‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 12 sur 223 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

un chambellan de la Cour. Il m'apportait de nouveaux remercîments de la part du grand-duc, et me dit qu'il était chargé par son souverain de me demander s'il me serait agréable de recevoir l'ordre du Faucon. Les plus élémentaires convenances me commandaient d'accepter avec reconnaissance, et quelque temps après mon retour à Dresde, les insignes et la patente de cet ordre me furent remis par le colonel de Verlohren, chargé d'aiïaires du grand-duc en Saxe. Mais je ne porte point cette décoration, pas plus que je n'ai porté celle du Lys (1). Il est vraique cette espèce de cocarde du royalisme est devenue une véritable puérilité, par l'abus qui en a été fait.

J'avais encore une autre commission, moins propre celle-là : c'était de rapporter au prince Antoine de Saxe, de la part du maréchal Mortier, des fromages de la terre de celui-ci. Ils ont fait un séjour de près d'un mois sur ma voiture, fort souvent à l'humidité, et peut-être auraient-ils pu se rendre seuls de l'hôtel de la légation au château, tant ils m'ont paru peuplés; mais le prince Antoine les a trouvés délicieux. Il a poussé la reconnaissance jusqu'à me dire que ses fromages avaient « un parfum délicat et particulier! » M. de Rumigny a bien ri de cette appréciation princière, et je pense que le maréchal Mortier éprouvera, lui aussi, son petit accès de gaîté quand il écoutera le récit des succès de ses produits.

J'avais réintégré la légation de Dresde le 27 mai : ce ne fut pas pour longtemps.

A la fin de juin, je reçus de M. Brenier, chef de la comptabilité au ministère des affaires étrangères, une lettre qu'il m'écrivait de la part du baron de Damas. Pendant mon dernier séjour à Paris, j'avais parlé à ce M. Brenier du projet qu'avait formé M. de Chateaubriand, lorsqu'il était ministre, de me nommer chef de bureau du chiffre. Comme j'avais ajouté, dans la conversation, que ce poste m'eût beaucoup plu, M. Brenier crut, sans doute, que je désirais vivement venir au ministère. D'un

(1) J'avais reçu cet ordre le 29 janvier 1824. L'ordonnance royale du 16 avril suivant a supprimé cet ordre, en même temps que beaucoup d'autres tout aussi abusifs que celui-là. (Note de l'auteur.)

autre côté, M. Flury, chef de la division des consulats, qui me portait de l'intérêt et qui savait les bonnes dispositions actuelles du ministre pour moi, ayant appris par M. Brenier — qui se trompait absolument, en croyant que toute position me conviendrait au ministère, si elle correspondait à ma situation de premier secrétaire de légation — que je désirais quitter l'étranger pour l'intérieur du ministère, ce qui était faux, se servit de cette circonstance pour obtenir du baron de Damas qui, jusque-là, s'y refusait, le rétablissement de la seconde sous-division des consulats. M. Flury mit donc mon nom sous les yeux du ministre; M. Brenier, consulté, dit de nouveau que je serai charmé, et voilà comment M. de Damas, s'imaginant me faire plaisir, me nomma sous-chef de la division des consulats!

La lettre de M. Brenier, qui ne m'avait d'abord semblé renfermer qu'une simple « proposition », me disait de partir « sans retard ». Je réfléchis, qu'un an auparavant, semblable « proposition )) avait été faite à mon ami Boislecomte, alors chargé d'affaires à Madrid, où il avait rendu d'utiles services. Boislecomte avait refusé. M. de Damas s'était emporté et lui avait fait dire que « lorsqu'un ministre a la bonté de proposer, ce n'est qu'une forme obligeante qui cache un ordre », et que, s'il n'acceptait pas la place de sous-chef qui lui était « offerte » à la division politique, il pouvait se regarder comme démissionnaire. Je fis comme Boislecomte : je mis les pouces et acceptai, fort contrarié de quitter ma position près de l'excellent M. de Rumigny pour un poste de sous-chef de division au ministère; et maudissant le baron de Damas, qui ne m'occasionnait que des désagréments, bien que, il faut le reconnaître, il eût ici cherché à me contenter.

Avant de quitter Dresde, je voulus parcourir une dernière fois ses beaux environs, et revoir tout ce que cette ^^lle renferme de curieux. Je retournai donc au Palais Japonais, ainsi nommé parce qu'il contient une splendide collection de vases de la Chine et du Japon, mais qui renferme d'autres choses, telles que des marbres et des plâtres reproduisant les plus

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