‹ SouvenirsChapitre 33 sur 67 · M. CHARLES LENORMANT · texte numérisé non relu

M. CHARLES LENORMANT

s'il y eut étonnement de ma part, il n'y eut pas désenchantement; la tradition fut plus forte, et mon admiration ne se trouva pas amoindrie. M. Blouet était installé depuis quelques jours, avec ses collègues, dans une maison de paysans de Mavromati, et il nous fit les honneurs de ces ruines, dont je ne parlerai pas au point de vue scientifique : l'ouvrage sur la Morée qui fut le résultat de cette expédition en dit plus et mieux de ses travaux que je ne pourrais le faire; mais je nommerai un savant dont je fis, avec grand plaisir, la connaissance à Messène. ^ï. Charles Lenormant avait reçu en Egypte, où il se trouvait lorsque la commission fut formée, sa nomination de membre d'une section, de la section archéologique naturellement. Il vint nous rejoindre en Grèce; mais il apprit qu'il se trouvait sous les ordres de M. Dubois, ou du moins qu'il allait de pair avec lui, et il ne crut pas devoir accepter cette position auprès de son subordonné du Louvre. 11 fit donc le voyage en amateur, et je fus charmé de le voir arriver un jour à Messène, accompagné du colonel Bory Saint- Vincent. La connaissance ne fut pas

longue à se faire. Il avait épousé une charmante jeune fille, la nièce de madame Récamier, que j'avais vue, étant tout enfant, à Montrouge, pendant une saison qu'elle y passa, avec sa tante, dans la maison de mon père. Ces souvenirs mirent vite un lien entre nous. J'en profitai pour tâcher d'acquérir de lui quelques notions d'une science où il était déjà passé maître. Le temps me manqua, je veux le croire, car j'ai bien peu profité de cette occasion. Ce qu'il y a de certain, c'est que sa conversation m'intéressait vivement; mais j'avais peine à découvrir sur sa figure charmante et douce rien de ce qu'on s'imagine trouver dans un futur membre de l'Académie des inscriptions'. Je me souviens d'une promenade que je fis avec lui sur le mont Ithôme, oii il me fit reconnaître l'acropole antique. Une petite chapelle se trouvait là; mais la porte en était fermée, et nous le regrettions, car elle nous paraissait devoir être intéressante. Un de nos sapeurs, qui nous accompagnait, ne fut pas longtemps à

' Ce fut M. Lenormant qui, dix ans plus tard, remplaça mon père dans celte classe de l'Institut.

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