CHAPITRE XXIII
aux finances (comte Roy), au commerce (comte de Saint- Cricq), et à l'intérieur (vicomte de Mai^tignac). Ce ne fut que le 10 février que M. de Vatimesnil reçut le portefeuille de l'instruction publique. Quant à la marine et aux affaires ecclésiastiques, on y nomma M. Hyde de Neuville et Mgr Feutrier, le 3 mars seulement.
M. de Chateaubriand prit une grande part à ces combinaisons ministérielles, particulièrement aux dernières, dans lesquelles il fit entrer ses amis. Sa part avait été grande aussi à la chute du ministère Villèle, et, le lendemain du jour où elle eut lieu, comme je m'étais rendu chez lui pour lui annoncer comment ma situation avait été réglée, il me dit, en parlant de M. de Villèle et en se frottant les mains : « Le coquin!... Il m'a coûté trois ans et demi de peine, mais enfin, il est tombé! »
En 1823 et 1824, pendant son ministère, j\I. de Chateaubriand s'était lié avec le curé de l'Assomption, paroisse des affaires étrangères, un M. Feutrier, qu'il avait fait devenir évêque de Beauvais. Aussi, lors des combinaisons ministérielles, désignait-il Mgr Feutrier pour le portefeuille des affaires ecclésiastiques; mais, ce qu'il faisait ici par amitié, il le faisait aussi dans l'embarras de trouver mieux, je crois. En effet, je me trouvai le 3 mars, au matin, chez M. de Chateaubriand, lorsque s'accomplissaient les dernières combinaisons ministérielles.
— C'est Mgr Feutrier qui sera nommé, me dit M. de Chateaubriand; c'est un digne homme; toutefois, pour occuper une situation aussi élevée, j'aurais voulu quelqu'un de plus connu que lui.
— Mais, m'écriai-je, il y avait un excellent prélat à prendre, et qui jouit d'une réputation de vertu, de charité et de tolérance qui le fait aimer et respecter de tous les partis : c'est Mgr de Cheverus, archevêque de Bordeaux.
— Ah! parbleu! vous avez bien raison, Cussy. Comment n'y avons-nous pas pensé!...
Et, sur-le-champ, M. de Chateaubriand écrivit un billet
à M. de Martignac, le priant de substituer le nom de Mgr de Gheverus à celui de Mgr Feutrier. Il fit partir, en cabriolet, son secrétaire. J'attendis son retour : il était trop tard. Mgr Feutrier avait accepté, le Roi avait signé l'ordonnance et venait de la renvoyer, l'avis était déjà parvenu au Moniteur. Deux heures plus tôt, et tout aurait pu s'arranger!,.. Ainsi, si j'étais venu la veille au soir chez M. de Chateaubriand, comme cela m'arrivait souvent, ou de très bonne heure, le matin, je me serais trouvé avoir eu ma part personnelle aux combinaisons ministérielles. Et quel digne et respectable prélat mon indication eût donné à la France, comme l'un de ses ministres responsables!
Le comte de La Ferronnays n'avait accepté le ministère des affaires étrangères, qu'à la condition sine qua non d'appeler à Paris, en congé illimité, M. de Rayneval, excellent homme d'Etat, des conseils éclairés duquel il disait ne pouvoir se passer. AL de Rayneval confia donc son ambassade de Berne au premier secrétaire et vint à Paris, où il prit, dans la rue de Rivoli, un appartement garni. Sa famille le rejoignit bientôt et resta avec lui jusqu'à la belle saison. Peu de temps après l'arrivée de AL de Rayneval, la santé chancelante de M. de La Ferronnays l'obligea de se rendre à Carisbad, et mon ancien chef fut, par ordonnance royale, chargé du portefeuille des affaires étrangères, par intérim. Aussitôt, M. de Rayneval m'appela au cabinet. Cette marque de confiance, en même temps que d'amitié, me toucha vivement.
M. de Rayneval occupe un bel appartement à l'hôtel de la Chancellerie de France et c'est là que tous les m.atins, avant de nous rendre au ministère, pour l'ouverture des dépêches et la distribution de la correspondance dans les diverses directions, Ferdinand Denois et moi, nous venons, depuis un mois (juillet 1828), travailler sous les ordres de M. de Rayneval. Je suis fort occupé, et passe au ministère toute la journée, et y reste souvent très tard; ainsi, il nous est arrivé, à Denois et à moi, de ne quitter le cabinet qu'à ii heures et minuit. Mais