CHAPITRE XXXIII 2i)'i
de bonnes intentions et qu'il a introduit des améliorations réelles dans plusieurs branches del'administration. Il est d'ailleurs trop minutieux et s'occupe de détails qui, vraiment, ne sont pas dignes de sa position de monarque. Ainsi, la flotte et l'armée sont un peu pour lui des jouets et une marotte. Parfois, il lui arrive de surveiller les changements de garnison, à ce point qu'il conduira lui-même, par exemple, à Palerme, de nouveaux régiments, et escortera les anciens jusqu'à Messine, Catane et Syracuse.
On lui reproche aussi d'être brusque et colère. Un jour, à Palerme, il faisait manœuvrer des troupes au pied du mont Pellegrino. Il avait fait établir et préparer, pour la Reine et ses dames d'honneur, une tente et une collation. Non loin, le marquis de Nunziante (1), l'un des colonels des régiments manœuvrant, avait fait disposer aussi, pour sa femme et sa société, tente et collation. La Reine, s'étant montrée piquée de cette circonstance, Ferdinand II, brutalement, sans avis préalable, fait diriger une charge de cavalerie sur le groupe formé par Mme de Nunziante et ses amies. Toutes ces dames restent à leur place, sans défiance, s'attendant à entendre le cri de « Halte! » Mais cet ordre n'arrive pas; elles se sauvent alors à toutes jambes, pendant que dans leur galop effréné, les chevaux culbutent tente, table et collation.
La Reine actuelle, fille de l'archiduc d'Autriche Charles, aime beaucoup son mari. Elle est fort jalouse, veut suiA're partout le Roi, et n'est, du reste, jamais plus heureuse que quand elle est grosse. Très pieuse, elle a des manifestations de pruderie fort petites. C'est à cause d'elle que les statues des jardins sont ornées de feuilles vertes, que les danseuses doivent porter des caleçons verts, et que, pendant longtemps, les journaux de modes n'étaient remis aux abonnés qu'après que la censure eût fait crayonner des guimpes sur les gravures représentant des femmes décolletées.
Les Siciliens, se disant sacrifiés par Ferdinand II à ses sujets de terre ferme, n'aiment point la famille royale. Au surplus,
(1) Ce marquis de Nunziante est le fils du général de ce nom qui fut l'un des témoins de la mort du roi Murât. {Note de V auteur.)
disent-ils souvent, ce n'est pas Ferdinand II qui devrait être leur Roi. Alors qu'il était seulement roi de Sicile, Ferdinand I" avait juré le maintien de la constitution de 1812, qu'il a abolie en prenant le titre de roi des Deux-Siciles. Or, ajoutent-ils, il résulte des articles 17 et 21 de cette constitution que, si le Roi, qui en avait juré le maintien, devait jamais rentrer en possession des Etats de terre ferme, il était obligé de laisser l'un de ses fils en Sicile comme Roi. Ce fils était le prince de Salerne. Après lui, c'est donc Mme la duchesse d'Aumale, son unique héritière, dont les droits ne sauraient être mis en doute, qui doit monter sur le trône de Sicile et donner des souverains à ce pays.
Voici, dans le même ordre d'idées, ce que me disait tout récemment (avril 1847), le général Vial, commandant des forces napolitaines en Sicile : « Les Siciliens n'aiment pas le Roi et haïssent les Napolitains. La Cour n'a pas en Sicile le noyau d'un parti. Les Siciliens veulent être indépendants et que leur Roi demeure à Palerme. Tous sont mal intentionnés, mais il n'y a pas un factieux capable d'organiser un mouvement. Cependant, s'il se tirait, en Europe, un coup de canon, et que le roi des Deux-Siciles fût occupé en Italie, la Sicile deviendrait fort diiTicile à gouverner. Dieu sait ce qui arriverait alors, car ces gens-ci ne manquent pas de courage, et leur orgueil soutient leur patriotisme... « Le général Vial, âgé d'environ soixante-dix ans, est un homme d'une grande énergie, habitant Palerme depuis plus de quarante années. Son opinion mérite d'être recueillie; il l'a dite au roi Ferdinand II lui-même et elle confirme pleinement celle que je m'étais faite.
Parmi les Français résidant à Palerme, il s'en trouve un, JVI. Guibert de Valory, de Nantes, fils d'un officier de marine. M. de Valory a vu de près tous les faits de la campagne de la duchesse de Berry en Vendée. Fort enthousiaste alors, il est devenu depuis très calme sur tout cela, mais sa conversation tranquille, relativement à ces événements, n'en est que plus curieuse (1).
(1) Ce M. Guibert de Valory est la même personne dont parle le vicomte de Marcellus dans Vingt jours en Sicile, ce petit ouvrage si intéressant et si curieux à lire. (Xote de l'auteur.)