CHAPITRE XXIV H
souverain de la Grèce. L'indiscrétion et la forfanterie de ce M. Métaxa qui, sur sa route, s'est attaché au jeune Macdonald, fils de l'adjudant-général des troupes anglaises (lequel se rend également en Grèce, dit-on), doivent faire douter de la réalité de la mission, ou plaindre le prince qui emploie un tel agent. Quoi qu'il en soit, l'annonce faite pai' cet individu, de l'élection, vraie ou fausse, du prince Paul — car nulle nouvelle de source certaine n'est encore parvenue ici sur ce point — a reporté sur le sort futur de la Grèce l'attention du public, dis- Iraite, un instant, par les mémorables événements de Paris et par ceux qui se passent encore dans le nord de l'Europe.
Les Grecs de l'Etat septinsulaire espèrent que la France nouvelle, forte à l'intérieur, respectée au dehors, va faire usage de son influence pour terminer l'affaire grecque. Cette espélance fait plus que jamais fermenter les têtes ioniennes. La haine de ces populations pour l'administration anglaise — laquelle, il faut l'avouer, ne fait rien pour se rendre agréable — augmente chaque jour, et, avec elle, augmente aussi le désir d'une réunion au nouvel Etat grec.
La haine des Ioniens pour les Anglais est, en vérité, générale et extrême. Les Anglais, si fiers, et avec raison, de leurs institutions et des libertés dont ils jouissent, portent le despotisme fort loin à l'égard de toutes leurs populations coloniales et de celles qui sont placées sous leur protection. Les îles Ioniennes, entre autres, en fournissent mille preuves, depuis 1814. Quelques formes extérieures d'un Etat indépendant sont conservées à ce gouvernement, mais tout y tremble devant la volonté du lord haut-commissaire, parce que cette volonté est sans contrepoids, qu'elle seule tient lieu de tout, et qu'elle est, sans cesse, substituée à une constitution qui n'est qu'un amas de phrases conçues beaucoup plutôt pour lier les peuples auxquels elle a été donnée, que pour leur assurer la liberté. Cet é!at de choses est unanimement reconnu et senti, alors que tous les cœurs ioniens se rappellent, au contraire, l'administration française qui n'a laissé que de très honorables souvenirs.
Corfou, 6 mars 1831.
Le colonel de Goncili, ancien chef d'état-major du général Guillaume Pepe, était, depuis plusieurs années, retiré à Corfou où on le traitait avec beaucoup d'égards. Il appartient à la catégorie des réfugiés napolitains condamnés à mort. Les événements de la Basse-Italie ont réveillé en lui le désir de contribuer à la régénération de sa patrie, qu'il voudrait voir dotée d'institutions constitutionnelles monarchiques; et le colonel de Concili est. en conséquence, parti subitement, le l'^'" mars, pour Ancône, d'où il se dirigera sur Rome. Mais le temps qui s'écoulera pendant sa traversée et pendant la quarantaine le fera, problablement, arriver trop tard; la révolution de Naples sera terminée, ou bien le roi des Deux-Siciles aura su la prévenir en se rendant aux vœux de ses peuples. Déjà, dit-on, le ministère napolitain a reçu quelques modifications, et si le choix que l'on assure avoir été fait pour le département de la police générale ne satisfait pas l'attente publique, on croit que, du moins, le jeune souverain a donné l'ordre de dresser l'ordonnance de rappel de tous les proscrits. Cette nouvelle n'est arrivée que depuis le départ du colonel de Concili.
Le nom de cet officier est tout-puissant dans la province d'Avellino. C'est sans doute là qu'il cherchera à se rendre, s'il peut pénétrer dans le royaume de Naples. Le général Adam, ^ui sait toute l'influence que peut exercer la présence du colonel, et qui voit, dans le succès des révolutions italiennes, l'accroissement de la prépondérance de la France sur la politique européenne, a cherché à détourner le colonel de son projet de départ. Celui-ci, homme ardent, ulcéré par les chagrins d'un long exil, s'est facilement irrité de quelques observations que lui a faites le général Adam sur les résultats que pouvait amener le mouvement italien.
— Général, lui a-t-il dit. les nobles sentiments qui animent les Français irritent les rois absolus. Nous devons se- .conder la France : sa révolution est notre modèle, sa charte sera notre évangile.