‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 51 sur 223 · CHAPITRE XXIII ICI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII ICI

Le même 8 août, le ministère fut ainsi composé : les sceaux M. Courvoisier; guerre, le général comte de Bourmont; marine, l'amiral comte de Rigny; intérieur, le comte de La Bourdonnaye, cet ultra-royaliste, si rude et si absolu; affaires ecclésiastiques et instruction publique. M. de Montbel; fmances, comte de Chabrol.

Mais M. de la Bourdonnaye était décidément trop rude, et MM. de Chabrol et de Rigny n'étaient pas, sans doute, assez purs. P^u de temps après, le ministère a subi quelques modifications. Le voici tel qu'il est aujourd'hui : présidence du Conseil et affaires étrangères, prince de Polignac; sceaux, M. de Chantelauze; guerre, comte de Bourmont; marine, M. d'Hau.ssez; intérieur, M. de Peyronnet; affaires ecclésiastiques et instruction publique. M. de Guernon-Ranville; finances, AL de Montbel; travaux publics, le baron Capelle.

Quant aux missions diplomatiques à l'étranger, je ne vois que des changements de résidence; point de noms nouveaux. A Vienne. M. de Rayneval;à Rome, le comte de La Ferronnays; à Naples. le duc de Blacas; à Londres, le duc de Laval-Montmorency; à Saint-Pétersbourg, le duc de Mortemart, ayant toujours pour premier secrétaire mon ami de vieille date, Paul de Bourgoing; à Turin, le marquis de La Tour du Pin; auprès de la Confédération germanique, le baron Bourjot, que le prince de Polignac n'a pas voulu conserver comme directeur des affaires politiques; à Berlin, le comte Hector d'Agoult; à Constantinople, le général comte Guilleminot; à Berne, le marquis de Gabriac; à La Haye, le marquis d > La Moussaye; à Dresde, le comte Georges de Caraman; à Stockholm, le comte de Montalembert; à Copenhague, le marquis de Saint-Simon; à Munich, le comte de Rumigny; à Stuttgard, le vicomte de Fontenay; à Hanovre, le comte Roger de Caux.

Je vais clore cette énumération par le nom de M. de Vitrolles, qui conserve ses fonctions de ministre plénipotentiaire à Florence, Parme et Modène. A ce propos, je dois dire conbien je suis étonné que, dans les changements faits par le parti

ultra, qui est au pouvoir aujourd'hui, le baron de Vitrolles n'ait pas été appelé dans la haute administration, lui dont les capacités sont indéniables, qui est généralement aimé et dont le bon renom contrebalancerait les impopulaires prince de Polignac et comte de Bourmont.

Ainsi donc, M. de Chateaubriand a disparu des afTaires gouvernementales; mais, sans doute, il n'y reste point étranger. Le Journal des Débats et d'autres journaux conservateurs déplorent les derniers changements de la haute administration et regrettent le ministère Martignac, ministère bien intentionné, ministère de fusion et ministère de capacité. Et comment ce ministère si bien constitué est-il tombé?... Pour ainsi dire, sans préparation aucune; d'une manière tout à fait imprévue et comme le résultat d'un coup de tête. Emile Barateau (1) m'a écrit que la veille, en se couchant, M. de Martignac ne pouvait pas soupçonner la chute de son ministère, et qu'il ne l'a apprise que le matin même, par le Moniteur, tant l'intrigue qui l'a renversé est restée cachée entre le Roi, le prince de Polignac et les quelques hommes qui circonviennent le Roi et agissent sur sa conscience timorée, dans laquelle ils savent faire germer des scrupules sur le temps, bien éloigné, de sa jeunesse, et des craintes pour son salut dans l'éternité. Les Bourbons semblent affectionner ces disgrâces brutales, et, précédemment, dans ce journal, j'ai dit comment se sont passées, à Madrid, la destitution de ^l. de Zéa y Bermudès, et à Paris, celle de M. de Chateaubriand, en 1824. J'ai dû parler alors de l'air gracieux, amical et confidentiel du monarque causant avec un ministre qui n'a pas senti le coup qui lui est déjà porté.

Toutes ces digressions sur les affaires politiques de la France m'ont entraîné loin de Rome, où la narration de mes souvenirs personnels m'avait conduit. Je reviens donc à mon passage dans la capitale du monde catholique.

Mme de Cussy et moi, nous allâmes faire visite à M. Horace

(1) Voir plus haut, même chapitre.

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