‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 21 sur 223 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

il ne me reste pas un liard, et mon homme sera fichtrement fâché quand il saura comme ça m'a glissé entre les doigts... » Une autre fois, dans une occasion analogue, elle dit ; « Je suis f..tue! » Mais, rencontrant, au même instant, le regard improbateur de son mari, elle se reprit ainsi : « Non, non, je ne suis pas f..tue; pardon, excuse! c'est un autre mot que je voulais dire. Je voulais dire fichue... » Voyant de nouveau le maréchal mécontent, elle ajouta : « Que le diable emporte c'te chienne de langue!... Je voulais dire flambée... »

Ces ridicules n'altèrent pas le cœur de cette excellente femme. On en rit un peu, mais elle est fort aimée. Elle est, croit-on, mariée secrètement avec un ancien aide de camp de son mari.

Mon ancien chef de Berlin, M. de Rayneval, a en horreur ce qu'il appelle « l'esprit des bureaux », et il a été satisfait de me voir quitter le ministère. Voici ce qu'il m'avait écrit de Lucerne, le 10 août 1826, alors qu'il était ambassadeur on Suisse et que je venais de lui donner avis de ma nomination de sous-chef de division à Paris : « ...Je sais gré à M. de Damas de n'avoir pas oublié ce que je lui avais dit de vous. Vous me demandez des conseils. Je n'en ai point d'autre à vous donner que de vous conserver tel que je vous ai connu; de vous garder de la contagion de cette maladie qu'on appelle Fesprit des bureaux, et de conserver la santé morale qui distingue un véritable diplomate »... L'an dernier (1827), lorsque je lui ai communiqué mes dégoûts et ma résolution de retourner coûte que coûte à l'étranger, il n'en a été nullement surpris et m'a écrit que, tout en me félicitant, un an auparavant, de ce que je devais désormais demeurer à Paris, il avait craint ce résultat, pensant bien, qu'arrivant au ministère contre le gré de tous, on me ferait « grise mine ».

Quand, au ministère, on me dit que j'étais nommé consul à Bucharest, je savais qu''il y avait un travail considérable à faire dans le personnel et que ma nomination officielle ne pouvait avoir lieu immédiatement. Je proposai donc au baron de Damas de mettre au courant, tout en conservant mon

titre de sous-chef, celui qui devait me succéder dans ces fonctions, M. Max de Lambert. Le ministre acquiesça et me dit, qu'au bout de quelques semaines, je pourrais aller attendre à Agen, près de mon père, ma lettre de nomination ofTicielle. Les choses se passèrent ainsi, et je fus passer plusieurs mois à Agen, laissant à mon ami Hippolyte Billecocq les instructions nécessaires pour la vente de mon mobilier. Puis je suis revenu à Paris où j'attends mon ordre de départ, continuant mon petit traintrain, et où j'écris ces lignes.

Le grand événement politique de l'année 1827 — événement qui peut avoir, dans l'avenir, une portée immense, fatale pour la tranquillité du pays — c'est le licenciement de la garde nationale de Paris. J'ai su, sur cet événement, certaines particularités; j'ai entendu aussi des opinions que je veux consigner ici. Mais, avant d'arriver à ces derniers jours de la garde nationale, je veux parler un peu du temps que ce service assez simple a réclamé de moi, et des actes politiques ou cérémonies publiques auxquelles m'a fait assister mon grade de capitaine d'état-major de cette caricature de l'armée.

Le service de jour revenait une fois par mois, quelquefois deux. Il consistait, en général, à assister à 11 heures et demie, au renouvellement des détachements qui devaient, pendant vingt-quatre heures, faire le service du château des Tuileries, à viser, à l'élat-major général, les livrets des fourriers, à donner le mot d'ordre, à faire la ronde et visiter des postes, vérifier les registres, et, le lendemain matin, à établir un rapport sommaire.

Mais, en sus de ces jours de service régulier, il y avait le service extraordinaire. Ainsi; j'ai été désigné, le 11 décembre 1826, pour assister à Notre-Dame à la messe du Saint-Esprit, dite la veille de la séance royale d'ouverture des Chambres le 31 décembre, pour présenter au Roi et à la famille royale les hommages de la garde nationale, à l'occasion du premier de l'an; le 21 janvier 1827, pour assister au service célébré à Notre-Dame, en commémoration de la mort du roi Louis X\ I;

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