CHAPITRE XXXIV
qiCon vit dans la France républicaine lui appui non douteux contre V Autriche.
Grâce à Dieu! qu'en dernière analyse, la France ne fit pas la sottise de prendre les armes pour la cause italienne et que l'espoir des démocrates italiens fut trompé!... Nos armées, une fois victorieuses, et les Italiens délivrés des Autrichiens, la haine contre l'étranger eût repris le dessus, et nos frères italiens n'auraient pas tardé à nourrir pour nous une amitié à la manière de Gain!...
Ce fut pendant le séjour du marquis Ridolti à Livourne, que le premier envoi d'armes fait par la France pour les gardes civiques toscanes arriva, à bord du Météore commandé par le capitaine de frégate Fournier, homme énergique, mais fort petit de taille.
Le marquis Ridolfî nous invita l'un et l'autre à dîner, et porta au dessert un toast à la santé du Roi. J'y répondis, selon l'usage, par un toast au grand-duc et à la prospérité de la Toscane. Voilà des vœux bien exaucés!... Placé à table à côté du marquis Ridolfi, je cherchais à maintenir la conversation à deux, qui avait pris une sorte d'intimité, sur le terrain des événements du jour et des conjectures pour l'avenir, et voici, en résumé, ce que me dit le marquis :
« Le pays n'est pas mûr pour un gouvernement représentatif. L'éducation politique est entièrement à faire, et, sauf quelques esprits inquiets, personne ne désire réellement, en Toscane, ce que, au dire de VAlba et de la Patria, chacun semble souhaiter... C'est un fait que, lorsque le pays aura des Ghambres — car il faudra, malheureusement, en arriver là — personne ne saura plus que faire des nouveaux droits politiques concédés... »
Et, en effet, quand il a fallu réunir les électeurs, à peine le tiers s'est-il présenté!... Quand le grand-duc a nommé des sénateurs, un grand nombre des hommes désignés ont décliné l'honneur qui leur était fait!... Enfin, lorsqu'il fallait voter une loi, la Chambre était rarement en nombre!...
Hé! Grand Dieu! la Toscane, telle qu'elle était sous le gou-
vernement du grand-duc, n'était-elle pas cent fois plus heureuse?... Et les besoins, qu'on a dit à ce pays qu'il avait, ne sont-ils pas imaginaires?... Pauvre Toscane! Elle était le pays de la liberté réelle, de la liberté de fait, le pays hospitalier pour les réfugiés politiques, le pays où les impôts se faisaient à peine sentir, où tous les journaux, ions les livres étrangers pénétraient sans difficulté. Elle était un pays prospère par son commerce, par son territoire, par les mœurs douces et faciles de ses habitants, par l'immense quantité d'étrangers qui venaient y passer de longs mois. Elle a troqué tout cela contre la satisfaction d'être gouvernée par le sieur Guerrazzi. Oui, pauvre Toscane! Elle a payé bien cher ce bonheur -\k\... Car, un mois après le triomphe de Guerrazzi, son sort était devenu déplorable. Il est vrai que son excellent souverain avait été obligé de quitter sa capitale et de se retirer à Gaéte!...
A la fin du mois de janvier 1848, le consul général des Deux- Siciles me confia que le vapeur napolitain Nettuno avait quitté Naples dans la nuit du 26 au 27, avec ordre de débarquer à Livourne le marquis del Garetto, chassé du ministère par le roi Ferdinand II. Un mot sur ce marquis, homme dur, ministre de la police des Deux-Siciles, compère Tristan et grand prévôt de son souverain.
Envoyé en Sicile en 1837, avec des pouvoirs â^alter ego, à l'époque des troubles occasionnés par l'épidémie de choléra dans la province de Syracuse, le marquis del Garetto tua, dit-on, pour ramener l'ordre, autant d'individus que le choléra avait enlevés de son côté. Aussi le marquis et le confesseur du roi Ferdinand, le père Gocle, ont-ils été, dans le principe, les deux boucs émissaires que la rage du parti libéral a poursuivis. Si bien que le roi a été contraint de se résoudre à sacrifier ces deux personnages : il a renvoyé son confesseur et a fait enlever le marquis del Garetto pour le débarquer hors du royaume.
L'enlèvement du marquis se fit avec désinvolture. Le ministre, en tenue de cérémonie, dînait chez son souverain, qui s'était montré avec lui aimable et gracieux, comme il l'était