‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 105 sur 223 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

aimable prince savait apporter dans l'accueil qu'il faisait. Gomme son auguste père, il m'entretint beaucoup de la Prusse et de la Russie.

Je n'eus l'honneur de voir la Reine et la princesse, que le jour de la fête du Roi, le 1«' mai, à la réception du soir. Plusieurs consuls qui se trouvaient en congé à Paris étaient aux Tuileries. Ils voulurent que je me misse à leur tête. Le Roi daigna m'arrêter, et, devant mes collègues et les personnes de son entourage, il voulut bien, à haute voix, faire l'éloge de mes services et dire combien il les appréciait.

La satisfaction du Roi exprimée publiquement, et les promesses si formelles que m'avait faites M. Guizot du poste de Gênes, n'auraient-elles pas dû être pour moi la garantie que ce poste me serait donné quand il viendrait à vaquer?... Mais, point. Cet homme, qui s'est fait une réputation d'austérité et de loyauté — mais à laquelle on ne croit plus depuis qu'il s'est placé dans la coalition qui a renversé le ministère du comte Mole — cet homme, d'un grand mérite sans doute, mais vain, ambitieux, despote, et que M. Royer-Collard, qui le jugeait mieux que les autres, appelait « l'austère-intrigant », cet homme, dis-je, s'est montré avec moi, sans foi, sans loyauté. Ainsi, il a fait vaquer le poste de Gênes, en mettant d'office à la retraite le titulaire, M. Tellier de Blanriez, et a nommé à sa place un M. Alletz, attaché aux affaires étrangères, homme de lettres, sec, froid, protégé par le Journal des Débats, et contre lequel M. Guizot a fait intriguer ses amis et ses agents, quand, en 1842, M. Alletz s'est présenté aux électeurs de Nérac, pour remplacer à la Chambre M. Barsalon, député ministériel.

Voilà donc un homme que M. Guizot regardait, en 1842, comme opposé à son système, contre lequel il a dressé les batteries du pouvoir, qu'il appelle, en 1843, à l'un des premiers postes de la carrière consulaire, ce poste qu'il m'avait formellement promis!... Mais le Journal des Débats voulait, a ordonné..., et M. Guizot, humble et obéissant devant la presse, a, sans hésiter, manqué à ses promesses et à sa parole!

Certes, le gouvernement représentatif est préférable à tous les autres, pour les affaires en général et l'intérêt du pays, quand les factions, dans le parlement, ne sont pas uniquement occupées à renverser les cabinets, mais, pour les fonctionnaires publics, c'est le pire de tous. Les serviteurs bons, utiles et loyaux, y sont sans cesse sacrifiés aux « exigences parlementaires » — expression consacrée par M. Guizot — et aux exigences des journaux dont le cabinet réclame l'appui. Et c'est ainsi que l'on voit, tous les jours, entrer dans les carrières diplomatiques et consulaires, des hommes nouveaux, sans aucun antécédent qui dût leur ouvrir ces carrières jumelles. C'est encore ainsi qu'il y a, dans ces deux carrières, des avancements inouïs, des passe-droits sans nombre qui froissent les services acquis et portent le découragement chez les meilleurs serviteurs de l'Etat. Peu importent les services rendus, ce sont les services à rendre qui comptent!... Mais me voilà parti dans des considérations politiques! M. Guizot jn'entraîne un peu loin, avec ses manquements de parole. Je ne suis pas le seul qu'il ait trompé, et c'est vraiment trop d'honneur à « l'austère-intrigant » que de s'occuper de lui aussi longtemps.

C'est le 13 juillet (1842) qu'arriva la mort si inattendue, si déplorable, du plus aimable des princes, du duc d'Orléans prince royal de France. Depuis longtemps déjà, des biographes, parmi lesquels M. Eugène BrifFault, ont publié en détail les circonstances de ce fatal événement. Ces détails diffèrent, en quelques points, du récit que, pour ma part, j'en ai entendu faire, peu de temps après, au château de Cannes, près de Montereau, chez la comtesse d'Hannemer (1), par le général de Rumigny (2), dont la haute situation près de la famille royale l'a mis à même d'être bien informé.

(1) Grand'mère de la comtesse Dulong de Rosnay, ma belle-sœur. (Note de V auteur.)

(2) Marie-Théodore de Gueulluy de Rumigny. Il a été aide de camp du général Gérard, puis, en 1818, aide de camp du duc d'Orléans. C'est un officier fort distingué. Il est le frère du comte Hippolyte de Rumigny, mon ancien chef de Dresde, en 1825. {Note de l'auteur.)

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