des Invalides pour les vétérans de l'armée, de la magistrature et qui pis est de la cour.
^En tout, dans un pays comme le nôtre, dans un pays d'égalité légale et presque sociale, abolir, coûte que coûte, le peu qui restait d'hérédité, c'était démonétiser d'avance toutes les distinctions concevables et laisser la royauté, seule de son espèce, livrée, dans la nudité de
son isolement, au flol montant de la démocratie. M. Perier était, en ceci, dans une anxiété cruelle. Il était homme de grand sens; sa raison, du haut de la popularité véritable dont il était l'œuvre et l'honneur, dominait avec mépris les misères d'une popularité de vanités et de criailleries. Il était homme d'État et l'avenir du pays lui tenait plus au cœur que le succès du moment; mais il avait l'âme fière, et la simple idée de fléchir devant un caprice populaire lui faisait monter le sang au visage. En même temps, il y voyait clair; il ne pouvait méconnaître ni la violence du vent qui soufflait contre nous, pauvres pairs écIopés,detous les coins de l'horizon, ni la presque impossibilité, pour le gros de la majorité, de faire faux bond aux engagements pris envers le gros des électeurs, ni la nécessité pour lui-même, s'il s'engageait en faveur de l'hérédité, de livrer encore une fois en succombant avec elle notre cause, le pays et le roi à l'ennemi commun ; le roi, dis-je, car ce qui était le pire, dans ce jeu désespéré, M. Perier avait le roi contre lui : il aurait fallu lui forcer la main pour lui faire risquer le tout pour le tout, non seulement sans la moindre chance, mais sans la moindre envie de gagner. Certes, si jamais premier ministre
s'est trouvé pressé à la dernière extrémité, ce fut le nôtre ce jour-là.
Il réunit le 20 août au ministère de l'intérieur environ quarante députés les plus influents de la majorité; la question à l'ordre du jour y fut longtemps discutée; tous les systèmes y furent successivement proposés et débattus, M. Perier gardant le silence; l'avis fut unanime, mais sur un seul point, l'impossibilité de maintenir le principe de l'hérédité.
Deux jours plus tard, le 23, autre réunion, mais composée, cette fois, des pairs les plus acrédités de notre Chambre; triste et morose réunion, où chacun se réservait de sauver son honneur personnel, en votant pour l'hérédité, mais sans qu'aucun prît sur soi d'en conseiller la proposition. Delà part de M. Perier, même silence, et je l'imitai en cela, bien décidé, quelque fixé que je fusse au fond, à ne m'engager que sur le terrain et pour tout de bon, et à ne point livrer mon opinion et ses motifs au tapage des estaminets, aux ergotages des journaux et aux commérages des salons.
M. Perier savait, d'ailleurs, à quoi s'en tenir; je m'en étais expliqué vis-à-vis de lui, à cœur ouvert bien qu'en confidence.
La question, lui avais-je dit à plusieurs reprises, n'est pas de savoir si le principe de l'hérédité est essentiel à la pairie; sur ce premier point, nous sommes à peu près tous du même avis, sans en excepter, en vérité, ceux qui travaillent des pieds et des mains à l'abolir.
La question n'est pas,nonplus, de savoir ce qu'il faut penser des expédients qu'on met en avant pour suppléer ou supplanter l'hérédité. Sur ce second point, nous sommes encore à peu près tous du même avis, sans en excepter les inventeurs de l'un ou l'autre de ces expédients.
La question enfin n'est pas de savoir si, livrant pour l'honneur des armes la bataille de l'hérédité, il nous reste une chance quelconque. Pour être certain du contraire, il suffit d'ouvrir les yeux et les oreilles.
L'hérédité, donc, étant sacrifiée quant à présent, sacrifiée de grand cœur par le grand nombre, sacrifiée à regret par l'élite des gens sensés, l'unique et vraie question est de savoir par qui sera proposé et consommé le sacrifice, quel sera, en ceci, notre exécuteur des hautes oeuvres. Nous faut-il rappeler ad hoc le ministère Laffitte et consorts? Alors pourquoi l'avoir renversé? On savait bien
apparemment qu'accepter son héritage n'était pas un bénéfice sans charges et sans grosses charges; qu'il y avait, entre autres, un saut périlleux à franchir du premier bond. Nous faudrait-il jouer la farce d'une démission simulée, d'un ministère postiche, d'un ministère de comparses entrant et sortant au coup de sifflet; en supposant qu'il se trouvât des acteurs pour un pareil rôle, cela ne serait ni décent ni sérieux. Non, non, c'est au ministère actuel qu'il échoit en partage de boire lui-même ce calice d'amertume, de s'imposer à lui-même cette tâche désolante, de venir lui-même inviter ce qui nous reste de la Chambre haute à se mutiler ellemême pour la seconde fois, à prononcer, pour la seconde fois, contre elle -même, une sorte de dégradation civique.
Le peut-il en tout bien, tout honneur?
Le peut-il sans compromettre l'avenir du roi et du pays?
Le peut-il de l'aveu de la Chambre des pairs ellemême?
Il le peut, selon moi, en tout bien tout honneur, s'il prend la question de haut et sa position par le grand côté; s'il tient au roi, au pays, aux deux Chambres le langage austère de la vérité; s'il dé-
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nonce, en quelque sorte, la majorité à elle-même; s'il la fait rougir de l'alternative où son caprice la réduit; s'il fait peser sur elle la responsabiliié qu'elle encourt, tout en se montrant prêt à la partager avec elle ; s'il appelle les défenseurs de l'hérédité à la défendre jusqu'au bout, en les secondant de ses vœux, en déplorant le malheur des temps qui lui interdit de se placer à leur tête.
Il le peut, selon moi, sans compromettre l'avenir du roi et du pays, parce que le danger, s'il est réel à la longue, n'a rien de pressant, rien qui soit comparable au danger de rentrer en révolution, en rappelant aux affaires le parti révolutionnaire, parce qu'après tout, il ne s'agit pas ici d'instituer, tout d'une pièce, une Chambre haute nouvelle, mais de maintenir sur pied une Chambre haute existante, une chambre haute élue, en son temps, sous la garantie de l'hérédité, une Chambre aguerrie par quinze ans de luttes où elle s'est fait grand honneur; il s'agit de ne la pas laisser corrompre par de mauvais choix, et de prévenir les mauvais choix, en soumettant son renouvellement progressif à des conditions sévères.
Il le peut enfin, selon moi, de l'aveu de la Chambre des pairs elle-même, en faisant directement
appel à son honneur véritable, j'entends par là son patriotisme, sa sagesse, son expérience des hommes et des choses; en la plaçant, digne qu'elle en est, au-dessus des jalousies de corps et des animosités de parti; en lui rappelant les services qu'elle a rendus, les épreuves qu'elle a traversées, les circonstances bien diverses de sa bien courte carrière. Notre Chambre des pairs n'est point héréditaire ; elle a mérité et conquis l'hérédité, sous la seconde restauration; elle en a conservé le principe, en dépit des efforts faits à coups redoublés par le gouvernement déchu pour dénaturer ce principe et pour l'avilir. Ce qu'elle a conquis et conservé jusqu'ici, elle peut le perdre sans doute, et retomber dans son premier état; mais elle peut aussi le recouvrer plus tard ; les temps changent, les préventions s'éteignent, le bien souvent renaît du mal lui-même. Ce qui nous importe aujourd'hui, c'est un temps d'arrêt sur la pente révolutionnaire; ce qui nous importe, c'est de sacrifier, par un acte de notre propre et libre volonté, notre intérêt personnel à la paix du moment; ce qui nous importe, c'est de ne pas réduire le gouvernement actuel à la nécessité d'abuser à son tour, pour vaincre notre résistance, du pouvoir légal que la constitution
place en sa main, de nous contraindre par la menace, triste exemple que nous donne, en ce moment même, le ministère delordGreyenvers la Chambre des lords, dernière et honteuse ressource qu'il ne faut pas même laisser entrevoir.
Après m' avoir écouté très attentivement plus d'une fois, M. Perler se réserva d'y réfléchir; mais j'ai lieu de croire que, s'il hésitait encore, c'était moins sur le fond même de la mesure que sur le langage à tenir en la proposant. Il ne lui était pas aussi aisé de s'entendre avec le roi et les ministres ses collègues sur le second point que sur le premier. Néanmoins, il franchit le pas. Je trouve dans ma correspondance de famille le passage suivant :
« M. Perier est venu me voir ce matin, et me demander de lui rédiger et le projet de loi sur la pairie et l'exposé des motifs. »
Et quelques jours après :
« J 'ai terminé mon travail et l'ai remis à M. Perier ; il doit présenter son projet lundi prochain.
» Je vais chez M. Perier pour lui porter mon travail. »
Mais ce travail, dont je n'ai point gardé copie, rencontra, ce semble, bien des difficultés. Je trouve
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en effet, dans cette même correspondance, le passage suivant :
« M. Yitet est venu me prier d'aller au ministère de l'intérieur pour revoir son exposé des motifs. Il n'a pas pris le mien, je ne sais pas trop pourquoi; le sien n'est pas trop bon : tout amour-propre d'auteur à part, j'en suis fâché ; mais cela n'a pas grande importance. »
Bref, le 27 août, aleajacta fuit.
Du haut de la tribune, le président du conseil prononça, non le front haut, comme d'ordinaire, et d'un ton d'autorité, mais en homme qui remplit un pénible devoir, des paroles que, pour ma part, je n'avais point placées dans sa bouche :
« Puisqu'une indépendance constitutionnelle qu'on doit en théorie regarder comme protectrice de la liberté publique est confondue dans l'imagination des peuples avec l'ancienne aristocratie nobiliaire, oppression de nos libertés civiles ; puisque notre devoir, notre besoin est de consulter l'impression populaire, en attendant la conviction nationale, nous vous proposons, comme ministres chargés de recueillir les vœux publics, et d'y satisfaire en tout ce qui n'est pas contraire à la justice, nous vous proposons, comme ministres déposi-
taires de l'ordre public, mais en vous laissant, à vous, messieurs, comme législateurs, une grande part de responsabilité dans celte détermination, nous vous proposons de déclarer que la pairie cesse d'être héréditaire. »
Tout ceci, sans doute, était excellent d'idées et de langage; mais, à mon sens, dépassait un peu la mesure. 11 est, dans les moments solennels, des choses qu'il faut indiquer sans les expliquer, sous peine d'en affaiblir un peu l'impression, en ne laissant rien à faire à l'imagination de ceux qu'on veut émouvoir.
A plus forte raison, quand le président du conseil, « dans la probabilité d'un retour de l'opinion, dans la prévoyance du moment où le vœu national se mettrait d'accord avec les principes, proposait de déclarer que le nouvel article 23 de la Charte pourrait être révisé », quand il ajoutait « qu'il était bon de laisser à la nation mieux inspirée plus tard la possibilité de réformer l'œuvre d'une . époque où des prétentions de personnes, une agitation révolutionnaire et des passions tout actuelles, avaient érigé une erreur en opinion publique », il dépassait non seulement la mesure mais le butlui-même, il compromettait, tout ensemble, le
présent et l'avenir, le présent en entretenant l'irritation des esprits, au lieu de la laisser s'amortir parle succès, l'avenir en s'empressant de devancer une réaction qu'il était tout au plus permis d'espérer; c'était chose qu'on pouvait tout au plus laisser entrevoir aux amis, aux intéressés, mais dont il fallait se garder de menacer des adversaires victorieux.
Le projet de loi, d'ailleurs, était non seulement simple, mais trop simple, car il se bornait à maintenir, dans toute son étendue, la prérogative royale, nombre illimité, choix illimité, sans aucune précaution prise contre l'abus possible et trop probable de l'un et de l'autre, ce qui ne pouvait s'expliquer et se défendre que par le caractère ouvertement provisoire de la proposition. I Elle n'eut aucun succès, et moins encore l'exposé des motifs. Je trouve les passages suivants, dans plusieurs de mes lettres, écrites, coup sur coup, à cette date :
« La loi sur la pairie est l'objet de toutes les conversations. Comme on devait s'y attendre, elle ne convient à personne, et M. Perier est, en ce moment, fort blâmé de tout le monde. Gela devait être ; il a transporté la responsabilité de la mesure
au public et aux Chambres ; il leurdit : a Faites ce que vous voulez absolument, mais je vous avertis que c'est une sottise et que vous vous en repentirez« ; personne ne veut accepter cette responsabilité; les partisans de l'hérédité sont fâchés d'être obligés de la défendre eux-mêmes à leurs risques et périls; ses ennemis sont fâchés d'avoir à répondre des conséquences ; la gauche est fâchée d'avoir à s'escrimer contre autre chose que l'hérédité. »
« Je n'ai pas appris grand'chose hier soir. Les affaires se brouillent beaucoup dans notre Chambre sur la question de l'hérédité; les esprits sont fort aigris; cela m'inquiète assez; j'espère pourtant qu'on pourra ramener ceux qui ne s'engageront pas trop par leurs paroles; le mal, c'est que je n'y puis plus grand'chose ; j'y suis mal vu, comme ayant abandonné les intérêts du corps. »
« J'ai été voir M. Royer-CoUard, que j'ai trouvé mécontent, aigre, occupé de lui-même et pas trop raisonnable. Il m'a paru de ceux qui s'emploient à désorganiser notre pauvre Chambre, et à persuader à la partie timide que le point d'honneur s'accorde cette fois avec leur disposition naturelle, et que ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de se retirer. Je crois que, somme toute, il ne réussira pas. »
a. On dit que le plan de M. Perier éprouvera les plus grandes difficultés. De son côté, M. Pasquier assure que, si l'on propose moins que cela, on le rejettera, on se dispersera. »
« La journée d'hier a été bonne; tous les bureaux de la Chambre des députés ont discuté à fond... On est convenu, en général, d'admettre le projet de loi, moins la réserve de revision, et en indiquant quelques conditions d'éligibilité. Sur huit bureaux nous avons eu sept nominations. Mais je ne fais cas de tout cela que comme une justification du parti qui a été pris; il est évident que ce parti, tant critiqué, a calmé toutes les têtes, que tous les esprits sont maintenant tournés à la réflexion, et que la réaction en faveur de l'hérédité commence à se prononcervisiblement. Qu'est-ce que cela produira, je l'ignore, mais j'ai bonne espérance. Il faut se résigner à être injurié, maltraité, plaisanté même par ses amis; ce n'est qu'à cette condition qu'on traite les affaires avec bon sens... »
« La question de l'hérédité gagne, et la réaction se prononce d'une manière assez sensible. Je n'oserais dire de quel côté sera le résultat définitif, mais je penche à croire que l'hérédité pourra bien être maintenue, non que la Chambre des députés
l'adopte jamais d'une manière formelle, mais parce que les deux Chambres s'accorderont à ne pas s'accorder, et que la loi tombera de guerre lasse. Si ce résultat est obtenu, on trouvera alors que le parti pris était le seul bon, le seul véritable, et nous qui ne sommes pas, en ce moment, bons à jeter aux chiens, il se trouvera que nous avons agi avec la prudence qui convenait. En ce moment, nous ne pouvons nous vanter de rien; mais patience; ce qui est sûr, c'est que, si l'on avait proposé le maintien pur et simple de l'hérédité, la Chambre dos députés et le public seraient maintenant en combustion au lieu d'être en réaction. Le malheur, c'est que l'exposé des motifs ne valait irien. »
Telle que la proposait, bien contre son gré, Mj.(Perier, la nouvelle constitution de la pairie fui soumise à l'exanien d'une commission où le principe 4e l'hérédité- fut vivement soutenu, à tel point même qu'il ne fiit écarté qu'à la majorité d'une voix et que le rapporteur, M. Bérenger, se réserva de le défendre en son nom personnel.
Le rapport substituait au principe de l'hérédité celui des catégories. Il en instituait vingt-cinq, dans le sein desquelles le choix du roi devrait s'exercer à l'avenir, sans limite de nombre. La pairie était
viagère. Résolution définitive; plus de revision à venir et éventuelle. C'était prendre un grand et triste parti; c'était donner en plein dans l'objection que j'ai signalée tout à l'heure ; c'était faire de la pairie un hôtel des Invalides et une pépinière de courtisans. Mieux valait, selon moi, la liberté pleine et entière du choix royal, sous la responsabilité des ministres et le contrôle de la presse. Une garantie purement illusoire, une garantie qui n'en est pas une, est la pire chose qui se puisse imaginer. C'est le manteau dont se couvrent le favoritisme, les médiocrités obséquieuses; mieux valait surtout, sans annoncer imprudemment un retour prochain à l'hérédité, laisser l'avenir libre, et le définitif en suspens.
En parcourant, néanmoins, un peu dédaigneusement, j'en conviens, cette série de conditions banales ou saugrenues que l'on prétendait imposer au choix royal sous prétexte de le limiter, mais][qui ne pouvait réellement lui ouvrir un champ plus libre en lui ménageant plus d'excuses, je fus frappé de celle qui rendait admissible à la pairie.
« Les propriétaires, les chefs de manufactures, de maisons de commerce et de banque payant 5000 francs de contributions directes, soit en
raison de leurs propriétés foncières depuis six ans, soit en raison de leurs patentes personnelles depuis huit ans... »
En d'autres termes :
Quiconque possède, en France, un établissement solide, durable, ostensible, équivalant tout au moins à cent mille francs de revenu. , Voilà, me dis-je, une condition efficace, une garantie véritable; en supprimant toutes les autres, en ne conservant que celle-là, mais en y tenant la main, on aurait, en France, une vraie Chambre des pairs et j'ajoute une Chambre des pairs héréditaire en fait, si ce n'est en droit, parce que la grande fortune est, elle-même, naturellement héréditaire, et que les conditions sociales se régleraient naturellement sur le but de perpétuer la pairie, une fois acquise, dans le sein des mêmes familles et d'en ouvrir successivement les portes aux existences nouvelles.
Je me promis de laisser, à part moi, mûrir cette idée, et de voir quel parti il serait possible d'en tirer, quand nous viendrait le moment de la discussion.
Elle s'ouvrit, dans l'autre Chambre, le 30 septembre. Dans sa première phase, elle dura jusqu'au
10 octobre; ce fut plutôt une joute, un tournoi, une vraie passe d'armes qu'un débat pour tout de bon, tant le résultat était imposé par l'ensemble des circonstances et le pitoyable état des esprits. L'hérédité eut tous les honneurs de l'éloquence. Défendue avec éclat par M. Thiers, qui fît là son début d'homme d'État et promit ce qu'il a tenu; par M. Royer-Collard, solennellement drapé dans son manteau de Jérémie; par M. Guizot, qui jamais ne s'est élevé plus haut; attaquée, en revanche, par ce fatras de lieux communs égalitaires qui, pris au pied de la lettre, auraient entraîné la royauté avec \?i pairie, et restreints dans les limites du bon sens maintenaient la pairie héréditaire comme la royauté, on peut affirmer que sa cause fut aussi manifestement gagnée en principe qu'inévitablement perdue en fait. La discussion réelle ne s'engagea que sur les articles, et, en particulier, sur l'amendement qui proposait de n'admettre comme candidats à la pairie que des élus désignés par les collèges électoraux. C'était rentrer indirectement et gauchement dans le système d'une pairie élective. Après deux jours de débals très vifs, l'amendement fut rejeté par une majorité de 244 voix contre 186; mais, en disparaissant à peu près, il
déteignit, par malheur, sur l'autre condition dont je viens de parler tout à l'heure, la condition de propriété.
Lorsqu'on effet on en vint là, un député plus avisé que la commission (M. de Mosbourg) fit remarquer, avec raison, que cette condition était, à l'égard des autres, sinon incompatible, du moins frustratoire, et tendait à dénaturer l'institution même qu'on voulait fonder. « Que voulons-nous ? disait-il. Une pairie viagère; une pairie personnelle et fondée exclusivement sur les services des membres qui la composent. S'il suffit pour y parvenir d'un certain état de fortune, cet état de fortune tiendra lieu de services personnels et, comme il sera héréditaire, sauf partage entre les enfants, il suffira d'un simple arrangement de famille pour forcer à peu près la main au choix royal; ce sera, au premier degré, une aristocratie de richesse, qui rétablira au second l'aristocratie de naissance. »
C'était bien ainsi que je l'entendais, et c'était précisément là ce que j'y trouvais de bon.
Pour remédier à cet inconvénient prétendu, M. de Mosbourg proposa d'ajouter à la condition de propriété l'obligation d'un stage de six ans dans un corps électif (un conseil général ou une
chambre de commerce); c'était rentrer par une nouvelle porte dans le système de la pairie élective. Ce fut sur cet amendement, mal compris peut-être de part et d'autre, que s'engagea la discussion entre les nôtres et l'opposition. Il fut adopté en définitive, mais il ne le fut qu'à la majorité de neuf voix (175 contre 166).
Je fis là-dessus mon plan de campagne.
Rien de plus simple, me dis-je, que de rejeter un amendement qui n'a passé qu'à neuf voix ; rien de plus simple que de demander le rétablissement intégral d'un article proposé par la commission même de la Chambre des députés; rien de plus simple enfin, en le réclamant, que d'en admettre et d'en professer tout haut la portée et les conséquences, à savoir la substitution possible et pro parte qua d'une aristocratie de propriété à l'aristocratie de naissance, laissant la première devenir, s'il y avait lieu, la seconde; mais librement et par le simple effet du cours des choses ou des transactions sociales.
Voilà, me dis-je encore, le terrain sur lequel doit se placer la Chambre des pairs. Après avoir défendu de haut avec sagesse et dignité, au nom des principes reçus, son droit acquis à l'hérédité
directe et nécessaire; après en avoir fait généreusement le sacrifice aux préjugés du moment, il lui appartiendra de revendiquer, au nom de la liberté, le droit naturel, le droit de tous à l'hérédité indirecte et volontaire, à l'hérédité, en tant qu'elle peut résulter de l'action composée du choix royal, delà propriété et des arrangements de famille. La quasi-majorité de l'autre Chambre, quitte envers ses électeurs, ne pourra manquer, en s'associant à noire vœu, de devenir une majorité complète et considérable ; en résultat, la France aura, au lieu et place d'une pairie héréditaire en droit, une pairie héréditaire en fait, une pairie perpétuellement recrutée par le choix royal dans l'aristocratie propriétaire du pays, sans préjudice des services rendus et de l'illustration personnelle ; qui sait si ce n'est pas là, à tout prendre, la meilleure des combinaisons?
Je me mis à l'œuvre sur-le-champ, et j'essayai de faire partager mes idées à mes amis. J'en eus tout le temps, car la loi ayant passé le 18 octobre ne fut portée à la Chambre des pairs que le 22 novembre. «En résumant, dit V Annuaire historique, les débats auxquels elle avait donné lieu, on trouve que, dans la discussion générale, la question de l'hé-
redite avait dominé toutes les autres, et que, dans la délibération des articles, tout l'intérêt s'était étendu sur le mode de création des pairs. Le gouvernement avait emporté le point capital : après l'abandon du principe héréditaire, la nomination royale, quoique restreinte par les catégories; mais il avait perdu le -paragraphe relatif à la faculté de reviser la Charte, faculté que le président du conseil avait vivement défendue. »
Que ferait, dès lors, le gouvernement? que ferait la Chambre des pairs ?
Quant au gouvernement, si la Chambre des pairs tenait bon, coûte que coûte et à tout risque, pour' le principe de l'hérédité, il n'avait de choix qu'entre deux partis : ou la soutenir dans sa résistance et laisser la guerre civile s'établir entre les deux Chambres, ou rentrer dans la voie de la restauration, et créer dans la Chambre des pairs une majorité factice, en faveur de l'abolition de l'hérédité.
Quant à la Chambre, elle semblait, de son côté, n'avoir de choix qu'entre deux partis, ou de se résigner simplement à subir l'abolition de l'hérédité ou de se laisser forcer la main par l'importation d'une majorité factice,sauf à chacun, s'il le jugeait
convenable, à donner ensuite sa démission. C'était entre ces deux extrêmes que venait se placer ma proposition, et c'était là sa chance de succès; mais j'avais compté, d'une part, sans l'impatience du gouvernement, et, de l'autre, sans le point d'honneur bien ou mal fondé de mes très chers et très honorés collègues. ■ iiL i^yi^
Le gouvernement était pressé d'en finir. Tîrliill^ en sens contraire par des devoirs également urgents, également impérieux, sommé par la Chambre des députés d'obtempérer à son vote, par laChambrè des pairs de la maintenir dans son droit, acculé ou à peu près à une sorte de coup d'Etat, harcelé par l'opposition qui l'y réduisait et n'avait pas honte d'en faire un grief contre lui, d'aller même jusqu'à lui contester le droit constitutionnel de créer de nouveaux pairs; s'il voyait ma proposition de bon œil, il ne me secondait pas beaucoup dans mes efforts.
Mes collègues de la pairie, pessimistes pour la plupart, en ce sens qu'il ne leur déplaisait pas de voir dans l'embarras un ''gouvernement qu'il n'avaient pas appelé de leur vœux, engagés pour la plupart de parole en faveur de l'hérédité, faisaient grand bruit de l'obligation de lui demeurer fidèle
à tout prix, à tout risque; et, cpmme ma proposition, en préparant son rétablissement, débutait par en accepter l'abolition dans sa forme actuelle, ils n'en voulaient pas entendre parler. Je ne fus compris que de mes plus intimes, et parmi nos gros bonnets, je ne trouvai pour me soutenir que notre président, M. Pasquier, et notre grand référendaire, M. Decazes. M. Pasquier nous exhorta tous deux à entrer dans la commission et à y travailler de notre mieux, ce que nous fîmes, et la commission prise en soi était fort bien composée; mais avant qu'elle se réunît, le coup fatal était frappé; le gouvernement avait élevé à la pairie, si tant est que le mot élevé soit, en cette occasion, le mot propre, trente-six serviteurs de l'État, qui la plupart en étaient très dignes par leur mérite personnel, leurs services ou leur position sociale, mais qui, nommés manifestement dans le but de changer la majorité dans le sein de la Chambre, y entraient, il faut bien le dire, sous de tristes auspices. M. Perier avait été plus loin que lord Grey, qui s'était contenté de la menace ; où la prudence de l'un avait suffi, la précipitation de l'autre gâta tout.
Dès lors, en effet, tous mes efforts devaient être vains et la Chambre devait naturellement se parta-
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ger entre les purs ministériels, les purs légitimistes qui ne cherchaient qu'une occasion de faire une éclatante retraite, et les simples mécontents qui, sans aller jusque-là, n'étaient pas fâchés, en votant pour le maintien de l'hérédité, de prétendre aux honneurs de la résistance et de laisser peser exclusivement l'abolition sur les purs ministériels et sur les intrus.
Néanmoins, nous ne perdîmes courage ni M. Decazes ni moi, et nous pérorâmes tant et si bien dans le sein de la commission que nous la gagnâmes à notre thèse. Elle choisit M. Decazes pour son rapporteur et proposa purement et simplement l'adoption de la loi dans son état primitif, c'est-àdire purgée de l'amendement Mosbourg, et posant, comme condition pure et simple de candidature à la pairie, la grande propriété sans aucune souscondition d'élection préalable.
Jusque-là, tout allait bien ; mais là se rencontrait la plus sérieuse, la plus intraitable des difficultés, l'appel aux inimitiés, aux susceptibilités, aux vanités personnelles. Dans la discussion qui se préparait, toutes les positions étaient prises, toutes les coteries sur le qui-vive, tous les engagements en évidence; tous les discours étaient annoncés,