‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 180 sur 223 · CHAPITRE XXXVIf 3Tt · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIf 3Tt

tiède ». Mon homonyme, le vicomte de Gussy, de Normandie, ayant épousé une Anglaise. Il est toujours cordial, bon vivant, sincèrement aimable, et son hospitalité à Saint-Mandé est toujours empressée. De cet excellent comte Hippolyte de La Rochefoucauld, je ferai le même portrait. Le baron Paul de Bourgoing, toujours aimable. Malgi^é tout, je lui laissai voir quelque étonnement de ce qu'il avait recherché, un peu vite, en 1848, les faveurs du nouveau gouvernement. II était ambassadeur à Madrid, d'où on l'a rappelé pour faire place au général Aupic. Théodore de Lesseps, poli, froid, charmé de la position que M. de Lamartine lui a faite, voulant ménager la chèvre et le chou. Tout en déplorant avec moi la brutalité de M. de Lamartine, il défendait les consuls créés par le poèteministre. Le baron Brenier, ne comprenant pas que le ministère, où chacun, disait-il, avait blâmé M. de Lamartine prononçant une révocation pour faire une dot à sa nièce, né s'empressât pas de me rappeler aux affaires, et qui, lui-même, pendant les quelques mois qu'il a eu le portefeuille, n'a pas songé à me rendre un emploi équivalent à celui qui m'a été si brutalement enlevé!

Je revis encore l'ancien ministre Guizot. Fort bon homme au fond, j'en suis sûr, mais toujours sec et doctoral, et posant comme le ministre dans son salon ou le professeur dans sa chaire. L'ancien ministre a, à Agen, un cousin du même nom qui, physiquement, lui ressemble beaucoup, avec dos traits plus fins. Celui-ci, receveur général, est un homme doux, froid et poli, auquel je n'ai qu'un seul reproche à faire : c'est de ne pas surveiller les connaissances de sa femme en littérature et en histoire. Mme Guizot, fort bonne, mais peu instruite, lit peu ou pas et ne parle que très rarement des choses contemporaines, ce en quoi elle a raison, à en juger par le trait suivant. Dans son salon rempli de monde, Mme Guizot disait dernièrement « qu'un convoi de transportés avait été embarqué à Blaye sur le vaisseau Lili ». Elle voulait parler de « déportés » et de la frégate VIsly. Est-il donc possible qu'une

Française de la société connaisse aussi peu la valeur des mots et n'ait jamais entendu parler d'une bataille qui, il y a si peu d'années, a donné son nom à un maréchal de France?...

Agen, 4 avril 1852.

Depuis plus de trois mois, la France jouit du calme et d'une sorte d'espérance pour l'avenir. Ce résultat est dû au coup d'Etat énergique et habile du 2 décembre dernier, lorsque le prince Louis-Napoléon, contre lequel la Chambre des représentants avait engagé une lutte tracassière et qui conduisait le paA'S à l'anarchie, s'est décidé à dissoudre cette assemblée turbulente et à déchirer la constitution issue du cerveau malfaisant de M. Marrast, de l'esprit incertain de M. de Cormenin et de celui de tant d'autres brouillons politiques.

A la nouvelle de cet acte audacieux et salutaire, désiré, au reste, par le plus grand nombre des Français, les démagogues et les meneurs des sociétés secrètes qui enlaçaient le pays ont crié aux armes, ont excité les passions cupides des masses populaires, entraînant à la guerre civile et au pillage les niais et les gens de sac et de corde.

Quel triste spectacle que celui qu'a présenté la place publique d'Agen, le 4 décembre! Des groupes d'énergumèut's y circulaient, les bras nus, armés de vieux fusils, de sabres rouilles, et même de broches, en hurlant : « \i\e la Constitution! » et menaçant les citoyens conservateurs, armés de leur fusil de garde national et attendant tranquillement l'événement. Je n'ai pas quitté la place pendant deux heures, et je ne puis m'expliquer que le combat n'ait pas commencé, que parce que les chefs de la démagogie, MM. les avocats Vivens et Delpêche, ont eu peur, en constatant que les bandes armées qu'ils attendaient des arrondissements voisins n'arrivaient pas. Celle de l'arrondissement de Nérac, seule, s'est mise en mouvement dans la direction d'Agen, mais en apprenant que la faible garnison de cette ville (260 hommes en tout), commandée par

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