CHAPITRE XXXIII
diable! Est-il étonnant que le Journal des Débats ne soit pas au courant de ce distinguo?... Selon les Siciliens, le nom d'Agatuzza, diminutif caressant d'Agata (Agathe), deviendrait une injure, si l'on changeait Vu en a!... Que ne peut pas le changement d'une lettre dans un mot?... Que de sang n'a pas coulé jadis pour un iota?... Pour couper court aux subtilités des Ariens, on inventa au Concile de Nicée (1) le mot « consubstantiel », ou, en grec, omo ousios (de même substance). Eusèbe et un autre, en souscrivant le symbole, usèrent de supercherie et écrivirent omo iousios (semblable en substance), et ce iota occasionna les plus terribles persécutions!,.. Eh bien! Yu changé en a pourrait avoir le même eiïet, de la part des Palermitains, à l'égard des rédacteurs du Journal des Débats (2)!...
C'est dans l'Olivuzza que se trouvent — je l'ai déjà dit — les jolies villas qu'ont habitées l'impératrice de Russie et sa sœur, la grande-duchesse de Mecklembourg-Schwérin. Mais Bagueria est aussi un endroit renommé pour ses belles et riches villas, dont celle qui me plaît le plus, par sa gaieté et sa situation, est la villa Valguarnora.
Un souvenir historique, intéressant au plus haut point pour nous Français, se rattache à la villa de Valguarnera. Lorsque le duc d'Orléans, aujourd'hui le roi Louis- Philippe, se trouvait en Sicile, la reine Caroline faisait villégiature à la villa Valguarnera. Le prince, qui habitait la villa Spedaletto, au pied de la montagne sur laquelle se dresse la villa Valguarnera, se rendait, chaque soir, à cette dernière villa, pour y voir la douce et pieuse princesse qu'il a épousé depuis : Marie-Amélie. Un soir, un coup de fusil est tiré sur le duc d'Orléans. L'enquête faite produit pour résultat, que la sentinelle placée sur le chemin suivi par le prince a, par malentendu, fait partir la détente de son arme; mais l'opinion publique a
(1) Premier concile de Nicée, 1825.
(2) Ijc prince Scordia, aujourd'hui prince Buléra. homme d'esprit cependant, est un de ceux qui se sont trouvés le plus ofïensés de l'erreur du Journal des Débats, lequel ne se doute pas, probablement, ni du crime ainsi perpétré, ni des colères qu'il a excitées. (Note de V auteur.)
admis, comme une chose non douteuse, que la sentinelle avait bel et bien reçu l'ordre de tirer sur le duc d'Orléans. La reine Caroline n'était pas favorable au mariage!... L'opinion publique a-t-elle été injuste envers la souveraine?... Je ne sais, mais cette princesse pouvait prêter aux plus odieux soupçons. Obéissant à toutes ses passions, elle a fait couler bien du sang et a été accusée d'avoir fait empoisonner son propre fils, que le roi Ferdinand I" avait établi son alter ego en Sicile, pendant l'occupation anglaise. La reine Caroline a eu deux amants reconnus, Acton et Saint-Clair, et a satisfait, d'ailleurs, dans ce genre-là, toutes les fantaisies qu'elle a eues (1).
La noblesse palermitaine est nombreuse : on ne coudoie que des princes et des princesses, des ducs et duchesses, des marquis et des marquises; le titre de comte est moins répandu; on rencontre, d'ailleurs, beaucoup de barons. En général, les gentilshommes siciliens sont ruinés, et l'on voit, à tout instant, des individus, en possession du titre de prince ou de duc, qui vivent de la façon la plus misérable. Comme riches gentilshommes, on peut cependant nommer le duc de Monteleone Terra Nova; son gendre, le duc Gualtieri; le prince de Trabia et son fils, le duc Serra di Falco. le prince San Giuseppe- Belmonte, le duc San Antimo, les princes Niscemi, Palagornia et Pignatelli, le baron Riso-Colobria. Par contre, je sais plusieurs familles de haute noblesse, visant encore à l'effet, qui ont leur argenterie en gage au Mont-de-Piété. Je dois reconnaître, quoi qu'il en soit, que les diamants sont nombreux dans
(1) Le défunt prince de Partana. fort attaché à la famille régnante, m'a assuré, comme une chose certaine, que la reine Caroline ne se laissait approcher par un amant, en titre ou passager, que lorsqu'elle était grosse du Roi, son époux, ne voulant pas introduire d'étrangers dans la famille royale. Le même narrateur m'ajoutait que. lorsque la reine n'était pas grosse, elle se livrait à tous les plaisirs des sens et à tous les genres de libertinage, soit avec des hommes, soit avec des femmes. Ainsi, lady Hamilton, maîtresse de Nelson, a été aussi la maîtresse de la reine Caroline, et, par le moyen de cette maîtresse commune, cette moderne Messaline a obtenu de Nelson toute coopération à ses desseins. On sait, du reste, combien, par ses faiblesses à Naples, le grand marin anglais a lerai sa belle réputation! (yote de V auteur.)