‹ SouvenirsChapitre 31 sur 67 · LETTRE DU CAPITAINE PÉLISSIER · texte numérisé non relu

LETTRE DU CAPITAINE PÉLISSIER

(X Adieu ; cherchez dans vos travaux une (( agréable distraction à la prédisposition mélan- (( colique que vous me semblez avoir. Lorsque « vous aurez fait quelques pas encore en Morée, (( vous serez enchanté d'avoir à la parcourir. « Je voudrais bien être de temps en temps un (( des trois portraits ébauchés que vous avez (( de moi : je vous guiderais avec plaisir dans (( tous les lieux que j'ai parcourus.

(( Adieu, mon ami, car j'espère devenir le (( vôtre; pensez quelquefois à moi : il se passera (( peu de jours que je ne cherche à savoir quels (( lieux vous visitez avec votre digne patron.

(( Tout à vous cordialement.

(( A. Pélissier.

« P. S. — Mollicre et M. Puget vont coucher (( demain à Nisi. Si vous allez dans celte ville, « et que vous rencontriez de Villiers et d'Haut- (( poul, jeunes officiers d'état-major qui sont à « lever le cours du Pamisus, faites-leur mes ce amitiés; ce sont deux charmants camarades, « qui vous feront bon accueil , j'en suis persuadé.

ii4 SOUVENIRS.

Le lendemain naatin du jour où je reçus cette lettre, nous nous remettions en route pour Messène. Le chemin que nous suivions ressemblait beaucoup plus à une allée de jardin anglais qu'aux voies des pays civilisés. A chaque instant, nous traversions de petits ruisseaux, sur lesquels les myrtes et les lauriers -roses formaient un berceau, et, quand notre caravane s'arrêtait pour déjeuner, c'était presque toujours sous quelque immense platane, dont les racines plongeaient à découvert dans le ruisseau et produisaient, en obstruant le courant, de ces petites cascades que l'on cherche souvent à imiter dans nos parcs, sans pouvoir y réussir.

Du port de Petalidi, où nous nous arrêtâmes, il ne restait qu'une maison et un monastère abandonné, rempli de peintures byzantines. J'étais destiné à ne voir que des ruines dans ce pays, ruines antiques qui évoquaient du moins des souvenirs élevés et poétiques, ruines modernes qui ne rappelaient qu'une guerre récente et terrible.

Le lendemain, après avoir passé près de Nisi, nous arrivâmes à Androussa, ville entièrement

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