‹ Souvenirs, 1860-1885Chapitre 13 sur 34 · LE BONHEUR · texte numérisé non relu

LE BONHEUR

L'été, lorsque du soir la suave harmonie De douceur et de calme inonde tous mes sens, Et que je crois entendre, en ma joie infinie, Résonner dans les airs d'ineffables accents, De l'astre poétique admirant la lumière, Je m'écrie, enivré d'un céleste plaisir: Non, le bonheur n'est pas exilé de la terre; Merci, Dieu de bonté, je puis me réjouir.

Si d'un pauvre vieillard frissonnant sur la pierre. Par l'aumône, en passant, j'adoucis le malheur, Le voyant oublier un instant sa misère, Et d'un signe de croix vous bénir, 0 Seigneur,

Heureux d'avoir calmé cette souffrance amère, Je m'écrie, enivré d'un céleste plaisir : Non, le bonheur n'est pas exilé de la terre ; Merci, Dieu de bonté, je puis me réjouir.

Quand ma mère affligée, en son àme pensive, Retrace du passé les tristes souvenirs, Et quandj'entends gémir sa voixdouce etplaintive. Si je distrais sa peine et ses profonds soupirs, Si mon amour lui rend la douleur plus légère, Je m'écrie, enivré d'un céleste plaisir. Non, le bonheur n'est pas exilé de la terre ; Merci, Dieu de bonté, je puis me réjouir.

La nuit, si j'aperçois l'autel d'une madone, Blanchi par les rayons d'une pâle clarté. Aux transports de la foi mon âme s'abandonne, Et croit voir s'entr'ouvrir l'éternelle cité.

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