‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 71 sur 223 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

de cavalerie. La si belle et si bonne Caroline Janssens n'est plus. Quant à mon vieux chef, toujours jeune de cœur, il est marié en secondes noces et a, de cette union, un garçon de neuf ans, joli enfant tout à fait. Le général a, de nouveau, déblatéré contre les Belges qu'il déteste.

A La Haye, j'ai connu et me suis quelque peu lié avec le lieutenant-général comte de Rochechouart. Cet ancien gouverneur de Paris, qui est le gendre du fameux munitionnaire Julien Ouvrard, s'est retiré à La Haye par esprit de légitimité. Le marquis de Dalmatie, sachant que je prenais mes repas à rhôtel du Vieux Doël, en compagnie de ce légitimiste de marque, a voulu me décider à espacer mes visites avec le comte de Rochechouart; mais je n'ai tenu aucun compte de ses conseils, car je penserai toujours, qu'en dehors du service, j'ai le droit de fréquenter qui je veux. C'est un principe que j'ai toujours appliqué et que je suivrai toujours.

Le comte de Rochechouart m'a raconté, qu'à sa croyance, la négociation du mariage de Luchesi-Palli avec la duchesse de Berry a été Mme du Cayla. Le jeune comte de Luchesi- Palli, fort joli cavalier, se trouvait à La Haye, comme secrétaire de la légation napolitaine, lorsque cette proposition de mariage lui a été faite, et le comte de Rochechouart l'en a vu fort malheureux et fort affligé. « Mais, m'a ajouté M. de Rochechouart, c'était pour le beau Luchesi-Palli un ordre de son souverain. Le Roi de Naples a, du reste, fait dire au secrétaire de légation, qu'en réclamant un service de cette nature, il n'oublierait jamais que son beau-frère lui aurait donné, en cédant à ses désirs, la preuve la plus complète de son dévouement comme sujet. »

Vis-à-vis de ^L de Rochechouart, comme de la plupart des légitimistes, la duchesse de Berry a, tant par sa grossesse — qui prouve qu'elle n'était pas uniquement occupée des grandes pensées qui devaient l'animer — que par son mariage avec le comte de Luchesi-Palli, perdu son double prestige de mère du duc de Bordeaux et de régente. « Ce mariage, disent les légitimistes, lui retire absolument tous les droits de Française

qu'elle conservait comme veuve du duc de Berry. Celle-ci avait le droit de se dire régente; la comtesse de Luchesi-Palli ne l'a plus, puisqu'elle a perdu sa qualité de Française. »

Encore un mot à propos de la duchesse de Berry qui, on le sait, fut livrée traîtreusement à Nantes par l'infâme Deutz.

A l'époque de l'arrivée en France de la duchesse, M. de Chateaubriand lança dans le public une brochure en faveur de la branche aînée des Bourbons, qu'il avait terminée par ces mots : « Madame, votre fds est mon Roi (1)! w Traduit devant les tribunaux à l'occasion de cette brochure, M. de Château^ briand voulut plaider lui-même sa défense. Or, la veille du jour où il devait parler, la grossesse de la duchesse fut connue dans Paris. Cette circonstance était sans doute de nature à changer quelque peu le discours qu'avait préparé M. de Chateaubriand; aussi l'on assure que, dans un premier mouvement de mauvaise humeur, il laissa échapper l'exclamation de « catin! » Je le vis deux ou trois jours après son procès, qui se termina heureusement pour lui. Il me parut fort irrité contre la duchesse de Berry « qui, me dit-il, dans le grand rôle qu*elle avait adopté, n'avait pas su faire taire les passions de la femme »; mais il ne laissa échapper aucune expression vigoureuse du genre de celle qu'on lui attribue.

(1) Mémoire à consulter pour Mme la duchesse de Berry. . j

Page 1