‹ SouvenirsChapitre 32 sur 67 · RUINES ANTIQUES ET MODERNES · texte numérisé non relu

RUINES ANTIQUES ET MODERNES

détruite, et notre campement fut clabli hors de la ville. Les ruines, couvertes de verdure et de fleurs, présentaient un coup d'œil triste et charmant à la fois. Nous étions embaumés par l'odeur des orangers en fleur et des rosiers qui poussaient librement dans les petits jardins abandonnés.

La dernière étape me parut bien longue, dans Timpalience où j'étais d'arriver à Messène. Ce nom, les souvenirs qui se rattachaient à cette ville, les ruines que j'allais voir et dont on m'avait vanté la beauté, faisaient naître dans moQ esprit une foule de pensées; mais je ne pouvais m'attendre à l'étonnement qui me saisit quand je me trouvai en face de murailles presque intactes, de blocs de pierre immenses, merveilleusement taillés et placés sans ciment l'un sur l'autre. Quel art dans cette simplicité primitive! Je restai stupéfait. — De distance en distance, une tour ajoutait au caractère pittoresque, en rompant la ligne uniforme du mur, qui suivait les mouvements du terrain et disparaissait par moments, pour reparaître au haut d'une colline. Si l'on veut se figurer, au

lie SOUVENIRS.

milieu de cette enceinte, et parmi des blocs de marbre et des fûts de colonnes, une végétation dans toute sa beauté, des arbres de toute sorte poussant librement, des oliviers, des myrtes, des lentisques; dans une partie plus creuse, et qui conservait la forme d'un cirque, un champ de blé; enfin, un petit village, Alavromati, composé de quelques masures et adossé au mont Itbôme, — on aura à peu près l'idée de ce qui restait de la création d'Épaminondas.

Une chose me frappa, seulement à la réflexion ; c'est la petitesse du théâtre où se passèrent ces drames de géants. — Que la poésie a de puissance, ou que les hommes sont faciles à tromper! Je venais de lire Pausanias : la guerre interminable des Messéniens et des Lacédémoniens me semblait n'avoir pu se passer qu'entre deux puissantes nations voisines, dont le territoire très-étendu, la population trèsdense justifiaient ces batailles rangées, ces sièges plus longs que celui de Troie; et je ne voyais, en réalité, qu'un espace où deux cantons de nos départements français eussent pu se disputer pour une question de clocher! Mais,

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