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CHAPITRE XXXIV

tait à empêcher la presse italienne de créer, par ses extravagances, des embarras au gouvernement français et à cet eiïet, il était pourvu d'une lettre de M. Flocon pour M. Lafarina, rédacteur en chef de VAlba, le journal énergumène de Florence.

Le petit commissaire, qui se rendait ridicule par ses airs de matamore et son costume : grand sabre et bottes à l'écuyére, n'était pas aussi exagéré qu'on eût pu le croire dans son langage républicain, mais il était tout simplement, et tour à tour, trivial et prétentieux. Je lui ai entendu dire, par exemple, « qu'il fallait en finir avec Ledru-Rollin qui devenait un Danton ».

Ganneron se montra plus ridicule encore à Florence qu'à Livourne, se prélassant dans sa loge au théâtre, gardant son képi sur la tête, malgré la présence du grand-duc, ce qui obligea un des inspecteurs de police à venir l'engager à se découvrir ou à sortir. Alors, le petit Ganneron tira son képi et le jeta avec colère au fond de sa loge. Le plus joli est que le petit homme s'était si bien emparé de l'esprit de notre jeune chargé d'affaires, le baron de Poilly, qu'il usait, sans façon, de ses équipages, et même, dit-on, de ses maîtresses.

Mais tout a une fin. A l'arrivée de l'escadre de l'amiral Baudin à Livourne, Ganneron, craignant d'être reconnu par les officiers comme déserteur de la marine, prétexta, pour quitter Florence, d'une mission que, disait-il, il avait reçue pour la Lombardie. Le vice-consul de Ferrare, ^L Pruss, m'a affirmé savoir de science certaine qu'il avait été admis en qualité de « colonel d'artillerie » dans la légion romaine du général Durando. Depuis, oncques n'ai entendu parler de ce petit homme, émissaire, sans aucun doute, de la plus mauvaise section du gouvernement provisoire, ce que la lettre de M. Flocon, que j'ai vue, semblerait indiquer.

Après tout, ce petit Ganneron était-il plus ridicule que la plupart des créatures du nouveau gouvernement républicain? Je citerai, par exemple, le sieur Levrault, bombardé commissaire extraordinaire du gouvernement provisoire à Naples, et

que l'ineffable M, Bastide a défendu à la tribune, en le nommant « son ami ».

Le sieur Levrault, expert en barricades, alla donc s'assurer, le 15 mai (1848), de la solidité de celles élevées par l'émeute dans les rues de Naples. Ensuite, il encouragea et accueillit les réclamations de plusieurs matelots du Descartes, en leur disant : « Eh! quoi, vous êtes à bord trois cents bons bougres, et vous vous laissez opprimer par quatorze épauletiers, -au lieu de les foutre à la mer!... »

Ce grossier individu, homme incapable d'ailleurs, ne pouvait avouer comme profession que celle de conspirateur. C'était un hôte continuel des prisons, que ses délits politiques l'ont fait fréquemment condamner à habiter. Le langage de son secrétaire intime pourra, il me semble, donner la mesure de la capacité de son patron. Passant à Livourne, pour aller porter des dépêches à Paris, concernant l'indemnité réclamée ^our les Français qui avaient soulTert de l'émeute du 15 mai, ce secrétaire, dont j'ai oublié le nom, me disait : « Ah! Le citoyen Levrault a joliment mené tous ces ministres napolitains, et il leur z'a joutu tout ce qu'il avait sur le cœur!... Oui, citoyen, il leur z'a pondu : Votre roi de Naples, ce n'est qu'un cochon/... » J'aurais pu croire que le secrétaire faisait parler son patron, si les grossiers propos du sieur Levrault ne m'avaient été confirmés par des personnes d'une véracité indiscutable, telles par exemple que M. de Verninac de Saint-Maur, commandant du Descartes (1).

Dès la nouvelle de la proclamation de la République française, je me savais destitué en principe; mais, je le répète, j'étais décidé à conserver le consulat général jusqu'au moment où il me serait enlevé. Je devais, en conséquence, faire à Livourne ce qui s'était fait à Naples, à Rome, à Florence, à Gênes et ailleurs, par ordre du gouvernement, c'est-à-dire ouvrir une souscription au profit des blessés de Février — blessés républicains, bien entendu — et faire célébrer un ser-

(1) Devenu contre-amiral et ministre de la marine en 1849, de par la volonté du général Cavaignac (Note de l'auteur.)

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