CHAPITRE IX
Installation à Olympie. — Emplacement du temple de Jupiter. — Commencement des fouilles. — Arrivée de M. Blouet. — Découvertes de sculptures. -- De Gournay et moi, nous retournons à Modon. — Lettres de Pélissier.
Ce fut une ruine romaine, que M. Dubois avait vue gravée dans l'ouvrage de Dodwel, qui lui permit de constater avec certitude que nous étions sur l'emplacement d'Olympie. Sans cette indication, il eût été difficile de retrouver, dans un endroit où pas un village, pas une habitation ne pouvaient servir de point de repère, la place d'une des villes les plus renommées de l'antiquité. Çà et là, quelques ruines, ou plutôt quelques débris de ruines, dans une large vallée bornée d'un côté par une colline peu élevée, le mont Saturne, de l'autre par une chaîne de montagnes d'une silhouette assez froide. Au milieu, le fameux Alphée, dont,
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sHul, un filet d'eau dessinait à cette époque le cours sinueux. Voilà, tel que je le vis, le théâtre de tant de fêtes et de jeux si célèbres qu'ils devinrent pour presque toute la Grèce une ère nouvelle sous le nom d'olympiades, — Je m'en tiendrai à ces quelques mots pour toute description; il faut peu d'années pour dénaturer entièrement l'aspect d'un site, et les textes de Pausanias, de Strabon, de Pouqueville, ne nous auraient pas été aussi utiles que le petit bout de mur en briques dessiné dans un livre.
Avant de chercher un emplacement pour notre campement, une curiosité bien naturelle nous fit circuler à l'aventure. Quelques Grecs qui labouraient leur champ, ayant comme toujours le pistolet et le yatagan à la ceinture, s'offrirent pour nous guider. M. Dubois, croyant déjà s'y reconnaître assez, voulut se passer de leur aide, et le hasard fit que, moi, qui étais loin d'avoir celte prétention, j'arrivai le premier sur l'emplacement du temple que mes collègues constatèrent, plus tard, être celui de Jupiter Olympien. Voici comment.
Un Grec, que M. Dubois avait repoussé, s'attacha à moi, et, probablement en vue du pourboire, voulut me conduire à un endroit que sa pantomime me faisait supposer devoir être très-curieux. « Allez-y, si vous voulez, me « dit M. Dubois; mais il va vous mener à quelce que ruine romaine sans intérêt. » Je suivis donc mon guide jusque dans une partie de la plaine presque inabordable , couverte d'arbustes, d'herbes, de pierres énormes, mais sans forme, et qui sortaient de terre à égaie distance. Cet amas confus de matériaux de toutes sortes me parut cependant mériter l'attention. Je rejoignis M. Dubois, que je trouvai dépité de n'avoir rencontré que des ruines peu intéressantes, fort mal conservées, et rien qui parût devoir amener quelque découverte. Mon récit le fit réfléchir : il se dirigea, avec Trézel et moi, vers le lieu que je venais de voir, et décida sur-le-champ que les fouilles seraient commencées là.
Notre séjour à Olympie devant durer au moins plusieurs semaines, l'installation fut faite avec plus de soin qu'à l'ordinaire. Les tentes
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furent élevées sur un petit monticule, à (juelqnes centaines de pas du lien où l'on allait commencer les fouilles. Couvert de pins, avec une pente très-douce pour y arriver, cet endroit était des mieux choisis, et c'est près de nous, sur le même plateau, que vint s'établir, quelques jours après, la section d'architecture. Notre cuisinier Giorgi avait creusé sur la partie un peu inclinée du monticule des trous qui figuraient assez bien le fourneau d'une cuisine, et il nous accommodait là une nourriture un peu monotone, mais saine, et surtout simple : nous passions sans relâche du mouton au poulet, et du poulet au mouton; le bouilli et le bouillon que produisait cette dernière viande offraient à la vue un aspect blanchâtre qui n'avait rien d'engageant, mais auquel nous finîmes par nous habituer. Le vin était plus difiicile à supporter : c'était un mélange où le raisin n'entrait pour rien, et où dominait la pomme de pin. Aussi, que de fois j'entendis M. Dubois pousser un soupir en pensant au petit vin ordinaire de sa cave !
La toile de nos tentes était en double, comme
toutes les tentes des officiers, je crois. Nous étions ainsi à l'abri des fortes pluies et du brouillard, qui, le matin, à la suite de nuits très-froides, se fondait en eau sans pouvoir traverser le tissu. Ce qu'il y avait de bien désagréable, c'était de voir courir au-dessus de nos têtes, entre les deux toiles, des silhouettes d'insectes et d'animaux de toute espèce; les scorpions surtout me préoccupaient, et la quantité en était considérable; mais l'intérêt des travaux qu'on exécutait tous les jours sous mes yeux, et le bonheur de me trouver dans un pareil pays, me firent supporter sans peine tous ces petits inconvénients.
Les quelques hommes que nous avions amenés, et ceux qui furent avertis qu'on leur offrait du travail, formèrent une troupe assez considérable d'ouvriers, qui furent placés sous les ordres de nos deux soldats du génie. Cette troupe s'augmenta encore à l'arrivée de M. Blouet et forma un total de plus d'une centaine d'ouvriers. Le lendemain de notre arrivée, les travaux commencèrent.
J'allais donc assister à des fouilles; et quelles