L'ART ANTIQUE
d'art; je pouvais me tromper. Mais, depuis, j'ai à peu près vu, en original ou en reproduction, tout ce qui a été fait de beau, du moins tout ce qu'on regarde comme tel, et je dois convenir que je n'ai trouvé nulle part rien qui approchât, même à une grande distance, de ce que les Grecs ont produit; personne qui pût être comparé à Ictinus ou à Phidias, La science, le sentiment du beau, la délicatesse du goût, ils avaient tout ce qui constitue la puissance de l'art. C'est devant un pareil chef-d'œuvre qu'il était facile d'apprécier la justesse des proportions, non pas cette prétendue harmonie qui fait paraître presque petit l'immense vaisseau de Saint-Pierre de Rome, mais la vraie et juste combinaison des détails, qui, en s'unissant à l'ensemblç, le font encore plus valoir. C'est au point qu'il me fallut des preuves matérielles, et que je dus prendre des mesures pour m'assurer des dimensions de ce temple, qui, en réalité, se trouvèrent être de moitié moins grandes que mes yeux ne l'avaient jugé ^
' Los colonnes ont à peu près dix-huit pieds de hauteur et trois de diamètre.
Lorsque je pense à toutes ces choses, que je passe en revue dans ma tête toutes les merveilles de cet art sublime, et que tout à coup je jette un regard autour de moi, je me demande à quel degré d'abaissement nous avons pu tomber pour nous éprendre quelquefois des œuvres qui se font de notre temps, pour que des hommes qui paraissent de boa sens soient aveuglés par la mode, — voilà le grand mot lâché! — au point de discuter sérieusement les insanités qui se produisent et de soutenir cette thèse de la génération actuelle, que le laid seul est vrai.
En présence d'une œuvre comme celle dont je ne voyais que les ruines, il faut un orgueil bien aveugle pour ne pas s'incliner et avouer humblement que ce qui peut produire une sensation si pure, une émotion si élevée, est le seul but qu'il faut avoir en vue, dût-on prendre des voies différentes pour l'atteindre.
Un très-médiocre croquis du temple, retrouvé dans mes notes, m'a reporté d'un seul coup devant cette merveille et m'a entraîné à cette sortie un peu déplacée, tout au moins bien inutile.
L'ART ANTIQtE. Î8t
Malgré le désir que nous avions de prolonger cette station à Phigalé, il fallut songer à continuer notre route. Notre admiration n'était que passive; nous n'avions ni Tun ni l'autre la science nécessaire pour restaurer ce monument, comme les architectes ont dû le faire, et pour en constater les nombreuses beautés. Je me remis donc en marche avec de Gournay, non sans jeter un dernier coup d'œil en arrière sur le temple, jusqu'à ce qu'il eût disparu à nos yeux.
Avant d'arriver à Olympie, je ne remarquai que la jolie ville d'Andritzène. Bientôt après, nousnous trouvions dans la vallée de i'Alphée, mais encore trop loin de nos fouilles pour nous aventurer plus avant, la nuit étant venue. Ce n'est que le, lendemain matin que nous pûmes nous retrouver au milieu de nos camarades.
Notre retour fut gaiement fêté, et un des architectes eut l'idée de le célébrer par un feu d'aitifice peu dispendieux et très-réussi; il mit tout simplement le feu à un énorme pin qui se trouvait sur le monticule oii nous étions campés, et nous donna le plus joli spectacle qui se
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puisse imaginer. Rien de ravissant comme cette pluie de feu, ces milliers d'étincelles que la résine faisait pétiller, ces pommes de pin enflammées rebondissant de branche en branche et venant, ainsi que de petites bombes, éclater à terre... Mais une certaine appréhension gala notre plaisir : d'autres pins, très voisins de celui qui brûlait, pouvaient facilement prendre feu, l'incendie se propager... Nous fumes quittes pour la peur.