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CHAPITRE XXVII

Je quitte Dublin. — Le comte Edouard Pontois. — Bienveillance que me témoigne la famille royale. — Mlle Eve de Trévise. — L'attentat de Fieschi. — Arrivée à Danzig. — Le camp de Kalisch. — Pots-de-vin russes. — Nombreuses anecdotes à ce sujet. — Séjours à Berlin et à Vienne des ducs d'Orléans et de Nemours. — Projet présumé de mariage entre le duc d'Orléans et l'archiduchesse Marie-Thérèse. — Opposition de la haute aristocratie viennoise. — Le comte de Corberon. — « Crème », « lait », « petit lait ». — Le comte de Tengoborsky. — A propos des fameuses ordonnances de M. de Polignac. — Ouvrages du baron d' Haussez, de M. Creuzé de Lessert et de Mme de Staël sur la « belle Italie ». — Mort de M. de Rayneval. — Mort de Mme Malibran. — Détails sur le mariage du duc d'Orléans. — Dépit du duc Charles de Mecklembourg-Strélitz. — Mort de Gustave-Adolphe IV. — Naïvetés du baron de Wrangel.

Danzig, novembre 1843.

Mon successeur intérimaire (1), le jeune baron de Laistre, arriva, je crois, le 31 janvier 1835, à Dublin. Je lui remis immédiatement les affaires et montai en voiture le 2 février, ayant pour compagnon de route, jusqu'à Kingstown, le docteur Graves.

Marié à une jeune et agréable Française, le docteur Graves aimait la conversation intelligente, animée, variée, et il déplorait que, dans son pays d'Irlande — comme, disait-il, dans toutes les contrées britanniques — il n'y eût, à l'exception des médecins et des savants, personne avec qui il fût possible de causer, tant les hommes et les femmes de la société étaient occupés de niaises choses, de frivolités, de

(1) Mon successeur officiel à Dublin fut M. de La Boutraye, que j'allai remplacer à Danzig. Sa fille, la jolie Julie de La Boutraye, a épousé, il y a quelques années, le vicomte Dutillet de Villars, qui, à la suite de grosses pertes de fortune, a voulu utiliser son talent musical et sa belle voix de basse sur les planches. Il a débuté, mais sans succès, au théâtre de la Scala, à Milan, et n'a réussi qu'à plonger son ménage dans la misère. (Note de 1845.)

préjugés de toute nature : petits respects pour la mode et les usages de la fashion, etc.. Avant de me quitter sur le quai de Kingstown, l'excellent docteur me répéta ce propos, que je lui avais entendu tenir bien des fois : « J'aime cent fois mieux converser avec votre domestique français qu'avec mes compatriotes. Son esprit naturel lui fournit plus d'idées saines et intelligentes que l'éducation n'a pu en donner à tous les gens frivoles d'Irlande ou d'Angleterre. Dans ces pays, on parle et l'on crie plus ou moins fort; en France, vous savez causer. »

A Londres, je dînai chez mon collègue, M. Durant de Saint- André, avec ma vieille connaissance, Edouard Pontois, qui avait remplacé à Londres, comme premier secrétaire d'ambassade et chargé d'affaires, M. de Bacourt, nommé ministre de France à Carlsruhe, puis à Washington,

Singulière et rapide carrière que celle d'Edouard Pontois!... Attaché au ministère des affaires étrangères en 1827, aux appointements de 7 000 francs, employé de confiance du chef de la Direction politique, M. Bourjot, beau garçon, excellent camarade, homme à bonnes fortunes, mais aussi de bonne compagnie, aimant avant tout la vie de Paris, ses plaisirs et ses théâtres, et surtout le théâtre italien, où l'on disait qu'il avait pour maîtresse la belle Mme Pasta, Edouard Pontois serait, malgré la protection de son chef, toujours resté ignoré dans les bureaux du ministère, où, peut-être, il serait parvenu au grade de sous-directeur, sans une circonstance forfuite : indiscrétions commises au cours d'une négociation entamée entre le baron de Damas, ministre des affaires étrangères, et l'envoyé d'une cour allemande de second ordre. Edouard Pontois sut habilement réparer les bévues de l'entourage du ministre, ou du ministre lui-même. Il fut décoré, et envoyé comme premier secrétaire de légation au Brésil. Venu à Paris en congé, dans le cours de 1834, on le prend au pied-levé pour aller remplacer M. de Bacourt à Londres. Peu après mon passage dans cette capitale, Pontois est nommé ministre plénipotentiaire à Rio-Janeiro, puis à

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