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CHAPITRE XXV

Je quitte Corfou. — L'affaire d'Egli Oddi. — L'ordre de 1' « Eperon d'or ».

— Séjour à Naples. — Le marquis de Bassano. — La duchesse de Plaisance et sa fille. — Souvenirs de Napoléon. — Le dey de Delvino. — Au lazaret de Malte. — Je revois Paris. — Mort de M. de Martignac.

— Le choléra. — Mort du général Lamarque. — Court séjour en Hollande. — Je retrouve le général Janssens. — Le lieutenant-général comte de Rochechouart. — Ses idées sur le mariage de Mme la duchesse de Berry avec le comte de Luchesi-Palli. — Un mot de M. de Chateaubriand.

Au Lazaret de Malte, 3 février 1832.

Le 30 janvier, à midi, j'ai quitté Corfou avec la pensée — et je dirais[^même l'espoir — de n'y plus revenir. J'y ai eu une vie heureuse, malgré la raideur de la société anglaise; sir Frédéric Adam, homme d'esprit et parlant parfaitement le français dont il connaît les nuances, a été, dans toutes les circonstances, fort obligeant pour moi. Mais la situation que la Constitution du pays a faite aux consuls est véritablement trop fausse. Il faut s'estimer heureux de n'y avoir pas d'affaires épineuses à conduire, et, étant donnée la monstrueuse omnipotence du lord haut-commissaire, il vaut mieux, dans l'intérêt du pays qu'on représente, traiter les affaires, non en qualité de consul, mais, en quelque sorte, officieusement, dans une conversation privée. C'est étrange, mais c'est ainsi.

Quant à la toute-puissance et au bon plaisir du lord hautcommissaire, l'aventure arrivée au consul général du Saint- Siège en est une preuve entre cent. Dans le courant de l'année 1830, le représentant du Vatican à Corfou, le comte d'Egli Oddi, aimable et honorable vieillard, jouissant de l'estime générale, se trouva compromis bien innocemment dans une histoire de lettres de change endossées par lui. Ces lettres

de change étaient fausses, et, sur le simple soupçon que le comte d'Egli Oddi le savait, et sous le prétexte qu'il avait nui ainsi au bon renom des ministres étrangers à Gorfou, sir Frédéric Adam fait enlever de son domicile le représentant du Saint-Siège, l'arrache aux affaires qui lui sont confiées par son gouvernement, à la garde des archives de son consulat et des dépôts importants qui peuvent s'y trouver, et fait jeter cet envoyé étranger dans une prison publique. Profitant de mes relations amicales avec sir Frédéric Adam, j'intervins alors en faveur du comte d'Egli Oddi. Mes démarches officieuses eurent pour résultat de faire adoucir la captivité de mon collègue, puis de lui faire donner sa propre maison pour prison, sous la garde d'un gendarme, et, comme les événements politiques de la Romagne occupèrent trop, paraît-il, le cabinet du Vatican, pour qu'il pût penser à son consul à Gorfou, il m'arriva plusieurs fois de remettre des secours en argent au comte d'Egli Oddi qui restait sans aucune nouvelle de Rome!...

Gette affaire d'Egli Oddi, qui dure depuis les derniers mois de l'année 1830, n'était point terminée lorsque j'ai quitté Gorfou. J'avais saisi cette occcasion pour soumettre, voilà un an, au gouvernement du Roi, des observations sur la situation fausse des consuls dans les Etats-Unis des îles Ioniennes et sur la nécessité d'obtenir des puissances signataires du traité du 5 novembre 1815 une interprétation plus équitable de l'article 7, relatif à l'admission des consuls, de même qu'une modification de la Gonstitution, en ce qui concerne les fonctions consulaires dans l'Etat septinsulaire (1). Le ministre m'adressa des éloges sur ce rapport et, au mois d'octobre de Fan dernier, ayant accompagné jusqu'à Naples ma femme et mon fils que je faisais rentrer en France, notre ambassadeur, le comte de La Tour-Maubourg, voulut bien me dire les paroles obligeantes suivantes : « Votre passage à Gorfou n'aura pas été inutile pour le dépar-

(1) Rapport officiel du 6 février 1831. Le chevalier de Cussy au général comte Sébastiani.

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