‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 42 sur 223 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

qu'occupe actuellement Mlle Amigo, était habité par la comtesse de Castello-Fiel. Cette comtesse, vieille et laide, n'est autre que la première femme de don Manuel Godoï, prince de la Paix, qui fut, dit-on, l'amant de la reine d'Espagne, épouse de Charles IV. Il avait épousé, en effet, à Rome, du temps où il y était avec le \^eux souverain qu'il a si indignement trompé, une demoiselle Tudo; mais, plus tard, il nia être régulièrement marié, afin de pouvoir épouser l'infante Marie-Thérèse de Bourbon, âgée de quinze ans, cousine du Roi. J'ai entendu nommer le fils de la comtesse de Castello- Fiel, « le comte de la Paix ». C'est de lui que j'ai acheté la calèche qui devait me porter à Bucarest, et qui me portera, je l'espère, dans quelque résidence de mon goût, Dieu aidant, et MM. de Martignac et de Rayneval aussi,

1" octobre 1828.

Le 28 du mois dernier, le Roi m'a nommé son consul à Corfou (1). Ce n'est certes pas tout ce que j'aurais pu désirer; mais ce poste a certains avantages appréciables, dont un des plus grands est d'être fort indépendant et de ne relever que du ministère directement. Je pense être encore pour longtemps à Paris, M. de Rayneval m'ayant dit, que je n'aurai à songer à partir que lorsqu'il cessera l'intérim du ministère des affaires étrangères. Jusque-là, il me gardera avec lui.

En allant, ce matin, annoncer ma nouvelle nomination à quelques amis, j'ai vu chez M. Bréauté, mon libraire (2),

(1) Paris, 30 septembre 1828.

« J'ai l'honneur de vous prévenir, monsieur, que, par décision du 28 de ce mois, le Roi, sur mon rapport, vous a nommé consul à Corfou, en remplacement de M. Couteaux, appelé à d'autres fonctions.

te Je me plais à reconnaître, monsieur, que ce choix a été motivé sur les services distingués que vous avez rendus jusqu'ici, et je ne doute pas que vous n'ayez à cœur de le justifier par un nouveau zèle.

« Recevez, etc.

« Signé : RaynevaX. »

(2) Sous le nom de Stanislas de Monbusc, je venais de faire paraître deux petits volumes de nouvelles imitées du baron de Steigentesch et d'Adalbert de Chamisso, sous le titre de Soirées allemandes. {Note de l'auteur.)

la fameuse Mme Saint-Elme, vrai grenadier en jupon, qui a publié des mémoires fort amusants, sous le titre de Mémoires d'une contemporaine. Un sous-chef des affaires étrangères, M. Desages, m'a dit avoir connu, dans sa jeunesse, la « contemporaine )) et avoir joué la comédie avec elle et Tiercelin. Ce Tiercelin, qui est devenu le si parfait acteur des Variétés, était, parait-il, si timide dans ces comédies de société, qu'il ne pouvait se charger que de rôles de la dernière insignifiance. Propriétaire de plusieurs maisons qui ne lui rapportaient que des assignats sans valeur, la nécessité le poussa vers le théâtre où il réussit si entièrement. Hors de la scène, c'est un homme fort comme il faut dans ses manières. Il compte du reste quitter le théâtre et n'a accordé sa fille à l'acteur Perlet, qu'à la condition qu'elle ne serait jamais actrice. Mais, me voilà loin de la « Contemporaine... » Celle-ci, qui raconte toutes ses faiblesses, dit avoir été la maîtresse de l'amiral Villaret- Joyeuse et passe pour avoir été, en Italie, la femme du général Moreau. L'amiral Villaret-Joyeuse, à ce que m'a dit le duc de Trévise, assurait ne l'avoir jamais connue; et, à l'époque à laquelle il causait de cela avec le maréchal Mortier, en 1811, il avait ajouté que, si cela était vrai, certes il n'en ferait pas mystère, aujourd'hui qu'il était vieux et que la « Contemporaine « elle-même se chargeait de crier en public qu'elle avait été sa maîtresse. Par ailleurs, le maréchal de Trévise se rappelle parfaitement avoir vu, à Milan, chez Moreau, une femme que chacun savait être sa maîtresse, et, plusieurs fois, lui, Trévise, avait engagé Moreau à se plier aux convenances et à renvoyer cette femme qui, au reste, ne passait, aux yeux de personne, pour l'épouse légitime de Moreau.

Chez Bréauté, ce matin, je me suis trouvé aussi avec le marquis d'Audiffret, gendre du baron Portai, directeur général de la comptabilité du royaume. Cette rencontre du marquis d'Audiffret m'a rappelé une commission dont je me suis chargé auprès de lui. Chez mon vieil ami Delbosc d'Auzon, capitaine à l'état-major de la place de Paris, je vois fréquemment M. le général de Gazan et sa femme. Mme de Gazan est

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