CHAPITRE XXXVI
tribue à la solidité du vieil édifice social et politique. Ea France, au contraire, la démocratie mal comprise a détruit le poli de nos mœurs et a faussé le sentiment appréciateur du juste et de l'injuste. On y sait détruire; on n'y sait ni conserver, ni réédifier, et l'on se croit libre, parce qu'on s'affranchit de tout égard, de toute reconnaissance, de tout respect pour les souvenirs historiques, les grands hommes, les usages, les traditions. Par contre, on adopte le sceptisme, le goût de l'ironie, l'indifférence en tout et partout, le débraillé de l'esprit et des habitudes actuelles... Voyez les jeunes hommes de notre époque! Ils ont tout flétri, tout détruit des saines croyances conservatrices...
Qui peut dire où va notre société?... Le suffrage universel direct tendra, de plus en plus, à l'abaisser, en substituant, en toutes circonstances, à l'éducation, à l'intelligence, à la moralité, les passions et les mauvais instincts d'en bas, de ces classes que les mots remuent, et que les intrigants, les ambitieux et les utopistes sauront toujours exploiter, en les jetant dans l'inconnu et, fatalement, dans les troubles civils...
Voilà les propos que j'ai entendu tenir à M. Dumon depuis quelques mois et que je crois reproduire quasi textuellement.
Je partage entièrement ses tristes pensées et ses considérations politiques et philosophiques. Grand Dieu! A quel abîme peut nous conduire le gouvernement républicain?
Dans la Revue des Deux Mondes de novembre 1848, le prince Albert de Broglie a écrit ceci :
« Avec les troubles civils, avec les atteintes portées, d'en haut ou d'en bas, à ces droits inviolables (la propriété et le toit domestique également inviolables à l'abri d'une liberté véritable et d'une constitution sage), l'amour de la patrie s'affaiblit. Nelson meurt à Trafalgar pour des lois qui exécutent jusqu'à la dixième génération la volonté du père sur les enfants; le paysan français mourait à Jemmapes pour la terre affranchie d'une féodalité dégradante; mais le Romain du Bas-Empire, fatigué d'être rançonné, tour à tour par les soldats et par la populace, livrait pour quelques marcs d'or sa patrie à des Barbares... »
Les « Barbares », pour nous, ce sont les socialistes, les communistes, les ambitieux, qui, sous le manteau et sous l'en-
seigne du dogme républicain pur, cherchent à exploiter les mauvaises passions et, surtout, l'inintelligence des masses que l'on flatte de l'espoir irréalisable d'un bien-être matériel égal pour tous. Aiguillonné par le sentiment de la famille, par la concurrence et par le désir de faire mieux que son voisin pour conquérir plus encore que lui, chacun peut obtenir ce bien-être par son travail. Et le pillage, le partage, pourrontils jamais procurer ces avantages?...
Puisque j'en suis à des considérations politiques, voici ce que je lis dans Souvenirs de cinquante ans, ouvrage que M. le vicomte Walsh a fait pai^aître en 1845 :
« ... Le terrible, l'épouvantable incendie qui avait enflammé et dévasté le monde, son premier foyer n'avait-il pas été Paris?... Si les pleurs, si le sang, comme les grandes eaux du déluge, avaient inondé la terre, n'était-ce pas de Paris que le torrent avait débordé?... Si les peuples avaient été saisis de vertige, n'était-ce pas de Paris, la ville des philosophes, que le premier cri de folie s'était élevé?... Si le tocsin des révolutions avait agité, alarmé toute la nation, n'était-ce pas Paris qui en avait sonné le premier coup?... »
Hé bien! pour les appliquer à ce qui s'est passé en 1848, que faudrait-il changer à ces paroles qu'inspiraient à M. le vicomte Walsh les souvenirs de la première révolution française, qui fit monter la famille royale sur l'échafaud, bouleversa la France et ébranla l'Europe entière?... Rien ou presque rien. En effet, n'est-ce pas encore de Paris, la ville des esprits égoïstes, légers, mobiles et sceptiques, la ville des rapides et lâches adhésions au gouvernement « de fait », la ville ingrate et oublieuse par excellence, le foyer des instincts subversifs et des mauvaises actions républicaines; n'est-ce pas, dis-je, de Paris qu'est sortie l'étincelle qui, en 1848, a communiqué l'incendie révolutionnaire à toute l'Europe; qu'est parti le premier cri de folie et de démence anarchique, qui a retenti dans un si grand nombre de cerveaux fêlés d'Allemagne et d'Italie?... N'est-ce pas à Paris que s'est fait entendre le premier coup de tocsin républicain dont le