‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 109 sur 223 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Wurmb, dont la femme, un peu braque, est, au fond, une excellente et agréable personne, et dont les deux filles, Marie et Albertine, sont de véritables beautés; les majors de Witzleben et de Kœnneritz, celui-ci frère des Kœnneritz que j'ai connus à Dresde, et cousin de celui qui est ministre de Saxe à Paris.

J'ai eu aussi d'agréables relations avec plusieurs de mes collègues étrangers, tels que le chevalier Edouard de Henneberg, de l'Autriche, M. de Ségestrom, de Suède, et M. de Butzow, consul général de Russie. Ce dernier est le neveu du défunt comte d'Alopéus, mort à Berlin il y a douze ou treize ans, et dont la veuve, d'une grande beauté, a épousé le prince Lapoukine. Avant de venir à Danzig, M. de Butzow a été directeur du bureau particulier de la police secrète du grand duc Constantin, à Varsovie, où, à l'époque de la révolution polonaise, il faillit être pendu, ce qui a donné plus de force à la haine qu'il portait déjà, comme Russe, à cette nation. Il a épousé cependant une jolie petite Polonaise, fille d'un juif, appartenant à cette singulière secte, dont les membres, sans admettre le baptême des chrétiens, et, tout en conservant quelques-unes des cérémonies hébraïques, ont cherché à se greffer sur le catholicisme.

Quant aux mœurs, bien que les basses classes aient peu de moralité, la galanterie n'est pas chose commune parmi les femmes qui appartiennent aux premiers cercles. Est-ce vertu?... Je veux bien le croire. Cependant, je suis convaincu que les rapports compassés de société, le peu d'amabilité des hommes, toujours occupés d'affaires, l'absence de recherche de leur part à former des engagements de bonne compagnie, sont pour quelque chose dans cette pruderie des femmes dont la sagesse n'est jamais attaquée.

Dans leur excessive pruderie actuelle, les danzigoises pensent encore, en ce qui concerne les Françaises, comme elles pensaient il y a cent cinquante ans. Le thème est adopté; les années qui se sont écoulées, les rapports plus fréquents qui ont existé entre les peuples, n'y ont rien modifié; elles

croient que la galanterie des femmes françaises est générale et est le type de leurs mœurs dans toute l'étendue de notre pays.

Je lisais, il y a peu de temps, dans les mémoires, publiés en 1716, d'un Français, M. de Brassey, comte de Lion, qui fut colonel du régiment des dragons de Kasanski et brigadier général major des armées russes, quelques détails au sujet de cette opinion des Allemandes sur les Françaises. Ils résument parfaitement l'opinion que j'ai été, moi-même, dans le cas de me former, après un séjour de plus de seize ans dans les pays germaniques.

« ...Je vous dirai en passant, que j'ai souvent eu des disputes dans différentes garnisons de l'Allemagne où je me suis trouvé, au sujet de leur manière de parler de la France, sur la galanterie outrée que les dames allemandes attribuent à nos dames sans leur faire l'honneur d'en croire une vertueuse et fidèle. Ce n'est qu'à Paris, disent-elles, ce n'est qu'en France que les femmes de toute espèce sont galantes et coquettes; et cela est fondé sur ce que leurs barons allemands, quand ils retournent de Paris, où ils n'ont abordé que des maisons comme celle de la Fillon, étourdissent toute leur contrée de leurs bonnes fortunes, qui, tout au plus, ne sont que des plastrons de maquignons, si ce n'est pas le reste des laquais de Paris...

«... Je ne dirai pas que la France soit exempte de ces femmes galantes, chez qui le tempérament l'emporte sur la vertu; ce serait me donner un ridicule. Il est vrai qu'il y en a eu et qu'il y en a qui ont illustré leur nom, et qui, peut-être, ont donné lieu au mauvais jugement que presque toute l'Allemagne fait de nos dames françaises; mais je soutiens contre toute l'Allemagne, qu'il y a beaucoup moins de débauche en France que dans toutes les parties qui composent l'Allemagne, et que, si nous avons des femmes coquettes, elles gardent, du moins, plus de mesures et donnent moins de scandale public. Cela est sans contredit, et je puis en décider hardiment... J'ai des yeux et des oreilles qui n'ont pas été

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