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ment les républicains des États-Unis, et, en déri-V sion, les royalistes de France — qui ne manquaient jamais non plus d'accoler cette épithète au nom de M. de Chauvelin, et à celui de M. d'Argenson, — le marquis de la Fayette, dis-je, s'embarqua au Havre, le 13 juillet, sur le navire des États-Unis, le Cadmus, et prit terre à New-York, le 15 août, en qualité d'hôte de la nation, titre qui valait bien l'autre.
La réception qui l'attendait — qui l'attendait à bras ouverts — qui l'attendait d'État en État, de ville en ville, de bourgade en bourgade, fut affectueuse, cordiale, rayonnante. On peut dire, sans rien exagérer, que des bords de l'Océan au pied des Alleghany, de l'embouchure du Saint-Laurent à celle du Saint-Louis, il n'y eut pas un hameau où son passage ne fût une fête, où les populations n'accourussent de plusieurs centaines de milles, pour lui serrer la main, qu'il n'y eut pas un cri, pas une acclamation, pas un toast, pas un discours qui ne fût l'expression d'une joie sincère. Étranger ou concitoyen, jamais aucun homme, dans aucun temps, dans aucun pays, ne reçut de tout un peuple un pareil accueil, et jamais pareil accueil ne sera irieux mérité. Après une traversée de cinq mois,
entrecoupée de mille détours, M. de la Fayette, de retour à Washington le 5 Décembre, fut reçu dans le sein du Congrès, et félicité par le président du Sénat et par celui de la Chambre des représentants. Le 20 décembre, un bill ainsi conçu fut voté dans «es deux corps, à l'unanimité et par acclamation : *^» Qu'il soit ordonné : 1° que la somme de 200000 dollars (un million de francs) soit offerte au major général la Fayette, en récompense de ses importants services, et en indemnité de ses dépenses dans la révolution américaine, et qu'il soit affecté une portion de terre suffisante à l'établissement d'une commune sur les terres non vendues, et que l'acte en soit délivré par le président des États-Unis. » M. de la Fayette nous revint enchanté et glorieux. Rien de plus naturel. Cet enfant dont, jeune lui-même, et quelque temps seul en Europe, il avait protégé le berceau, malgré son propre gouvernement, il l'avait retrouvé géant. Ce drapeau d'une poignée de rebelles, qu'il avait porté en volontaire, presque rebelle en cela, lui-même, il l'avait retrouvé flottant sur la capitale d'un grand pays, déjà rival de la mère patrie et réservé peutêtre à de plus hautes destinées. Ce gouvernement républicain, le rêve de toute sa vie, il l'avait vu
debout, stable, régulier, conforme à la raison, compatible avec l'ordre, assurant aux citoyens une prospérité inouie, et une liberté sans limites. Peuy s'en fallait que ses armes parlantes, un cheval sans bride avec cette devise : Cur norij ne fussent celles des Etats-Unis; il n'en fallait pas tant, à coup sûr, pour encourager dans ses espérances indéfectibles, et pour précipiter de plus en plus dans ses voies périlleuses, l'esprit le plus confiant et le plus ardent à toute entreprise qui se soit jamais rencontré. Mais si, le jour où il visitait pieusement, à Montvernon, le tombeau de celui qui avait été son maître et modèle, ce tombeau s'était ouvert à sa voix, si l'ombre de Washington, le plus sage des héros et le plus héroïque des sages, en était sortie pour lui tendre la main et s'entretenir avec lui, que d'avertissements salutaires n'en aurait-il pas reçus! combien leurs impressions du moment, et leurs pressentiments sur l'avenir des États-Unis, sur l'exemple qu'ils offraient au monde, n'auraient- ils pas été différents ! Le grand sens du grand homme ne s'y serait pas mépris. A travers l'éblouissement du jour et de l'heure, ce que nous avons vu depuis, il l'aurait vu d'avance. Mesurant d'un coup d'œil jriste et sévère le progrès déjà marqué et toujours
croissant de cette tendance au nivellement qui fauche tout ce qui s'élève, s'en prend aux distinctions naturelles, à défaut de distinctions sociales, et traite le hasard du talent comme le hasard de la naissance; — le progrès déjà marqué et toujours croissant de cette improbité publique et privée qui permet aux États, sans en rougir, de répudier leur dette et aux particuliers de s'enrichir par la banqueroute; — le progrès déjà marqué et toujours croissant de cet esprit d'usurpation et de conquête qui sème la discorde dans les pays limitrophes pour s'en approprier les territoires;— le progrès déjà marqué et toujours croissant de cette frénésie- populaire qui fait planer l'épouvante de la loi de Lynch sur quiconque résisle aux fantaisies de la multitude; mesurant, dis-je, d'un trait, la pente fatale où la patrie se laissait glisser, Washington aurait prévu, aurait prédit la dissolution plus ou moins prochaine d'un corps social où les liens civiques et civils allaient se re- J4-nr- ^-*^^ lâcliant de plus en plus, où le patriotisme, celle ^r^^,, ; , unique sauvegarde des régimes républicains, fai- /,^ /r^^i sait de plus en plus place à l'esorit de lucre et .
d aventure; mais ce quil n aurait pas prévu, ce 7^ ^
grand ami de l'humanité qui devait affranchir tous " ^ '■*
ses esclaves à son lit de mort, c'est ce que nous voyons aujourd'hui, la confédération américaine sur le point de se dissoudre, pour la p'/us grande gloire et la plus grande extension de l'esclavage, au moment même où l'esclavage disparaît de la face du globe civilisé , où jusqu'à l'autocrate de toutes les Russies lui-même est en train de l'abolir dans tous ses États.
L'esclavage ne subsistera plus bientôt que dans la patrie de Franklin.
0 vanas hominum mentes, o pecfora cœca *.
Notre séjour à Coppet, où nous vînmes tard et que nous quittâmes de bonne heure, ne fut interrompu, si j'ai bonne mémoire, que par le voyage que nous fîmes, ma femme, mon beau-frère, notre excellent ami, Fortuné de Lascours et moi, dans les petits cantons et qui faillit nous coûter cher. Nous partîmes tous les quatre d'un pied gaillard, sans femme de chambre, sans domestique, chacun chargé de son modeste bagage; après avoir passé une demi-journée à Bougy au-dessus de Lausanne, chez M. Delessert, et une journée à Lausanne, tant
1. Ceci était écrit en 1860, avant la guerre de la sécession et l'abolition de l'esclavage aux États-Unis.
(Note de VEditeur.)
dans la simple et hospitalière habitation de M. de La Harpe que dans le perchoir de M. de Langallerie, qui, sous le nom de jardin, dominait toute la ville et tout le bassin du Léman , nous nous dirigeâmes vers Berne, non sans rendre hommage , en traversant Payerne, à la relique pseudonyme de Berlhe au grand pied , femme de Pépin le Bref, et mère de Gharlemagne.
Nous avions dessein de visiter Hofwyl, et j'avais en particulier, pour y retourner, un motif que j'expliquerai tout àj'heure.
Nous y passâmes deux jours consécutifs, et nous eûmes, ma femme et moi, ensemble et séparément, de très longs entretiens avec M. de Fellenberg. J'en restai sur ma première impression; je trouvai même, après cinq ans, les vices de l'établissement et l'impuissance du système plus saillants que par le passé. Il me parut, à vrai dire, que l'auteur de ce système n'y portait plus une entière confiance ; qu'il le modifiait, peu à peu, sans trop en convenir; rentrait dans les procédés de la méthode ordinaire, en les affublant de noms bizarres ; s'engageait incessamment dans des entreprises nouvelles pour couvrir le mauvais succès des premières, et redoublant d'interprétations mi-parties sentimentales
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et mystiques, affectait une teinte de charlatanisme dont lui-même était la dupe.
En quittant Hofwyl, nous y laissâmes, dans notre modeste auberge, la princesse de Garignan, mère du futur roi de Sardaigne, grande virago ,\ tant soit peu barbue et dégingandée, et son époux de la main gauche, le prince de Montlear, jadis mon camarade au conseil d'État, et, dans les plis de son cotillon proportionné à sa taille, cinq ou six demi-princes ou princesses dont plusieurs étaient confiés à M. de Fellenberg.
Nous louâmes, à Berne, un char à bancs découvert et nous traversâmes, en deux jours, le pays le plus riche, le plus pittoresque, le plus gracieux qui soit au monde, l'Entlibuch. Je ne connais rien qui donne une idée plus complète, en apparence, du moins, et, pourquoi pas en réalité, de la félicité rurale, chantée par les poètes. Arrivés à Lucerne, nous y passâmes deux jours, et nous eûmes tout le temps de visiter le monument élevé à la mémoire des Suisses massacrés le 10 août, sur les marches des Tuileries. Tout n'y est pas esthétiquement du goût le plus pur, mais l'ensemble en est triste et imposant. On ne lit pas, sans un sentiment très injustement mêlé de surprise, le nom de Constant
de Rebecque parmi ceux qui figurent sur ce marbre funéraire.
De Lucerne, nous gravîmes à pied le Righi; partis assez tard, nous ne parvînmes au sommet qu'à la tombée de la nuit par une pluie battante, qui bientôt tourna en véritable tempête; mais, le lendemain, à l'aube du jour, ce fut un spectacle admirable. L'horizon immense à cette hauteur, sans limites, du moins, appréciables, était encore tout envahi par des nuages noirs, lourds, épais, concentrés à tel point, qu'au sortir, chacun de notre chambrelte, à peine y voyait-on à poser le bout de son pied, quand, tout à coup, le premier rayon de soleil, perçant cette voûte mobile, en dispersa, comme en un clin d'œil, les débris épars et les chassa devant lui comme autant de fuyards en pleine déroute. C'était, au vif et au vrai, ce tableau de la création, placé en tète de la bible de Royaumont, l'un des plus chers souvenirs de notre enfance. Dans le lointain, quelques flocons groupés diversement figuraient à l'imagination la face, la chevelure et la barbe du Tout-Puissant dont le souffle balayait le firmament; tout élincelait, en haut, d'or, de pourpre et d'azur, tandis qu'en bas, au fond du bassin, les campagnes helvétiques sera-
Liaient surgir du sein des flots, toutes rayonnantes de verdure, toutes chargées de fleurs et de fruits. En descendant du Righi vers Zug, nous fimes, comme il convenait, nos dévotions patriotiques à la petite chapelle érigée, selon la légende, sur le lieu même où Guillaume Tell est censé s'être mis en embuscade pour attendre et atteindre Gessler. Je dis selon « la légende » ; car il paraît désormais constant que le personnage de Guillaume TeU est tout au plus historique, et que l'aventure du petit garçon de la flèche et de la pomme, souvent reproduite dans les sagas Scandinaves, est arrivée des bords de la Baltique dans les cantons forestiers, avec les tribus qui les ont primitivement peuplés. Cuique suum; les vrais libérateurs de la Suisse, au moyen âge, ont été les généreux conjurés de Grùtl\. : Melchlal, Wallher Fûrst, Staufi'acher, dont les noms sont trop germaniques pour nos mémoires françaises ; c'est du moins ce que, à l'époque de notre excursion, M. Rossi enseignait à Genève, en plein auditoire, sans choquer personne, et moi moins que personne car; je l'avouerai, en dépit de la poésie ancienne ou moderne, malgré Shakespeare, Schiller ou. même M. Ponsard, je n'ai jamais eu goût aux coups de main en guet-apens, que
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ce soit le glaive de Brutus, la flèche de Tell, ou le poignard de Charlotte Corday.
Arrivés le soir à Zurich, nous y passâmes plusieurs jours. C'est une charmante ville située sur un lac charmant, dont les bords un peu plats contrastent avec les rocs à pic, et les escarpements tourmentés du lac des Qualre-Canlons. Zurich est la capitale littéraire de la Suisse allemande, comme Genève de la Suisse française, si toutefois Lausanne le permet. J'avais des lettres d'introduction auprès de plusieurs personnages distingués, à cette époque, mais dont le temps a efîacé les noms de mon souvenir; à charge de revanche, sans doute, quant à ceux qui, comme moi, vivent encore. J'en fus très bien accueilli.
Nous trouvâmes à Zurich madame la duchesse de Dino, qui, comme nous, promenait les .loisirs que lui faisait l'intervalle de la vie politique dans les montagnes de l'Oberland; elle nous tînt, et nous lui tînmes fidèle compagnie durant tout notre séjour; mais nous nous séparâmes, dos à dos, comme on dit dans le langage des tribunaux, parce qu'elle venait précisément du lieu où nous alUons, je veux dire du célèbre couvent d'Einsiedeln, que nul voyageur en Suisse ne peut se dispenser de visiter.
Nous prîmes le plus long pour y parvenir; nous frétâmes un bateau ; nous suivîmes aussi loin et aussi longtemps que possible le lac de Zurich, et, moyennant cela, nous n'arrivâmes qu'à la fm de la soirée au but même de notre course.
Einsiedein a été en Suisse le berceau de la réforme; c'est là que Zwingle était curé en 1517; c'est de là qu'il a commencé à dogmatiser. Einsiedein est resté la capitale et comme la citadelle du monachisme, en Suisse. C'est laque, de nos jours, comme en plein moyen âge, et en nombre à peu près égal, les pèlerins affluent à époques fixes, pieds nus, la tête découverte, le bourdon en main; c'est là qu'ils viennent s'agenouiller, offrir des exvoto, implorer la santé pour eux-mêmes et pour leurs proches. La bourgade est entièrement composée d'habitations vastes et propres qui sont autant d'hôtelleries pour les pèlerins, et dont les propriétaires vivent, à peu près toute l'année sur le produit du pèlerinage. On n'y voit guère de boutiques, et les campagnes circonvoisines appartiennent au monastère. Le bâtiment est grand et majestueux; ses richesses ont été pillées bien souvent, et notamment par les Français en 1798 ; mais le pillage ne s'est jamais étendu à la bibliothèque,
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dont les collections nombreuses et poudreuses renferment, au dire des gens à ce connaissant, plus y d'un livre rare et plus d'un manuscrit précieux. Le temps m'aurait manqué pour m'en assurer, si j'avais eu la science, et la science si j'avais eu le temps. Je me bornai à visiter, avec mon beaufrère, l'intérieur du monastère, et l'extérieur des bouquins. La règle en excluait les femmes, règle qui n'était pas, après tout, sans exception, pui'sque madame de Dino, usant de son privilège de grande dame, avait forcé la consigne claustrale; may femme, duchesse aussi et de bonne maison, n'en voulut point faire l'essai; elle était prolestante, ce que madame de Dino n'était plus, et le scandale eût été plus grand.
Nous descendîmes d'Einsiedeln à Schwytz, par une épouvantable chaleur; les pentes du Hacken étaient brûlantes; nous prîmes là quelque repos.
Schwylz n'est qu'un grand bourg, sans monuments, sans curiosités historiques ni artistiques; mais c'est, en quelque sorte, le cœur même de la Suisse, qui lui doit son nom et sa liberté. C'est le plus célèbre des quatre petits cantons; et c'est là qu'on voit, à plein, ce qui ne se rencontre qu'à demi partout ailleurs, je veux dire le contraste
entre la démocratie dans ses manifestations les plus extrêmes, et ce qu'il y a de vivace, d'indestructible dans les sentiments et les souvenirs aristocratiques ; d'un côté, un petit forum en plein vent couronné d'un petit tertre de gazon, du haut duquel un corps de magistrats, périodiquement élus au suffrage universel, soumet à ce même suffrage la paix et la guerre, les lois et les contributions ; où tout — littéralement tout — est discuté et voté par tous en toutes choses ; et, d'un autre côté, à deux pas, un petit conseil à huis clos, où ce même corps de magistrats toujours, ou à peu près, élus dans les mêmes farîiilles, de père en fils, prépare les mesures à prendre, les propositions à débattre, sous l'œil de ses ancêtres, dont les portraits tapissent la muraille, chamarrés de dentelles et de broderies, bariolés de cordons, décorés de titres nobiliaires, le tout acquis au service des principaux rois de l'Europe.
J'ignore si le parti qu'a pris désormais le gouvernement fédéral d'interdire à ses ressortissants le régime des capitulations a changé quelque chose à tout ceci. J'ignore également si celte résolution, à la longue et tout compte fait, sera trouvée aussi sage en réalité qu'elle paraît patriotique et gêné-
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relise. On peut, dans un pays libre, dire de fort belles choses contre l'usage de vendre à l'étranger le sang de ses enfants; on peut se faire applaudir en déclarant que les héros de Sempach et de Morgarten n'ont pas délivré leurs concitoyens, pour en faire les gardes du corps de quelques petits tyrans. Mais la Suisse, retranchée derrière son principe de neutralité perpétuelle, est-elle bien sûre de n'avoir jamais affaire à personne? Est-elle bien sûre de n'avoir jamais à défendre son indépendance et l'intégrité de son territoire. Et, si le danger survenait, des chefs aguerris, des généraux faits au feu, exercés au commandement, des d'Erlach, des Reding, ne feraient-ils point faute à ses braves milices? Ce qui est sûr, c'est que, dans ce siècle même, la neutralité de la Suisse a subi de graves atteintes; c'est que, de nos jours même, la confédération s'est vue sur le point de tirer l'épée contre la France et contre la Prusse ; c'est que, dans la guerre civile duSonderbund, bien a pris au gouvernement fédéral de confier son armée à un ancien élève de l'École polytechnique, devenu général dans les grandes guerres de l'Empire.
Je ne dis rien de ce qu'avaient à gagner la sociabilité, la douceur des mœurs, la culture des dons
de l'esprit, au maintien bien inofïensif d'un corps de noblesse sans privilèges, sous le régime nécessairement un peu rude et niveleur de l'égalité républicaine. « La société du pays de Vaud au XVIII* siècle, dit un écrivain récent et judicieux, se composait essentiellement de gentilshommes qui avaient porté l'épée dans la garde des souverains de l'Europe et sur les champs de bataille, et qui rapportaient du service, avec la franchise militaire, l'urbanité du grand monde dont leur grade et leur titre leur ouvrait l'accès. Quelques-uns, parmi lesquels Rousseau semble avoir choisi le type de Saint-Preux, avaient été contraints, parla ruine de leur patrimoine, d'en appeler à la bonne éducation qu'ils avaient reçue, et d'accompagner, dans leur tour d'Europe, ou de recevoir chez eux, en pension, des fils de famille, quelquefois des princes. Ils ne dérogeaient pas pour cela, plus distingués, d'ailleurs, et plus gentilhommes d'esprit et de manières, que les nouveaux enrichis qui leur avaient acheté leurs terres et leurs titres. Toute cette noblesse, d'ancienne et de fraîche date, en général moins riche que largement hospitalière, et vouée à la bonne humeur, habitait, en été, les vieux châteaux ou les modernes maisons de campagne, semées
sur ces poéliques coteaux. L'hiver les ramenait eo ville ».
Quand on compare cet état de société avec l'état actuel de la société vaudoise, il est difficile de ne pas éprouver quelques regrets.
Après avoir touché de nos mains, dans l'Arsenal, les bannières de Sempach et de Morat, après avoir vu, de nos yeux, les trois statues colossales qui soutiennent la chaire dans l'église paroissiale et figurent Zwingle, Luther et Calvin, nous nous remîmes en roule.
Chacun des quatre cantons forestiers a, sur le lac de Lucerne, son petit port de débarquement, on pourrait dire son petit Pirée. Le Pirée du canton de Schwytz, c'est le village de Brunnen ; nous y prîmes une barque qui nous conduisit à Fluelen ; Fluelen est le Pirée du canton d'Uri; nous allumes de là coucher à Altorf.
' Le lendemain, de grand matin, nous visitâmes les deux fontaines placées à quelques pas l'une de l'autre, et dont l'une est censée élevée sur le lieu même où le petit garçon aurait attendu sans sourciller la flèche de son père, l'autre^sur le lieu même où le père aurait visé sans trembler la pomme sur la tète de son fils.