‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 65 sur 223 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

tement des affaires étrangères, qui doit avoir, jusqu'à ce jour, été fort mal renseigné sur i'Etat septinsulaire et vous aurez fait connaître au ministère un pays qui lui était, en quelque sorte, inconnu... »

Avant mon intervention en faveur du comte d'Egli Oddi, j'avais déjà eu l'occasion de prêter mes bons offices à la Cour de Rome, au sujet des ecclésiastiques qu'elle a envoyés dans l'archipel grec et dans le Levant. Aussi le Saint-Siège m'a-t-il fait demander par l'archevêque latin, Pierre-Antoine Nostrano, le témoignage de satisfaction qu'il me serait agréable de recevoir. Le bon archevêque m'a parlé de l'ordre de l'Eperon d'or. Je l'ai tout à fait décliné : on donne cet ordre à qui le veut, moyennant quelques écus,et il est tellement tombé en discrédit qu'on dit, par dérision, que tout homme qui a écarté un chien au moment où il allait lever la patte contre une basilique, a des droits à l'ordre de l'Eperon d'or. J'ai ajouté que je recevrais avec reconnaissance l'ordre du Christ; mais, depuis cette époque, un an s'est écoulé sans que le Saint- Siège m'ait rien envoyé : je regarde donc ses offres comme une gasconnade.

Pendant le temps que j'ai séjourné à Naples, en octobre dernier, à l'occasion dont je viens de parler, j'ai eu l'honneur et le plaisir de vivre à l'ambassade de France. Ah! quelles heureuses soirées passées dans l'intérieur paisible de cette aimable famille de La Tour-Maubourg, où une douce gaîté savait tempérer la gravité des mœurs austères qui la distinguent!... Mme de La Tour-Maubourg, grande et belle femme, est Piémontaiso et nièce du comte de Gastelalfer, que j'ai connu ministre de Sardaigne à Berlin, en 1816, et que j'ai revu, en 1829, à Florence, comme représentant de son pays.

Je retrouvai à Naples d'autres amis de Berlin, et, notamment, le comte de Lottum, marié à une fille du prince Malte de Puttbus. Mme de Lottum est bien une des femmes les plus ravissantes que j'ai vues. Elle est gracieuse, élégante, mais coquette en diable. Au dîner qu'ils offrirent à Mme de

Cussy et à moi, se trouvait le banquier berlinois S... Il avait épousé, en secondes noces, lorsque j'étais encore en Prusse, une fort jolie femme, qui avait pour amant, à l'époque même de son mariage, un énorme capitaine de lanciers de ma connaissance, M. de Krutisch. Partant de ce principe que les maris sont les derniers à apprendre ces calamités conjugales, je demandai à M. S..., avec une sorte d'intérêt, des nouvelles de Mme S..., et si je n'aurai pas l'honneur de la voir à Naples. Il me répondit, sans mâcher ses pai-oles : « C'est une catin dont je ne m'occupe jamais... » A cette réponse si inattendue, il y eut naturellement de ma part un instant de froid et d'embarras; mais M. S... rompit lui-même le silence gênant, en ajoutant : « Oui, mon cher ami, depuis plusieurs années que je suis séparé de ma femme, je n'ai plus du tout entendu pai'ler d'elle. Vraiment Mme S... n'a mis aucune discrétion dans les infidélités qu'elle m'a faites. J'ai fait le compte des hommes qui, à Berlin, lui ont passé sur le corps : une trentaine; et vous étiez du nombre... Ne niez pas, mon cher Cussy. Pourquoi vous défendre?... Regrette-t-on les bons repas qu'on a faits?... »

A Naples, je fus rendre visite au vicomte de Saint-Priest, qui, en quittant son ambassade de Madrid, s'était réfugié dans la capitale napolitaine, auprès de Mme la duchesse de Berry. En envoyant sa démission, au moment où il apprit la chute de Charles X, il écrivit une lettre fort noble. Il me parla, sans passion aucune, de tous les derniers événements politiques de la France, et m'apprit la destitution de son beau-frère, Georges de Caraman, et celle du comte de Rayneval.

Georges de Caraman, ministre à Dresde, était en possession d'un congé pour venir en France, quand vinrent les journées de Juillet. Depuis longtemps il différait son départ; les derniers événements le décidèrent, espérant tourner la difficulté de transition politique, en quittant son poste dans ce moment critique : on lui sut mauvais gré à Paris et il fut révoqué. M. de Saint-Priest blâmait nettement la conduite

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