‹ Souvenirs, 1795-1866:Chapitre 93 sur 223 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

dernier, surtout, se montra particulièrement hostile et très haineux. On lui attribua des pamphlets qui circulèrent, blâmant ce mariage et déversant l'injure sur la France et les princes d'Orléans. Mais le roi de Prusse tint bon : M. Bresson ne salua plus le duc Charles et continua hardiment les négociations.

J'ai dit que je me trouvais à Berlin dans le mois de juillet 1837. Un matin, j'entends colporter la nouvelle de la mort du duc Charles de Mecklembourg-Strélitz; je me rends en toute hâte près de M. Bresson, auquel le bruit de cette mort n'était pas encore parvenu. Le ministre de France se lève, prend dans un carton la minute d'une dépêche qu'il avait écrite en mai ou juin, et il me lit un passage dans lequel il annonçait, que la conclusion du mariage de la princesse Hélène avait tellement irrité le duc Charles, que celui-ci en était tombé malade. M. Bresson m'ajouta qu'il ne serait point étonné que le duc n'en mourût de dépit. La nouvelle se trouva fausse, mais ce ne fut qu'un retard : le duc, qui était à cette époque aux eaux de Bohême, mourut le 1^^ septembre suivant.

Le duc Charles de Mecklembourg-Strélitz était un homme aux passions violentes, mais doué d'une certaine capacité, comme militaire et comme homme d'Etat. Le roi de Prusse, qui l'aimait beaucoup, perdit presque dans le même temps deux autres de ses meilleurs amis : le lieutenant-général de Witzleben, ministre de la guerre, son confident, qui a été longtemps son aide de camp général, et le comte de Bruhl, intendant des théâtres.

Au mois de février 1837 était mort Gustave-Adolphe IV, roi de Suède détrôné en 1810 et connu sous le nom de « colonel Gustafson ». Le général Barner, brigadier de cavalerie à Danzig, raconte sur ce monarque étrange et déchu, qu'il a beaucoup connu, les choses les plus extraordinaires. Ainsi, l'une des folies de l'ex-roi de Suède était de chercher à comprendre l'Apocalypse et de découvrir ce que voulait dire le nombre 666 que la bête portait sur le front. De mauvais plaisants ont prétendu que Louis XVIII était cette bêe

apocalyptique, car son nom latin Ludovicus, par l'addition de la valeur de chacune des lettres, donnait le nombre mystique (1).

L'aide de camp du général Barner est ce baron de Wrangel qui, au retour des grandes manœuvres de Wosnesenck, dans le gouvernement de Gherson (2), publia une relation de son séjour à Gonstantinople, laquelle fit beaucoup rire par ses naïvetés. Par exemple, dans la description de je ne sais plus quelle curiosité de Gonstantinople ou de ses environs, M. de Wrangel fait cette phrase un peu à la Jeannot : « On admire trois pyramides, dont un obélisque. »

Summa 666 (2) Septembre 1837.

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