CHAPITRE XXXV
son successeur, homme violent et maladroit qui semblait se poser en nouveau chef des Francs, conquérant des Gaulois; George Sand, ci-devant baronne Dudevant, qui, de concert avec Jules Favre et Thoré, son amant, fut l'auteur de ces affreux bulletins de la République qui ont porté la terreur aux quatre coins de la France!
Combien d'amants n'a pas eus George Sand?.,. Il a paru sur elle bien des épigrammes et des quatrains sanglants, que la bienséance m'empêche de consigner ici, mais je vais transcrire une anecdote qui se colporte un peu partout.
Vivant fort mal avec son gendre, le sculpteur Clessinger, la baronne Dudevant lui dit un jour :
— Je vous flétrirai dans un de mes livres.
— Hé bien! s'écria le statuaire, je ferai votre derrière en ronde-bosse et tout Paris le reconnaîtra!...
Enfin, le 28 novembre, je suis arrivé à Agen, et, trois semaines plus tard, j'étais installé dans le riant hôtel que j'ai loué à M. Dufort, conseiller à la cour d'appel, marié à la fille de M. de Long, ancien premier président de la cour royale d'Agen (1).
J'ai trouvé à Agen d'aimables voisins et les relations les plus agréables dans de charmantes familles comme celles des d'Esparbès de Lussan, des Trinquéléon, des Pontis, des Bouët, des de Raymond, des La Croix-Vaubois, des Plenselve, des Montpezat, des Hallez d'Arros (2), cousins de ma femme, etc.
Gai, grand amateur de musique, homme fort comme il faut, M. de Montpezat, payeur du département de Lot-et- Garonne, a pour épouse une demoiselle Plieux qui, bien que femme-auteur, est d'un naturel charmant et sans prétention. Elle est fort spirituelle et aussi gaie que son mari. L'un de ses plus jolis ouvrages est Nathalie, roman auquel M. de
(1) Leur fille, la jolie Anna, a épousé, en février de cette année, le marquis d'Escouloubre, de Toulouse. (Note de 1854.)
(2) Mme Hallez d'Arros est fille du comte d'Arros, ancien préfet. Son mari s'est retiré du service après avoir été secrétaire général de la préfecture du Lot-et-Garonne. (Note de Vauteur.)
Salvandy, son cousin, a cousu une lourde préface. Corisande de Mauléoii et Gaston de Foix sont aussi des ouvrages fort agréables à lire.
Mme de Montpezat fait l'éloge de M. de Salvandy, comme homme privé et comme homme loyal et de mérite, mais elle reconnaît que son cousin, rongé d'ambition, veut toujours porter la tête plus haut qu'un autre et ne consent à la baisser devant personne.
Sans fortune, mais doué d'un réel talent d'écrivain politique, M. Narcisse de Salvandy, dont le visage, fort abîmé par la petite vérole, s'accommode mal de ce prénom prétentieux, fut de bonne heure protégé par Monsieur, frère du roi Louis XVII I, qui le fit faire maître des requêtes au conseil d'Etat, puis ministre, ambassadeur et comte. De son mariage avec Mlle Julie Ferrey, dont la famille possède une belle fortune industrielle et une terre importante près de Corbeil, M. de Salvandy a eu deux enfants : un fils, que je ne connais pas, et une fille, Octavie, gracieuse et jolie, que j'ai pu apprécier à Palerme, en 1846, lors d'un voyage qu'elle y fit avec son mai'i, le comte d'Aulx, excellent homme, mais qui, comme esprit, est inférieur à sa charmante compagne.
Mme de Montpezat m'a dit de M. de Salvandy un joli mot d'intimité que je veux consigner ici, parce qu'il a du naturel et appartient au style épistolaire familier pour lequel le laisser-aller est nécessaire.
En écrivant à Mme de Montpezat, sa cousine, Mme de Salvandy, née Julie Ferrey ainsi que je viens de le dire, se plaignait de certaines circonstances de famille ou de situations politiques qui ne lui plaisaient pas. M. de Salvandy survient, lit par-dessus l'épaule de sa femme, saisit une plume et ajoute de sa main : « Ne croyez pas un mot de tout cela : ce sont des Julivernes. »
De son côté, M. de Montpezat m'a raconté de M. de Salvandy, le père, une chose extravagante. Le père de Narcisse lui avait confié, à lui Montpezat, qu'en Irlande, il s'est tramé un complot tendant à séparer ce pays de l'Angleterre, et que