QUARANTAINE A MARSEILLE
« La poste part. Adieu; je t'écrirai en arrivant (( à Marseille.
(( Emma. »
« Lundi 8 septembre.
(( Enfin, je vois Amaury! Il arrive du laza- (( ret, et je peux le soigner, mon bon père. Il (( est mieux que je ne m'y attendais, mais pâle, « mais faible, bien changé certainement. Cepen- « dant le médecin assure que, dans huit jours, « il ne sera plus reconnaissable, et je le crois, « parce qu'il ne faut que des soins, et il en a « manqué dans cette déserte Morée. La joie de (( me revoir l'a déjà remis; mais je le tiens sévè- « rement. Il meurt de faim, et il faut du ré- « gime. Nous sommes au mieux chez le frère (( de madame Lacoste, une maison presque à la «campagne, gaie, charmante, à nous seuls « pour ainsi dire. Joseph nous fait la cuisine. « Je ne pouvais rien désirer de mieux. IMais je « t'écrirai tout cela plus en détail, parce que, (( tout entière à mon frère, je n'ai pas une a minute aujourd'hui.
(( Adieu, cher bon père; je te ramènerai (( notre enfant heureux de te revoir et bien « portant. Mille tendresses.
(( Emma.
(( Je ne te parle pas de moi , de ma fatigue, (( de la peine que j'ai eue! Quel voyage! J'ai (( fait une chute du haut de la diligence en « bas. On me soignera demain ou après ; mais (( ce n'est rien, j'espère.
« Notre adresse : chez le commandant Le- (c monnier, 9, cours Gouffé. »
Mes forces revenaient; je me sentais capable d'entreprendre ce long trajet : notre départ fut décidé. Un hasard heureux nous fit trouver à Marseille une excellente voiture de retour; elle appartenait à la maison Rothschild : c'est tout dire, et je quittai Marseille vers le milieu du mois de septembre. De Lyon, ma sœur écrivit à mon père la lettre qui suit :
« Lyon, 21 septembre.
tt Cher bon père, après quatre jours de route « à petites journées, nous sommes arrivés ici