‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 113 sur 223 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

« Voyez, disait M. de Circourt, ce qu'en 1716 déjà, le comte de Lion écrivait : Les Polonais sont voisins des Russes, et en ofit pris la qualité dominante : ergo fourbes,... mais fourbes/... C'est encore aujourd'hui une vérité qu'exprime ainsi le marquis de Custine : La dissimulation, le mensonge se rencontrent chez tous les Russes, depuis le plus grand seigneur jusqu'au dernier moujik, paysan ou serf... »

Je garde de la reconnaissance et une respectueuse affection à l'empereur Nicolas, mais, il faut bien l'avouer, lui-même, que Dieu a cependant doté de grandes qualités, est loin d'être exempt de cette tache originelle. Est-il, en effet, une plus insigne fourberie, une plus odieuse impudeur, un plus cynique mépris de la vérité, que ce qui s'est passé il y a quatre ans en Russie, quand le Tzar a donné à l'Europe le spectacle de Borodino?... Là ont été exécutées des manœuvres qui devaient rappeler exactement la sanglante bataille de 1812, connue en France sous le nom de la Moskowa; là une pyramide a été élevée, pour solenniser la victoire remportée par les Russes/... Quel impudent démenti donné à l'histoire contemporaine!... N'est-ce pas cette bataille gagnée par les Français qui leur a livré Moscou? Car, si les Français n'eussent pas écrasé les Russes dans cette journée mémorable, auraient-ils trouvé, dégagée de tout obstacle, la route de la ville sainte?... On n'y regarde pas de si près en Russie : on y écrit l'histoire comme l'Empereur veut qu'elle soit écrite, et la vérité est la dernière chose qu'on consulte et qu'on observe.

C'est ainsi, encore, que par ordre de l'empereur de Russie, il est défendu, dans les écoles, d'apprendre, que Pierre III et que Paul I'^'' ont été assassinés. Non, ces deux souverains « sont morts subitement d'apoplexie », ainsi que l'écrivait M. de Krudener, chargé d'affaires de Russie à Berlin, en annonçant, par un billet que j'ai vu et lu, la mort de l'empereur Paul, au général de Beurnonville, ministre de France en Prusse.

Le bon plaisir impérial arrange l'histoire qui, élaborée selon

par ses indiscrétions, il a compromis bien des personnages dont il a recueilli les confidences et cité les noms. [Note de fauteur.)

les instructions, les ordres du Tzar, devient, cependant, pour tout bon Russe, une vérité si incarnée, que j'ai vu ici le consul général moscovite, M. de Butzow, tancer vertement une institutrice française, Mlle Narbèle, pour avoir appris à ses filles, dans son cours d'histoire, que Pierre III et Paul I«r avaient été assassinés.

« Oui, disait M. de Butzow, cette personne a osé énoncer, devant mes filles, de telles infamies, de tels mensonges! »

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