‹ Souvenirs - 1785-1870 - du feu duc de BroglieChapitre 11 sur 14 · II. 2i · texte numérisé non relu

II. 2i

moyens de résistance quand nos soldats seront au fond de l'Espagne, quand nos arsenaux seront vides; nos places fortes dégarnies, notre trésor épuisé?

» Il nous faudra donc voir revenir dans nos murs une soldatesque insolente; ils nous demanderont, au nom de leurs maîtres, et de museler le peu de liberté de la presse qui nous reste, et d'étouffer la liberté de la tribune, et d'ouvrir les prisons d'État, afin d'y ensevelir pour leur bien les esprits remuants. Car, sachez-le bien, c'est là le véritable but de cette croisade qui commence aujourd'hui par l'Espagne, mais qui se dirige en réalité contre nous ; ce ne sont pas les débats des Gortès espagnols, ce ne sont pas les principes révolutionnaires de l'Espagne qui troublent réellement le repos des souverains absolus; la liberté de la presse de France, la tribune de France, les vérités qui en jaillissent dans la langue universelle de l'Europe, voilà les vrais ennemis de la Sainte-Alliance! voilà les ennemis qu'il faut exterminer!

» Et, quand l'attentat sera consommé, quel spectacle présentera le continent de l'Europe? L'Espagne occupée militairement par la France; l'Italie occupée militairement par l'Autriche; la France

occupée militairement par une armée combinée; l'Allemagne occupée militairement par la Russie. Partout la brutalité du soldat; partout le despotisme du sabre. >

Ces dernières paroles excitèrent un mouvement d'impatience accompagné d'un murmure contenu ; mais j'étais placé sur un terrain inattaquable ; il était impossible de m'interrompre, sans être accablé par la réplique. Je poursuivis, et je terminai par la péroraison que voici :

« Quant à moi, aujourd'hui j'ai payé ma dette, j'ai acquitté rna conscience ; jamais je n'ai rempli un aussi pénible devoir. Nous allons bientôt nous séparer; qui sait sous quels auspices nous nous réunirons de nouveau? qui sait s'il sera encore possible d'élever une voix libre dans cette enceinte et d'y traiter des intérêts de la France et de ceux de l'Europe dans un langage honnête et sincère? Il m'est arrivé plus d'une fois de me présenter à cette tribune pour y combattre des mesures contraires à la liberté des citoyens, mais c'étaient là des atteintes passagères et de peu d'importance, révocables du moins par l'autorité même qui les avait portées. Aujourd'hui je viens de tenter un dernier effort, un effort inutile et désespéré eu fa-

veur de l'indépendance des peuples. 11 m'est arrivé plus d'une fois de me présenter à cette tribune quand la capitale de la France était encore en proie aux baïonnettes étrangères; mais du moins alors, en subissant la loi de la guerre, nous avions notre libération en perspective; les ministres qui dirigeaient les affaires y consacraient les jours et les nuits. L'homme que la confiance du roi avait placé à la tête de ses conseils y avait mis toute sa gloire; élevé loin de son pays, lié par tout ce que la reconnaissance a de sacré envers un puissant monarque du Nord, cet homme portait cependant en lui un cœur tout français; il abhorrait la domination étrangère ; il était digne de donner, comme il l'a fait, à son maître le conseil généreux de risquer s'il le fallait sa couronne pour la tenir avec honneur. Aussi, malgré ses erreurs, quoiqu'il ait failli bien souvent, quoiqu'il nous ait livré à l'administration actuelle, sa mémoire demeurera chère aux gens de bien, et l'affranchissement de la France l'absoudra de tous les reproches. Mais quelle serait la sentence que porterait l'avenir sur ceux qui, ayant reçu de ses mains un royaume florissant, libre, paisible, auraient, par leur impéritie, par leur faiblesse, par leurs tergiversations misérables, déchaîné de nou-

veau sur nous le fléau de l'invasion étrangère? Seraient-ils admis à se justifier en alléguant la pureté de leurs intentions, très réelle, j'en suis persuadé, ou leur imprévoyance des événements, très grande assurément, ou même les craintes bien ou mal fondées qu'ils auraient conçues pour la sûreté du trône? Non, l'inexorable postérité n'accepterait pas même cette dernière excuse. Comme il est des devoirs, des sentiments, des principes, pour le maintien desquels l'honnête homme doit savoir présenter la tête, s'il en est requis, il est aussi pour les gouvernements des devoirs, des sentiments, des principes pour lesquels ils doivent savoir, s'il le faut, hasarder leur existence. Honte éternelle à cette maxime que les États ou les rois sont autorisés à tout pour se conserver. Non, le salut du peuple n'est pas la suprême loi ; non, le salut des princes n'est pas la suprême loi. La suprême loi, c'est la vertu; la suprême loi, c'est la dignité morale, qu'il s'agisse d'un royaume ou de la vie ; il n'est permis à nul homme de conseiller à nul autre ni de faire, ni de dire, ni de concéder en secret ce qu'il n'oseraitavouer ; il n'estpermisà nul hommede conseiller à nul autre de se manquer à soi-même : » Et propler vitam vivendi perdere causas. »

Je descendis de la tribune et regagnai ma place au milieu d'un silence tel, qu'on eût entendu voler une mouche. Pas un ministre ne se leva pour me répondre. Pas un orateur ne prit la parole. Quelques-uns de mes amis ayant, selon l'usage immémorial, demandé l'impression de mon discours, la Chambre la refusa à une faible majorité ; la minorité en ma faveur fut également faible. Dans les conversations qui suivirent, la séance levée, personne ne me blâma ni ne me soutint vivement. J'avais évidemm.ent dépassé la mesure.

Ce fut la seule fois, sous la Restauration, où la Chambre des pairs m'ait témoigné son improbation en refusant l'impression d'un de mes discours.

Celte séance du 30 avril ne précéda que de neuf jours la clôture de la session. Je ne pris aucune part à la discussion de la loi des comptes, aucune à celle du budget de 1824; ces discussions furent fort animées, malgré l'absence de la gauche et le silence du centre gauche, au sein de la Chambre des députes. Le ministère y fut vivement attaqué par ses propres amis; à l'extrême gauche succéda l'extrême droite.

Je ne pris non plus aucune part à la discussion

de plusieurs propositions assez importantes en elles-mêmes, mais qui n'eurent aucune suite; entre autres, celle de M. Ferrand sur le régime des congrégations religieuses de femmes, et celle de M. Pasquiersur l'abolition du crime d'embauchage en temps de paix. La détestable affaire de Caron, que j'ai racontée au précédent chapitre, fut, sinon la cause, du moins l'occasion de cette proposition, et M. de Peyronnel eut le triste courage de la combattre, les mains en quelque sorte encore teintes du sang de cet infortuné. Cela fit horreur à tous ceux que n'égarait pas l'esprit de parti.

La session terminée, rien ne me retenait plus à Paris, et, le château de Broglie n'étant pas encore habitable, je partis pour Coppet avec ma famille. Ce fut là que j'appris successivement la série des événements que nos discussions avaient préparés.

Le W mars, après une longue résistance et plusieurs changements de ministère, qui ne changeaient rien à la situation, le roi d'Espagne, malgré sa répugnance, avait consenti de mauvaise grâce à quitter Madrid. Il s'était établi, le 10 avril, à Séville. C'était presque le jour même où le duc d'Angoulème franchissait la Bidassoa. Le 24 mai,

'.m SOUVENIRS.

Madrid tombait au pouvoir des Français, tandis que le général Molitor poursuivait les armées espagnoles en Aragon, le général Bourke en Galice et le général Moncey en Catalogne.

Le il juin, notre armée prenait possession de Cordoue, et, le 12, les Certes, après avoir déposé le roi, — déposé provisoirement, en transférant l'autorité royale à une régence provisoire, — prenaient avec lui le chemin de Cadix.

Partout les armées espagnoles fuyaient ou se dispersaient; partout leurs généraux trahissaient ou transigeaient.

Le 24 juin, l'armée française arrivait devant Cadix, et commençait les travaux de siège. Le 8 août, le dauphin essayait de mettre un terme aux fureurs de la réaction, en publiant l'ordonnance d'Andujar, tentative généreuse qui fut désavouée à Paris. Le 26, il venait lui-même diriger le siège; le 30, il enlevait le Trocadéro; le 1" octobre, après maintes et maintes négociations inutiles, Cadix capitulait; le roi d'Espagne était délivré; les Certes se dispersaient et le pouvoir absolu reprenait le cours de ses folies sanguinaires.

Ajoutons qu'en Portugal, sous les auspices de notre invasion en Espagne, la contre-révolution

s'opéra d'elle-même, et par suite d'un mouvement purement intérieur; commencée le 3 février par une levée de boucliers du comte d'Almarante, elle se termina le 2 juin par la dispersion à peu près volontaire des Cortès, et, de ce mouvement qui, après avoir envahi les deux péninsules menaçait de s'étendre à toute l'Europe, il ne resta plus qu'un souvenir où le ridicule l'emportait sur l'intérêt. ^C'était un rude coup pour ceux qui, comme moi, tout en regardant comme folles et criminelles les insurrections militaires de l'Espagne et de l'Italie, s'étaient engagés, de tout cœur, contre les interventons militaires de l'Autriche et de la France. '^Nous étions, bon gré, mal gré, entraînés dans la déroute, et les amis que j'avais dans l'aristocratie genevoise, les affidés des petits mardis de madame Necker, avaient quelque peine à me regarder sans rire.

L'esprit de réaction, d'ailleurs, se réveillait avec la victoire, même en Suisse. Les jésuites de Fribourg obtenaient du conseil souverain de ce canton la clôture de l'institution du Père Girard. Les notes diplomatiques pleuvaient à Berne. La Sainte- Alliance réclamait à grands cris l'expulsion des réfugiés, des mesures sévères contre la presse ; le

conseil représentatif de Genève votait, pour un an, la censure, à la majorité des deux tiers des voix.

J'étais fort triste et fort irrité de tout cela; je rentrais comme un escargot dans ma coquille. Je m'efforçais de fermer les yeux pour ne point voir, et les oreilles pour ne point entendre. Je m'enfonçais, autant qu'il dépendait de moi, dans le travail. Montesquieu a dit quelque part qu'il n'avait éprouvé aucun chagrin dont une heure d'occupation sérieuse ne l'eût consolé. Me préserve le Ciel d'en dire autant; mais j'ai souvent reconnu dans le cours de ma vie publique, que le travail désintéressé était le vrai remède aux disgrâces de la vanité et de l'ambition.

Je m'y livrai cette fois de tout cœur; l'occasion était belle : je fis plus, j'arrêtai dès lors un plan de conduite que j'ai toujours poursuivi depuis, et qui m'a servi de refuge dans toutes les alternatives de mon existence et de ma carrière. C'a été de rédiger en corps de doctrine, les idées, les réflexions que me suggéraient successivement le cours et la diversité de mes études, et d'avoir ainsi, sous la main, plusieurs ouvrages commencés, que je regardais avec regret du coin de l'œil quand je ne pouvais m'en occuper, que je reprenais à plaisir et cou

amore quand me revenait un peu de loisir, et qui font, depuis dix ans, le charme de ma retraite et la consolation de ma vieillesse.

Je débutai, en 1823, par l'économie politique.

J'avais, sur ce sujet, plusieurs idées qui m'étaient tout à fait propres et personnelles, idées que je crois vraies, et de nature à jeter un jour nouveau sur les questions les plus difficiles et les plus controversées de la science. J'essayai de m'en bien rendre compte, en leur préparant, sous le nom d'Introduction à Vétucle de l'économie politique, un cadre assez étendu.

J'aurai occasion d'expliquer, pins tard, par quelles raisons, sans y renoncer entièrement, je n'y ai pas donné suite. On en trouvera dans mes papiers de nombreux et longs fragments, à valoir ce que de raison. La science a fait depuis lors des progrès auxquels je ne suis pas resté étranger ; on en trouvera la preuve dans plusieurs essais, d'une date postérieure, et dont je parlerai en temps et lieu.

N'ayant guère quitté Coppet, durant la dernière moitié de l'année, n'y voyant que peu de monde, et n'ayant point été séparé de ma famille, je ne trouve rien dans ma mémoire ni dans ma correspondance privée qui mérite d'être consigné ici.

J'ai regret, au début de cette année, de n'avoir plus pour guide et pour garant de mon exactitude que ma propre mémoire. Le journal, si souvent cité, me fait défaut désormais. Il s'arrête à la fin de 1823. Aussi bien, depuis dix-huit mois, il avait été souvent interrompu. La confiance avait fait place à la réserve. Durant le cours du procès engagé devant la chambre des pairs, nous avions découvert que deux de nos domestiques, gagnés' par la police, copiaient ce journal et le lui livraient.

Voici la lettre que j'écrivis à ce sujet, en l'adressant à M. Mounier, alors directeur général de

la police; mais j'ai lieu de croire que celte œuvre de ténèbres avait commencé beaucoup plus tôt, et remontait presque jusqu'au temps où mes meilleurs amis étaient au ministère.

« Monsieur le baron,

N\ ï Deux de mes domestiques, touchés de repentir, viennent de m'avouer que, depuis dix-huit mois, ils sont payés par l'administration à la tête de laquelle vous êtes placé, pour épier ce qui se fait et se dit dans ma maison, remettre mes lettres, copier mes papiers et ceux de ma femme.

» L'un d'eux est Suisse, je le renvoie dans le canton de Vaud. J'espère que, revenu dans un pays où le métier qu'il a été entraîné à faire est inconnu, il pourra reprendre une vie honnête ; du moins, il n'y sera plus exposé à la subornation.

» L'autre est un Français, il est de Paris; il se nomme Baptiste Dumas; son nom doit être inscrit sur les registres de la pohce.

» Il est facile de concevoir qu'après la faute que cet homme a commise, je dois le renvoyer et ne puis, ni lui donner un certificat de bonne conduite, ni souffrir que, à ma connaissance, il entre dans

une maison honnêle. La délicatesse m'oblige à prévenir ceux qui voudraient le prendre à leur service des dangers auxquels ils s'exposent.

» Cet homme donc peut se trouver sans ressources.

» J'ai cru devoir vous en avertir, afin que l'administration de la police pense à ce qu'elle doit faire de lui et pour lui. Après l'avoir égaré, il ne serait ni juste ni humain de l'abandonner. »

Cette lettre, je l'ai reconnu depuis, était dure et injuste; j'en ai exprimé le regret à M. Mounier, par l'entremise de M. de Barante; mais elle explique comment le journal, continué pendant quelque temps, a fini par cesser d'inspirer à son auteur un intérêt sans mélange.

Privé de ce commode mémorial, je ne sais trop que dire de l'époque où nous revînmes à Paris. Ce fut, selon toute apparence, assez avant dans l'automne; du moins, ne me souviens-je pas d'avoir assisté, même en simple spectateur, aux fêtes qui célébrèrent le joyeux retour de M. le duc d'Angoulème, et je n'ai connu que comme tout le public la campagne qui se préparait contre nous, sous les auspices de la victoire.

Rien n'était plus naturel ; le gouvernement n'en faisait mystère à personne.

« Le ministère, disaient les journaux, n'a pas l'intention d'agir par surprise; il avoue hautement ses desseins ; ce qu'il veut, c'est dissoudre la Chambre, faire procéder à de nouvelles élections, et demander à l'Assemblée prochaine de fixer son existence à une durée de sept ans, laps de temps nécessaire à la confection de toutes les lois, et à l'adoption de toutes les mesures réparatrices qui doivent enfin asseoir le gouvernement sur des bases sérieusement religieuses et monarchiques. >

L'extrême droite s'opposait seule à ce plan ; elle craignait l'affermissement du ministère, plus encore qu'elle ne souhaitait celui de la monarchie ; et, quant à la gauche de toutes nuances, nous y compris, elle ne comptait plus.

Elle ne tarda pas à compter bien moins encore.

Le 24 décembre 1823, la Chambre des députés fut dissoute.

Le 25 février 1824-, les collèges d'arrondissement procédèrent à de nouvelles élections, et les collèges de déparlement, le 6 mars.

Sur 434 élections, la gauche n'en obtint que 15 dans les collèges d'arrondissement, et 2 dans les collèges de département; en tout dix-sept.

Qu'on y joigne quatre membres du centre gauche (MM. Royer-Collard, Devaux, Turckheim et Ilumann), on aura toute l'armée de l'opposition libérale ; encore faillit-elle perdre, du premier coup, sinon son meilleur, du moins, son plus illustre échantillon.

La session s'étant ouverte le 23 mars, dès le 25, l'élection de M. Benjamin Constant fut attaquée par M. Dudon, sous ce prétexte que n'étant Français qu'à titre de descendant d'une famille réfugiée, M. Constant ne remplissait pas rigoureusement les conditions exigées par la loi de 1790. Au premier moment, il se crut perdu; je le vois encore accourir chez moi tout effaré; je le calmai. Nous examinâmes ensemble sa position; elle était irréprochable; il se remit; nous vîmes ensemble ses amis, et même quelques-uns des miens qui ne l'aimaient guère. Tout alla bien; la discussion fut vive, mais le gouvernement resta neutre, et la Chambre, en l'admettant, se montra impartiale.

Le ministère étant maître du terrain, nous courbions la tête d'avance avec une résignation pleine

d'anxiété. Le plan de conlre-révolution dont il nous menaçait par ses organes tant officiels qu'officieux nous semblait appelé à se dérouler rapidement. Nous l'attendions à ses premières mesures. Mais on se trompe souvent en ne tenant pas assez compte de l'amour-propre des gens. M. de Villèle entendait bien satisfaire son parti et prêter mainforte à la légitimité; mais, avant tout, il pensait à M. de Villèle. Il entendait mettre à profit pour luimême l'ascendant du moment, en surprenant tout le monde, ses amis et ses adversaires, la cour elle public, par quelque chose de tout à fait inattendu, qui le couvrît d'une gloire toute personnelle, sauf à faire ensuite de ce triomphe tel usage que de raison dans l'intérêt des siens et de sa cause.

Le 5 avril, douze jours après l'ouverture de la session, le lendemain même de la vérification des pouvoirs, il présenta un projet de loi sur la conversion des rentes 5 p. 100 en rentes 3 p. 100, à raison de 75 francs de capital pour 3 francs de rente, avec offre de remboursement intégral en cas de refus.

Un tel projet, à coup sûr, n'avait rien de contrerévolutionnaire, et ce n'était pas à ce titre qu'il méritait d'être attaqué ; il n'avait rien, non plus de

bien nouveau ; l'histoire financière de l'Angleterre en offrait maint exemple. Pris en soi, c'est-à-dire envisagé en pure théorie, il n'avait rien enfin que de juste et de sensé.

La rente 5 p. 100 étant remboursable, aux termes du droit commun, l'État ne faisait qu'user de ce droit, en plaçant ses créanciers dans l'alternative d'un remboursement intégral ou d'une réduction d'intérêt ; c'était même, en thèse générale, un devoir pour lui, s'il trouvait à emprunter au-dessous de 5 p. 100.

Mais l'exercice de ce droit était, néanmoins, soumis, en équité et en saine administration, à plusieurs conditions.

Il fallait premièrement que l'opération fût sincère, en d'autres termes, que la réduction proposée correspondît avec le taux moyen, le taux habituel de l'intérêt de l'argent dans ce genre de placement ; il fallait que l'élévation du cours du 5 p. 100 audessus du pair, correspondît à un état de choses régulier, constant, durable, et ne fut pas le produit d'un accident, ou de manœuvres d'agiotage.

Il fallait, en second lieu, que Topération fût réelle, qu'elle n'eût rien d'illusoire ni d'aléatoire,

que l'État en recueillît effectivement et intégralement le bénéfice.

Il fallait enfin que l'opération fût loyale, que les rentiers fussent avertis en temps utile, qu'il leur fût laissé un délai d'option suffisant pour chercher d'autres placements et se convaincre, par l'inutilité de leurs propres efforts, que celui qu'on leur offrait était encore pour eux le meilleur; bien entendu que ces mots, état durable, délai suffisant, fussent interprêtés dans un sens large, dans un esprit de ménagement et de bienveillance, le gouvernement ne devant jamais agir envers les administrés, en usurier, en exacteur, en maître dur et impitoyable.

Or le plan de M. de Villèle péchait ouvertement contre ces trois conditions.

Li'opération n'était pas sincère.

C'était le 3 avril, c'est-à-dire deux jours avant la présentation du projet de loi, que le 5 p. 100 s'était élevé, à grand'peine, au-dessus du pair ; rien ne garantissait qu'il s'y maintiendrait; tout portait à croire que c'était une hausse factice et de circonstance.

L'opération n'était pas réelle.

Pour allécher les rentiers, on leur offrait, en compensation de la réduction d'intérêts, un certain

accroissement de capital; si c'était un équivalent, l'Élat n'y gagnait rien; si ce n'était pas tout à fait un équivalent, s'il y fallait, pour le parfaire, tenir compte d'une certaine chance d'augmentation dans la valeur du 3 p. 100, c'était une chance que l'État escomptait, pro tanto ; l'opération était, tout ensemble, aléatoire et illusoire.

L'opération enfin n'était pas loyale.

On prenait les rentiers par surprise; on ne leur accordait qu'un délai d'option très court; on comptait sur l'embarras, laprécipitation, l'inexpérience ; on ne leur offrait pas une véritable alternative; on exécutait sur eux un coup de bours'e.

C'étaient là les très vraies, les très légitimes objections au plan de M. de Villèle; mais ce n'étaient pas celles qui frappaient le plus le public et les Chambres, celles qui soulevaient contre lui une véritable tempête. On déraisonnait à qui mieux mieux de part et d'autre.

Les rentiers, le gros du public ne-voyaient, dans, la réduction de l'intérêt, qu'une spoliation, une banqueroute déguisée; les financiers calculaient, à grand renfort de chiffres, les millions, voire même les milliards, dont l'accroissement du capital allait grever le Trésor; les habiles soutenaient,

avec raison, que Tintérêt moyen de l'argent n'était pas encore dsscendu au-dessous de 5 p. 100, et, pour le prouver, ils analysaient les divers placements, tant en matière civile, qu'en matière commerciale, et se perdaient en appréciations comparées de la diversité des conditions et des circonstances, cherchant ainsi midi à quatorze heures, au lieu de s'en tenir au vrai et simple critérium, en fait de placements sur l'État, à savoir le rapport entre le cours elle pair établi en moyenne sur une durée raisonnable.

Moi-même, tout en entrevoyant confusément le fond des choses, tout en comprenant, tant bien que mal, d'une part, que M. de Villèle était dans son tort, de l'autre, que ses adversaires faisaient fausse route en sens divers, je fus quelque temps avant de m'en bien rendre compte; j'y parvins toutefois, et, dès lors, suivant ma règle ordinaire de conduite, je n'en soufflai mot à personne; laissant parler tout le monde, je m'en gardai le secret.

J'avais, en effet, remarqué dès longtemps que, dans toute discussion de quelque étendue, les deux vrais postes de combat, c'était le premier et le dernier, l'exposition ou le résumé; commencer ou finir; cueilUr la fleur ou recueillir le fruit. J'avais

également remarqué que, de ces deux postes de choix, le meilleur était le second; que le rôle d'arbitre, et, en quelque sorte de juge du camp, qui déblaye le terrain, panse les blessés, enterre les morts ; qui fait justice des sophismes et rend justice aux bons arguments; qui dégage enfin, en traits serrés et substantiels, la solution définitive, était le rôle par excellence, pourvu qu'on eût quelque justesse et quelque fécondité dans l'esprit, pourvu que l'on eût aussi quelque discrétion, et qu'on eût tenu en réserve, pour le coup de grâce, les raisons décisives, au lieu de les livrer à tout venant et de les gaspiller à tout propos; mais, en même temps, je n'ignorais pas qu'à jouer ce jeu là, on courait risque d'être devancé, d'arriver trop tard, de manquer le bon moment.

C'est ce que j'éprouvai, cette lois, à mon grand regret.

J'assistai en spectateur assidu et silencieux, en spectateur qui feignait plutôt l'ignorance que le parti pris, à la discussion de la Chambre des députés, discussion qui ne dura pas moins de douze jours.

Le rapport avait été déposé le 1'' avril.

Il était l'œuvre de l'un de mes amis, M. Victor

SOUVENIRS 89t

Masson , employé supérieur au ministère des fi nances, homme d'un rare savoir en économie politique et administrative, et d'un esprit plus rare encore : l'un de ceux à qui la philosophie de notre excellente comptabilité, je ne crains pas d'employer ce mot, doit le plus. J'aurais aimé à discuter ce rapport avec lui; mais, engagé comme il l'était par position, au succès de son chef, il eut été, de ma part, peu délicat de le presser; je me bornai à quelques observations présentées d'un ton indilïérent, et les réponses que j'obtins me confirmèrent dans la conviction que ces observations portaient sur le côté faible, et que là était vraiment le terrain d'attaque.

J'y fus encore plus confirmé par plusieurs entretiens avec M. Louis, où je le laissai parler tout seul, et je me tins pour sûr de mon fait.

La loi passa de haute lutte, 238 voix contre 145 ; notre opposition ne comptant que pour 17, M. de Yillèle rencontrait contre lui 128 voix, dans le sein de sa propre majorité. Cela prouvait, de reste, que la Chambre était vaincue sans être convaincue, résultat très naturel d'une attaque et d'une défense qui portaient à peu près également à faux.

Adoptée le 5 mai, la loi nous fut portée le 6, et

devint, le 21, l'objet d'un rapport confié à M. le duc de Levis.

La commission s'était prononcée pour le droit de remboursement; mais elle réclamait une exception en faveur des petits rentiers, et ses observations contraignirent M. de Villèle à faire connaître, en partie, le traité souscrit avec les banquiers étrangers et français chargés éventuellement des remboursements, traité qu'il avait refusé de communiquer à l'autre Chambre.

La discussion commença le 24.

Elle ressembla, trait pour trait, à celle de l'autre Chambre; excessive et incohérente, fondée, de part et d'autre, sur des rapprochements peu concluants et sur des calculs purement hypothétiques; elle tourna constamment en cercle, chaque orateur laissant, en descendant de la tribune, les esprits plus perplexes qu'auparavant; toutefois, autant qu'il me souvienne, M. Roy et M. Pasquicr serrèrent les difficultés de plus près.

Je ne voyais pas, sans quelque maligne joie; l'incertitude, l'embarras, les contradictions se multiplier et s'accroître; j'avais, par choix, pris rang des derniers, et j'attendais mon tour avec impatience, en* me promettant un succès d'éclat, lequel

ne manque guère son coup, quand on peut donner raison à tout le monde, en accablant son principal adversaire. Je me flattais de réussir à concentrer tous les torts sur M. de Villèle, qui, pour un peu de gloriole personnelle, faussait, en les forçant, les principes d'une sage administration, froissait, sous un vain prétexte, les créanciers de l'État, et, mangeant le blé en herbe, compromettait l'avenir en l'escomptant tout de travers.

J'avais bien médité mon discours; j'en avais disposé avec soin l'ordre, l'enchaînement; j'en avais même rédigé d'avance quelques parties sous forme de notes, afin de n'être pas pris au dépourvu, sauf à faire, dans l'occasion, de ces notes, tel usage que de raison.

Voici, à peu près, quel en était le début.

« Que penseriez-vous, messieurs, d'un homme qui vous dirait : «Venez avec moi, je vous ferai »voir quelque chose de curieux. C'est une partie de »piquet où les deux joueurs perdront, où les deux » joueurs gagneront, et cela du même coup; où » chaque joueur enfin gagnera plus que l'autre »n'aura perdu.

» Gela vous surprendrait, à coup sûr. Vous chercheriez le mot de l'énigme. Eh bien, demandez-le

à M. le ministre des finances. Il est lui, cet hommelà; ho es ille vir, La partie de piquet, c'est la mesure qu'il vous propose; les joueurs, c'est l'État, ce sont les rentiers; l'État, qui doit, selon lui, gagner à cette mesure, en réduction de l'intérêt de sa dette, plus qu'il ne perdra en accroissement de son capital; les rentiers qui, selon lui, doivent gagner, à cette mesure, en accroissement du capital de leur créance, plus qu'ils ne perdront en réduction d'intérêt,

» J'ai tort, si ce n'est pas cela — cela, dis-je, — cela même, que M. le ministre des finances se fait fort de démontrer. J'ai tort, si ce n'est pas là le dernier mot de son argumentation à deux fins.

» Relisez, je vous prie, ses discours. Voyez de quel ton d'autorité il gourmande nos financiers; comment il leur enseigne ex cathedra que, la dette étant perpétuelle, peu en importe le capital dont le remboursement en peut être renvoyé aux Calendes grecques; qu'il n'y a qui vaille, en tout ceci, que la réduction d'intérêts, laquelle est bel et bien réelle, et va commencer tout à l'heure. Voyez en même temps de quel ton de commisération dédaigneux il console les pauvres rentiers, comme il leur fait sonner aux oreilles, en échange

d'un chétif intérêt dont il ne reste rien au bout de l'année, ce gros lopin de capital qui deviendra pour eux et pour leurs familles la poule aux œufs d'or.

» El nous, messieurs, nous à qui s'adressent, en premier ressort, ces allocutions incohérentes, pour ne rien dire de plus, nous, tuteurs nés de ceux qui payent et aussi de ceux qui pâtissent; nous, gardiens de la bourse publique, et aussi de la foi publique, quel rôle entend-on nous faire jouer dans ce tour de passe-passe?

» Quel rôle? je vais vous le dire, et, pour cela, souffrez que je vous rappelle une toute petite anecdote.

» Le général Baraguay d'Hilliers était, sous l'Empire, colonel général des dragons. C'était un chef vailiant et sage; s'il vivait encore, il siégerait sur ces bancs. Le corps des dragons, à cette époque, était à deux fins, comme l'éloquence de M. le ministre des finances, je veux dire qu'il était dressé dans un double but, à deux genres de service, celui de l'infanterie et celui de la cavalerie.

i>Le malin, le général Baraguay d'Hilliers conduisait lui-même, à pied, ses dragons au champ de Mars; là, il les exerçait au maniement du fusil,

à la charge en douze temps, à l'école de bataillon, puis il les formait en carré, et leur enseignait comme quoi le premier rang devait mettre un genou en terre, et croiser la baïonnette; puis le second rang tirer entre l'épaule et la tête du premier; bref, il leur atfirmait qu'ainsi faisant, pas une charge de cavalerie ne les pourrait entamer.

» L'après-midi, ce même général Baraguay-d'IIilliers conduisait à ce même champ de Mars ces mêmes dragons ; mais, cette fois, il les conduisait à cheval et leur enseignait les manœuvres de la grosse cavalerie, que je me contenterai d'indiquer sous ce nom générique, de crainte, si j'entrais dans plus de détail, de tomber dans autant de bévues que de mots; tant il y a, qu'il finissait par leur expliquer ce qu'on appelle, je crois, une charge à fond, en leur affirmant que, chargeant ainsi, pas un carré d'infanterie n'en pourrait soutenir le choc.

» Je ne sais trop, messieurs, ce que, le soir, dans leurs chambrées, les dragons se disaient entre eux sur ce double enseignement, et, s'ils étaient assez philosophes pour l'apprécier à la clarté de ce principe qu'on nomme en logique le principe de contradiction, lequel veut que de deux affirmations

contraires, in ierminis, si Tune est vraie, l'autre soit nécessairement fausse; mais nous, messieurs, nous qui, sans être trop fraîchement émoulus de nos classes, n'avons cependant pas tout à fait oublié, je l'assure, les premiers éléments de l'art de raisonner, comment pourrions nous éviter de poser à M. le ministre des finances, de poser dès l'abord, et, pour ainsi dire, in limine litis, les deux dilemmes que voici :

» Premier dilemme :

» Ou l'extension indéfinie d'une dette dite perpétuelle, c'est-à-dire d'une dette dont le capital n'est jamais exigible, n'a point d'inconvénient, et, dès lors, pourquoi l'amortir, à quoi bon le fonds d'amortissement; ou l'extension indéfinie d'une dette même perpétuelle aurait de graves inconvénients, et, dès lors, comment ne pas s'alarmer d'une mesure qui accroîtrait la nôtre d'un cinquième, en une seule fois, puisqu'il ne s'agit ici de rien de moins que substituer, d'un trait de plume, sur chaque inscription au grand-livre, le chiffre 75 au chiffre 60.

» Second dilemme :

» Ou l'accroissement de capital qu'on offre aux rentiers est l'équivalent réel et actuel du sacrifice

qu'on leur impose, et, dès lors, l'opération sera vaine; ce que l'État leur prendra de la main droite, il le leur rendra de la main gauche; ou cet équivalent n'est ni réel ni actuel, et, pour le compléter, on compte sur l'élévation prochaine du prix du 3 pour 100; mais ce complément éventuel, qui le payera, en défmitive, si le cas y échet; ce sera le fonds d'amortissement; les acquéreurs successifs de chaque coupon de 3 pour 1 00 en feront l'avance et le fonds d'amortissement remboursera le dernier; or, le fonds d'amortissement c'est l'État; ergo, l'opération sera vaine encore; l'État rendra ce qu'il aura reçu.

» J'ai lu, comme tout bon chrétien, dans le livre des livres, qu'il est mainte occasion où notre main droite fait bien d'ignorer ce que fait notre main gauche; mais je n'ai lu nulle part que ce précepte évangélique dût trouver place dans le maniement des finances. >

Je comptais m'emparer ainsi de mon auditoire, en piquant sa curiosité, à peu près comme l'orateur athénien qui surprenait l'attention du sien en lui racontant un apologue. Je comptais qu'on me crierait, au fond de l'âme : Que faire c^owc? comme on lui criait à tue-tête : Et CérèSy que fit-elle? et je

me proposais de partir de là pour bien expliquer la nalure, la portée, le vrai caractère d'une opéralion telle que la conversion des rentes, et de faire, en quelque sorte, toucher du doigt les conditions qu'elle doit remplir pour être équitable, utile, opportune. Je me proposais enfin de démontrer que le plan de M. de Villèle, méconnaissant ou violant ces diverses conditions, n'aboutirait, en définitive, qu'à rendre impossible, plus tard, une transaction en elle-même juste et raisonnable ; à contrecarrer l'action du fonds d'amortissement, en grevant l'avenir, sur nouveaux frais, et à peser exclusivement sur la portion honnête, paisible, économe des rentiers, sur les rentiers qui, résistant à l'invitation de devenir des spéculateurs, ne gagneraient rien à l'accroissement de leur capital.

Restait la dernière question.

Que faire, lorsque les rentes s'élèvent au-dessus du pair?

Le fonds d'amortissement doit-il, à ce taux, continuer de les racheter ?

Nullement, répondais-je. L'État ne doit que le pair, et l'État rembourse à volonté. Qu'il emploie provisoirement le fonds d'amortissement à rembourser au pair un nombre déterminé d'inscrip-

lions désignées par la voie du sort, ou par l'ordre alphabétique, ou mieux encore, par ordre de quotité, en commençant par les plus élevées, et, lorsqu'une expérience suffisante aura prouvé qu'il peut emprunter au pair à 4 p. 100, qu'il offre la conversion, troc pour troc, et sans accroissement de capital.

» Personne n'aura droit de se plaindre ; tout le monde aura été bien et dûment averti; et le bénéfice de l'État serait certain. »

Armé de celte série d'arguments, je me croyais, de mon côté, certain de réussir; la loi me semblait ébranlée presque autant par la défense que par l'attaque; il n'y manquait que le dernier coup, et, voyant arriver mon tour de parole, je le guettais comme le chat fait de la souris. Mais mon mauvais sort en avait autrement disposé; d'autres, par d'autres motifs, mais avec la même espérance, se préparaient à me couper l'herbe sous le pied. ^\Ges autres-là, c'étaient les cardinalistes. On nommait ainsi, dans notre Chambre, la réunion du centre droit qui s'assemblait, d'ordinaire, chez Je cardinal de Beausset. Elle se composait principalement de personnages attachés à la cour ou à la personne du roi, d'anciens serviteurs de l'Em-

pire, ralliés à la maison de Bourbon, et de la partie la plus timide des recrues que chaque régime nous avait successivement léguées.

Les cardinalistes répugnaient à la mesure proposée par M. de Villèle, d'abord parce que c'était une nouveauté, et que le fruit nouveau, quel qu'il fût, d'où qu'il vînt, leur était suspect, mais surtoul parce qu'ils étaient tous, ou presque tous pourvus de bonnes inscriptions de rente, et qu'il y allait, tout d'un trait, du cinquième de leur revenu le plus net. Désirant au fond de l'âme le rejet de la loi, y travaillant même quelque peu, sous main, ils avaient, néanmoins, à ménager leur position auprès du roi, et le bon vouloir que leur portait habituellement M. de Villèle. Pour lui jouer un mauvais tour, il leur fallait un bon prétexte, et un metteur en œuvre qui ne fut pas tout à fait des leurs. Qui cherche trouve; le bon prétexte et le metteur en œuvre, en dehors de leurs rangs, étaient tout trouvés. Le bon prétexte, c'était l'intérêt que les petits rentiers avaient inspiré à la commission; le metteur en œuvre, c'était l'archevêque de Paris, monseigneur de Quélen, qui ne venait jamais à la Chambre, mais qui se proposait de porter cette fois à la tribune une supplique,

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