CHAPITRE XXXIII
La proclamation qui a fait connaître à la France « qu'elle était débarrassée d'un gouvernement rétrograde et oligarchique renversé par l'héroïsme du peuple de Paris (1) » a livré, en même temps, les noms des onze membres du gouvernement provisoire « sorti d'acclamation et d'urgence par la voix du peuple et des députés des départements, et investi du soin d'assurer et d'organiser la victoire nationale (2). » Voici les onze noms que devra retenir la postérité reconnaissante! A diverses époques, la Grèce ne compta que sept « Sages »; nous, plus heureux, nous en avons, d'un seul coup, onze!
Quelques lignes pour portraiturer comme il convient nos onze « Sages ».
Dupont (de l'Eure). Vieillard, honnête homme, sans doute, mais qui a eu la faiblesse déplorable de prêter son nom à cette mascarade politique.
Lamartine. L'ancien ultra-royaliste, dont la correspondance, pendant qu'il était chargé d'affaires à Florence, montre toute l'exagération des opinions qu'il professait alors. L'auteur du plus déplorable ouvrage des temps modernes, les Girondins, ouvrage d'autant plus odieux qu'il est sorti d'une plume habile qui s'est plu à salir tout ce qui devait être honoré et respecté, le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette, et à exalter, au contraire, en quelque sorte, tout ce qui mérite la réprobation et l'exécration des hommes, comme Danton, Robespierre et Couthon (3).
Crémieux. Avocat d'un talent contesté, jouissant, en revanche, de la réputation d'être peu scrupuleux. Homme passionné et violent. D'origine juive.
Arago. Savant qui n'aurait jamais dû quitter l'observatoire de Paris, étant donné la mesure de sa médiocrité comme homme d'Etat, par son passage au pouvoir.
(1) Quelle pitié que cet abus de mots! (Note de V auteur.)
(2) Autant de mensonges que de mots! (Note de l'auteur.)
(3) Depuis que ceci a été écrit, M. de Molènes a rendu compte de cet affreux ouvrage dans un feuilleton du Journal des Débats (celui du 5 ou 6 mars 1849). Il en parle comme tout honnête homme doit en parler. (Note de l'auteur.)
Ledru-Rollin. Avocat au Mans. Député violent et farouche. O'Gonnell, le grand agitateur de l'Irlande, le repoussa, ne voulant pas d'un appui qu'il trouvait digne de mépris. Plus habile que son père, qui n'escamotait que des muscades, tandis que, lui, a escamoté une monarchie.
Gar nier- Pages. On dit celui-ci honnête homme dans son utopie républicaine, mais il n'a donné que do bien tristes preuves de ses talents, comme ministre des finances.
Marie. Autre avocat. Que d'avocats!... Député ardent de l'opposition, mais qui, au dire même de ses amis, ne voulait pas renverser la monarchie et ne songeait pas à établir une république.
Armand Marrast. Rédacteur principal du National, ce journal qui a gouverné la France pendant plusieurs mois et qui a ouvert la curée des places en pourvoyant tous ceux qui lui appartenaient : rédacteurs, compositeurs, protes, plieurs, frotteurs, etc..
Louis Blanc. L'auteur de Dix ans, livre dangereux. Petit homme qui, depuis, a fait bien du mal à la France, par ses séances d'ouvriers au Luxembourg, en pervertissant, par ses folles et déplorables doctrines, l'esprit de ses auditeurs, celui, en somme, de toute la classe ouvrière dont il voulait se faire un marchepied. C'est l'homme auquel on doit ces « ateliers nationaux » qui, en quelques mois, ont coûté plus de 15 millions, et ont fourni les plus terribles émeutiers des journées de Juin 1848.
Ferdinand Flocon. Du journal la Réforme. Homme rude et méchant, qui s'est glorifié, à la tribune, d'avoir conspiré pendant toute sa vie. C'est le plus commun des hommes, ridiculisé par sa femme, devenue célèbre à sa manière.
A Agen, j'ai entendu fréquemment une chanson politique où l'on disait des époux Flocon :
Il culotte des pipes Et madame Flocon Déculotte les garçons.