CHAPITRE XXIX
inutiles, dans les différentes Cours où je me suis trouvé depuis quatre ans, sans compter quelques légères épreuves qui m'ont tnis au fait...
« ...Rendons hardiment justice à nos dames françaises, qui, quoique plus vives et plus spirituelles, il n'y a pas de l'omparaison, sont mille fois plus retenues, parce qu'elles ont eu une éducation foncière, ce qui est très rare en Allemagne, où la grossièreté est une vertu... »
Sauf ces derniers mots, que j'ai soulignés, et qui ne sauraient s'appliquer qu'aux hommes, en général, dont les manières ont peu de poli et manquent absolument de délicatesse, ce que disait le comte de Lion, en 1716, est encore de saison, en 1843. Les femmes allemandes pensent, en effet, ou affectent de penser que les Françaises sont, toutes, galantes. Elles oublient qu'elles-mêmes, après tout, sont, en général, assez faciles, quand on les prend par la sentimentalité, par les phrases emphatiques du Sehnsucht. Et, en un mot, d'après ce que je connais par moi-même, d'après ce que j'ai entendu raconter par un grand nombre de personnes non suspectes de partialité : par des Prussiens, sur Berlin; par des Bavarois, sur Munich; par des Viennois, sur Vienne; enfin, par des habitants de Danzig, sur cette ville où je réside, les Allemandes ont vraiment mauvaise grâce à taxer les Françaises de galanterie et à se présenter elles-mêmes comme des femmes irréprochables.
Pour ce qui est des Danzigoises, voyez ce qu'elles ont été, lorsque les Français occupaient leur ville, de 1807 à 1814! A cette époque, la plus grande partie d'entre elles n'avaientelles pas des amants?... C'est qu'alors, les facilités étaient grandes. L'amant, militaire français — officier ou soldat — demeurait sous le même toit; le mystère pouvait durer longtemps, les occasions de sentimentalité étaient fréquentes. Cette sentimentalité s'exerçait sans entraves, et, un jour ou l'autre, les voluptés suivaient. Et je ne parle pas des classes secondaires. Là, la corruption était, comme elle l'est encore, générale; mais j'entends parler de la meilleure société elle- II. d5
même. Eh! bien, plusieurs officiers généraux et supérieurs de l'armée prussienne m'ont souvent répété que les plus beaux hommes, que les plus jolies figures d'hommes à cheveux et yeux noirs, qui se trouvaient, en grand nombre dans les recrues, fournies par Danzig, de 1827 à 1834, étaient des fils de Français; ce que constataient les actes de naissance : « N... fils de Wilhelmine... et d'ww officier français » ou « N... fils de Victoire... et d'u/z sergent français ». Depuis 1835, plus ou presque plus, parmi les recrues, de têtes à cheveux noirs, plus de figures à traits réguliers ou spirituels, mais, sauf quelques rares exceptions — car en Allemagne comme partout on peut trouver quelques chevelures brunes et quelques visages réguliers — un amas de cheveux blonds — blond filasse, quand la recrue est tirée de la campagne — et de gros mufles hébétés et vulgaires...
Les Allemandes ont donc des Françaises une opinion peu favorable. Ce qu'elles pensent des Français est à l'unisson.
Le comte de Lion, que j'ai déjà cité, traçait ainsi, en 1716, l'opinion des peuples germaniques sur nos pères :
« Un Français est un étourdi, toujours en l'air, sans consistance, crème fouettée en esprit, un perroquet, une pie, hardi, familier, présomptueux, une bagatelle enfin... «
Puis il ajoute qu'une Allemande lui disait un jour :
— 0 l'aimable bagatelle qu'un Français, en comparaison de nos lourdes machines d'Allemagne!
Aujom-d'hui, tel est encore, dans l'esprit des Allemands, le caractère français; tous pensent que, par légèreté, présomption, immoralité, un Français ne s'approche d'une femme que dans l'intention d'obtenir ses dernières faveurs. Et aujourd'hui, de même, combien d'Allemandes disent : « 0 l'aimable bagatelle qu'un Français, en comparaison de nos lourdes machines d'Allemagne! »
Au nombre des usages de Danzig qui contribuent à rendre les réunions sans charme, et à éloigner de la tête des hommes de cette ville la pensée qu'on puisse trouver quelque attrait à causer avec les femmes, sans avoir l'intention de rechercher