CHAPITRE XXIV
« Casimir Delavigne est maiùé depuis quelques jours. Il a épousé une demoiselle Elisa de Courten, que vous avez dû voir, autrefois, chez les dames Aspelly. Cette personne, qui a maintenant trente-quatre ans — dit-on et dit-elle — a été dame de compagnie de la reine Hortense. Sic transit gloria mundi/ disent quelques sots. Moi, je trouve, au contraire, qu'il vaut mieux porter le nom de Casimir qu'avoir un titre que tant d'autres avaient.
« J'ai communiqué votre lettre à M. de Martignac : il vous remercie de votre souvenir.
« Adieu, mon cher Cussy. Chassez vos fièvres : c'est la maladie des Basiles et ce ne peut être la vôtre. Guérissezvous avant de revenir en France : je n'ai plus de place à vous offrir dans un hospice depuis que l'on m'a réduit à l'hôpital... Cela ne m'empêche pas d'être gai, très gai, presque aussi gai qu'un Allemand!... Vive la joie donc!
« Le comte Roger de Caux est venu me voir avant-hier. Il a donné sa démission de ministre à Hanovre. Je crois qu'il a quatre enfants : cela lui fait beaucoup d'honneur. (Je veux dire d'avoir démissionné.)
« Je crois qu'il vous sera très facile de vous rapprocher de nous avec l'appui du duc de Trévise et du vicomte de Rumigny. L'autre personne que vous me nommez ne vous serait d'aucun secours dans cette circonstance; le duc et le' vicomte, au contraire, peuvent beaucoup. Je vous engage à leur écrire.
« M. le maréchal Maison, qui avait remplacé aux affaires
(Henry), député, ancien ministre plénipotentiaire, et le baron Rouen (Achille), résident de France auprès du gouvernement grec. (Note de fauteur.)
Voici quelques détails sur ce fils unique de l'auteur de ces Souvenirs. Henry de Cussy suivit la même carrière que son père. Pendant la guerre franco-allemande de 1870. étant consul de France à Luxembourg, sa conduite fut admirable : il réussit à habiller en civil 6 à 7,000 prisonniers français fugitifs et à les rapatrier. Aussi la colère de M. de Bismarck, au courant de ces faits, ne connut plus de bornes, et l'irascible chancelier fit retirer Vexequatur à notre consul. Après avoir séjourné plusieurs années à Dublin comme consul général, Henry de Cussy est mort à Morlaix en 1895. (Note de l'éditeur.)
étrangères le comte Mole, est remplacé à son tour par le général Sébastian!.
« Adieu, pour de bon cette fois, mon cher ami; il me tarde beaucoup de vous revoir : cela est tout à fait vrai. Votre dévoué, Emile. »
Je crois utile de faire quelques commentaires sur cette lettre d'Emile Barateau.
Il était inspecteur des hospices de Paris, au moment de la Révolution de Juillet et cette place a été supprimée. Mais l'aimable Barateau a, pour vi\Te et même pour se faire un nom, bien d'autres cordes à son arc.
Après avoir paru un instant à la Chambre des pairs, M. le vicomte de Chateaubriand a donné sa démission et semble vouloir se retirer tout à fait des affaires politiques.
M. le vicomte de Martignac, que M. de Polignac chassa en quelque sorte du ministère, sans formes aucunes — tout comme, en 1824, M. de Villèle avait chassé M. de Chateaubriand — a été cependant désigné par M. de Polignac pour le défendre devant la Cour des pairs, ce que M. de Martignac a noblement accepté. Rien n'est plus beau, plus éloquent que cette défense et la réplique qui l'a suivie. Les immenses travaux que M. de Martignac a dû entreprendre pour préparer cette défense, la fatigue qu'il a éprouvée en parlant durant de longues heures devant la Cour des pairs, le 18 décembre 1830, ont, je le crains bien, épuisé les restes d'une vie si frêle, si chancelante, et seront, peut-être, la cause de la fm prématurée de cet homme excellent et capable, de ce ministre de grande valeur, dont le pauvre vieux Chai'les X n'eût jamais dû se séparer. Depuis cette époque, la santé de M. de Martignac ne cesse de donner les plus vives inquiétudes à sa famille et à ses amis. Oserai-je l'ajouter? Si M. de Martignac est, dans la vie publique, l'homme du devoir par excellence, il se laisse aller, dans la vie privée, à l'entraînement de ses sens et ceci hâtera, sans doute, sa fm (1).
(1) Mort à Paris, le 3 mars 1832.