‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 153 sur 223 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

la foule, pour l'apaiser, a été longtemps, à Ajaccio, chargé de la rédaction du journal du département. Exilé napolitain, il est très irrité contre le roi Ferdinand II, et se montre, en toutes circonstances, fort exagéré. Il a profité des événements politiques qui se sont développés à Naples en 1848, pour retourner dans sa patrie, et conspirateur impénitent, comme M. Flocon en France, il a trouvé le moyen de se faire exiler une seconde fois, et, en septembre et octobre dernier (1848), il est devenu l'un des coryphées du parti anarchique à Livourne, où il a fait partie, lui étranger, de la municipalité provisoire.

Ce La Cecilia avait donc été arrêté dans la nuit du 9 au 10 janvier. Croirait-on que, le 10 au matin, Mme La Cecilia, sous la raison qu'elle est née Française, venait me sommer de faire relâcher son mari!... Elle était fort troublée et très exaltée. Avec tous les égards possibles, je cherchai à la convaincre, sans y réussir, que son mari étant Napolitain, je ne pouvais intervenir en sa faveur.

De toutes ces scènes d'anarchie et de désordre, de ces discours tenus par des tribuns de carrefour au peuple, auquel, ainsi que cela s'est passé en Février à Paris, on a répété à satiété « que les hommes sont frères, que le pouvoir appartient au peuple, que celui-ci a le droit de faire prévaloir sa volonté et la force pour le faire, et qu'il doit en faire l'essai, etc., etc.. », je me bornerai à dire que, dans sa joie factice, la populace de Livourne a successivement été faire des ovations sous les fenêtres du consul de Suisse, à l'occasion des scènes scandaleuses de Fribourg et du succès remporté sur les jésuites, ensuite, sous celles du consul de Sardaigne et du consul de Naples, à l'occasion des Constitutions octroyées à Turin et à Naples. Je dirai aussi, qu'au théâtre, à l'époque de la publication de la Constitution de Toscane, on faisait circuler, de loge en loge, les bustes en plâtre de Pie IX et du grand-duc Léopold, bustes que chaque spectateur devait baiser avant de les passer à son voisin. Au moment où les deux bustes se rencontraient dans leur course à bras, on leur

faisait se donner l'accolade, an bruit de milliers de bravos!

Une chose bien digne d'être notée, étant données ces puériles manifestations dont je viens de parler, c'est que, lorsque la nouvelle du 24 février fut parvenue à Livourne, la populace, contre mon attente, ne vint point, grâce à Dieu! manifester sous mes fenêtres. Ceci tient à ce que la nouvelle était trop inouïe, qu'elle jetait chacun dans la stupeur et qu'elle produisit plutôt un sentiment de frayeur pour l'avenir que de satisfaction ou d'espérance.

Voici comment je me suis expliqué la crise italienne. Le pape Pie IX, en se plaçant à la tête de la réforme italienne, a donné au mouvement qui s'est développé dans la péninsule, au commencement de 1848, un caractère de démocratie théocratique et morale qui a rallié, d'abord, jusqu'aux indifférents en matière politique. La confiance dans le succès s'est accrue parmi la population désirant des libertés publiques, quand on a vu les souverains de la Toscane et du Piémont se placer franchement sur la voie des institutions représentatives. De cet ensemble de circonstances, il est résulté, dans toute l'Italie, un besoin d'indépendance et de liberté. Mais, quelque convaincu qu'ait été chacun, depuis longtemps, de l'impossibilité où se trouvait l'Autriche de s'opposer à l'établissement de gouvernements constitutionnels dans la péninsule, par suite de causes intérieures et extérieures, chacun, au fond, redoutait l'Autriche et s'alarmait, sans vouloir se l'avouer, de la présence de ses soldats sur les frontières de la Toscane et des Etats romains. La. proclamation de la République en France eut pour effet immédiat de rassurer les plus timorés. Aussi, c'est surtout avec un sentiment tout personnel, que la nouvelle de cet immense événement, tout en frappant de stupeur au premier moment, fut accueilli.

L'effet de la fatale nouvelle du 24 février, qu'il me fut hélas! réservé de faire pénétrer en Italie, fut électrique : à Livourne, à Florence, à Rome, la surprise fut profonde pour tous, mais, pour le plus grand nombre, que des pensées d'indépendance et de liberté travaillaient, la participation fut sincère parce

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