‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 139 sur 223 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

bourg, le grand-duc et la grando-duchesse de Mecklembourg- Schwérin, et que la voiture-omnibus qui portait les dames d'honneur m'avait paru fort commode, le colonel me répondit :

« Cette voiture attirait, en effet, l'attention de tous, aux relais de poste; mais ce n'était pas seulement pour sa commodité. Une fois, je vis, sortant de l'école, des enfants s'approcher de la voiture. Ils regardèrent les dames d'honneur et s'écrièrent en se sauvant : « Dieu! qu'elles sont laides! »

Vincent Griféo, prince de Partana, duc de Floridia, est mort à Palerme, le 3 de ce mois (avril 1846), à l'âge de cinquante-quatre ans environ. Fils aîné de cette duchesse de Floridia, que le roi Ferdinand I", grand-père du monarque régnant, avait épousé morganatiquement, après la mort de la reine Caroline, le prince de Partana appartenait aux plus anciennes familles de Sicile. Bien que sans esprit ni instruction, il était fort estimé. Comme diplomate, il occupa les plus hautes situations. Je l'ai fort connu dès l'année 1819, aloi*s qu'il était ministre de son Roi à Berlin. Comme ambassadeur extraordinaire, il assista au couronnement du roi George IV d'Angleterre. Depuis, il remplit les fonctions d'ambassadeur à Turin et à Madrid, où il négocia le mariage de Ferdinand VII avec la princesse Christine des Deux-Siciles. Le mauvais état de sa fortune lui fit refuser l'ambassade de Rome et l'obligea à venir se fixer à Palerme.

La fortune de cette famille est toujours fort délabrée. L'achat de la terre de Zucco et la reconstruction du palais Partana (1), sur la place Marina, ont commencé la ruine, qu'une mauvaise administration et les dépenses exagérées de la splendide princesse de Partana, née Palagonia-Gravina, à laquelle son mari ne savait rien refuser, ont accrue.

Le prince laisse une famille nombreuse : quatre fils et quatre filles. L'aîné des fils, qui, jusqu'à présent, a porté le titre de duc de Cimina, est marié avec une fille du prince de Cassaro. Le plus jeune fils est au service d'Autriche. Lucia, la fille

(1) Il avait été détruit de fond en comble, par un tremblement de terre, en 1823. (Note de fauteur.)

aînée, fort laide, à la grande désolation de sa mère, est la marquise Artale. La seconde des filles, Marie, est, en revanche, le portrait parlant de la princesse de Partana, ce dont je la félicite. Le frère puîné du défunt, le comte Griféo, est, actuellement, ministre des Deux-Siciles à Florence.

Le prédicateur que j'ai entendu aux funérailles du prince de Partana a failli faire éclater la guerre entre les Napolitains et les Palermitains qui assistaient à la cérémonie. Jamais oraison funèbre plus maladroite n'a été prononcée. L'orateur a rappelé que le prince défunt n'a point signé la Constitution de 1820, « Constitution, a-t-il dit, que les Napolitains ont si mal su défendre qu'il a suffi de quatre baïonnettes autrichiennes pour mettre l'armée en déroute... » Puis, il a complété l'éloge du prince, en disant : « Dans toute la Sicile, il était le seul gentilhomme qui eût des talents et de l'instruction... » Des chuchotements désapprobateurs se sont fait entendre. A la sortie de l'église, Napolitains et Siciliens se regardaient avec haine, étant tous fort mécontents : les uns, d'avoir entendu, devant les Siciliens, apprécier en de tels termes leur bravoure; les autres, d'avoir été, en présence des Napolitains, traités d'ignorants... Et, certes, cet étrange orateur eût pu se dispenser de parler de talents et d'instruction à l'occasion du prince de Partana!... »

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