CHAPITRE XXXIII
son âge, quel que soit son sexe, quel que soit son degré de parenté avec les survivants, est placé, enveloppé dans un linceul ou habillé, dans une chaise à porteurs. S'il est pauvre, le défunt est transporté, sans autre cérémonie, par deux hommes sales et déguenillés, soit à la fosse commune, soit au pourrissoir du couvent des Capucins. Si le mort est riche, on recouvre la chaise à porteurs d'un drap brodé, et cette chaise est quelquefois accompagnée par deux prêtres jusqu'à la porte de la ville, Dans les grandes familles, il se fait parfois des funérailles plus ou moins solennelles, et le corps est alors déposé dans un cercueil, véritable bahut, lequel est transporté dans les caveaux d'un couvent. Le plus à la modo de ces courents est, sans contredit, celui de Santa Maria di Jésu. C'est là que sont déposés deux enfants de la duchesse de Berry, devenue comtesse de Luchesi-Palli, et, notamment, celui qui est né à Blaye (1).
Je n'en finirais pas, si je voulais tout dire, et le manque des choses les plus essentielles à la vie commune et à la vie élégante, par suite de l'insouciance des gens de ce pays, et l'absence des livres, des jotirnaux, d'institutions littéraires et artistiques, et l'absence d'instruction chez les 99 pour 100 des Siciliens.
A Palerme, on se montre, le matin — et le soir, en été — au Corso en brillant équipage; le soir, au théâtre, en grande toilette. Quelquefois, on va, dans les grands bals, exhiber ses nombreux diamants, ses multiples décorations, portant l'ennui partout. Voilà la vie des gens du pays, avec lesquels les étrangers n'ont, en somme, que fort peu de rapports!... Malgré la réputation d'hospitalité que l'on a faite, Dieu sait pourquoi! à la société de Palerme, on n'y voit guère de salons d'ouverts, à part, les vendredis, celui de la princesse de Partana, et, tous les jours, celui de la princesse de Montevago, où le prochain est, par parenthèse, si peu ménagé. Sauf le comte Alexis de Saint-Priest, à cause de ses relations étendues, et moi- Ci) Anne-Marie-Garoline, née le lOmai 1833. (Sote de l'auteur.)
même, grâce au prestige particulier que m'avait fait donner ma connaissance de la famille impériale de Russie, je ne vois aucun des nombreux étrangers qui sont passés en Sicile durant mes vingt mois de séjour, à avoir été admis à la table des Palermitains, et encore ces invitations que M. de Saint-Priest et moi avons reçues, n'ont-elles été adressées que par des indigènes ayant voyagé en France et ailleurs, et connaissant d'autres usages que ceux de leur pays.
Les classes intermédiaires siciliennes sont mal aisées, ignorantes; les hautes classes sont dédaigneuses, ignorantes aussi de tout, et l'on peut dire qu'elles méprisent, en quelque sorte, tout ce qu'elles ne comprennent pas et tout ce qui n'est pas elles, tout ce qui se fait hors de l'île, hormis les modes. On sait, sans doute, qu'il existe une Naples, capitale du royaume, une Rome, capitale de la catholicité, un Paris, d'où viennent les modes; et, actuellement, on sait aussi qu'une ville du nom de Saint-Pétersbourg est la capitale de l'empire de cette impératrice qui a demeuré à l'Olivuzza. Voilà, à peu près, à quoi se bornent les connaissances géographiques de la plupart des Palermitaines, duchesses, marquises ou comtesses!... Quant aux hommes, ils ne sont pas beaucoup plus instruits, et c'est fort exceptionnellement qu'on rencontre, dans un salon, un gentilhomme avec lequel il soit possible d'avoir une conversation de quelque intérêt. Comme heureuses exceptions, je tiens à nommer le prince de Scordia, le duc Serra di Falco, le prince Granatelli, le marquis San Isidoro, le bai'on Calafatti, le prince San Cataldo. Certes, je ne prétends pas absolument que ce soient là tous les noms de gentilshommes instruits, mais, pour Palerme, il en manque bien peu.
Touchant Palerme, au delà de la porte Maquéda, est le joli village de l'Olivuzza, dont le nom est venu déjà bien souvent sous ma plume. Paj" suite d'une erreur, typographique ou non, le Journal des Débats a toujours écrit ce nom : Olivazza. D'où colère des Palermitains, qui ont vu, là, une offense préméditée et continue. La terminaison uzza est affectueuse, douce et distinguée; celle azza est, au contraire, méprisante. Mais que