A UNE JEUNE FILLE
Vous ne vous doutez pas combien vous êtes belle. Libre de tout souci, sans regarder le temps, Vous dites la chanson naïve du printemps. Des clartés du matin votre œil vif étincelle.
\'ous ne connaissez point les chagrins d'ici-bas. Jamais vos yeux si doux ne s'emplissent de larmes. Vous ignorez encor le pouvoir de vos charmes. Ce qu'on vous en dirait, vous ne le croiriez pas.
Le bonheur est écrit sur votre front candide. \'ous êtes la jeunesse, et vous êtes l'espoir. Vous chantez le matin, et vous chantez le soir. Le lointain horizon vous apparaît splendide.
Votre cœur innocent est pur comme le jour. Vous tenez de l'enfant, de l'ange et de la femme; Et votre douce voix, fraîche comme votre âme, Est 1 écho des concerts du céleste séjour.
Respirant un air pur, un air plein d'espérance, Vous planez au-dessus des grandeurs et de l'or. Vers le bien, vers le beau vous prenez votre essor, Comme un oiseau joyeux qui vers le ciel s'élance.
Lorsque vous paraissez, tout brille autour de nous. Sur votre front scintille un reflet d'auréole. Vous avez la bonté qui charme et qui console, Et je me sens meilleur quand je suis près de vous.
PRIÈRE DU SOIR
PRIÈRE DU SOIR
La mer est calme. Allons sur le miroir limpide
Respirer la fraîcheur de l'élément humide;
C'est l'heure où la nature, au sein d'un doux sommeil,
Aime à se reposer des ardeurs du soleil ;
Tout sous le firmament est silence et mystère,
Et dans l'azur du soir, qu'argenté sa lumière,
Paraît, comme une vierge à l'autel radieux,
La reine de la nuit sur son char vaporeux.
Salut, vous dont l'éclat charme les sombres voiles, Salut, gloires du ciel, innombrables étoiles. Que la main du Très-Haut sema parmi les airs. Comme il remplit de fleurs l'oasis des désects^
Ce n'est qu'en un beau ciel que VOS feux sont visibles. D'ici vous paraissez des points imperceptibles, Et chacune de vous est un monde!... Seigneur, je tombe, foudroyé d'une sainte frayeur; J'admire, je frémis, et, plongé dans l'extase, Mon Dieu! je sens jaillir de mon cœur qui s'embrase Un hymne en ton honneur, ô toi qui dans les airs Lanças en un moment des foules d'univers.
La terie dans l'espace est un grain de poussière, Et moi, Seigneur, et moi, que suis-je sur la terre ) Un misérable atome, un rien, et j'ose, moi. Balbutier ton nom et m'adresser à toi.
Oui, je l'ose. Seigneur! Car je suis ton ouvrage, Car je sens, ô mon Dieu, qu'en moi vit ton image, Que l'homme est ton chef-d'œuvre, et que ta main le fit, Atome par le corps, mais géant par l'esprit. Couché sur ce bateau, mon corps est immobile, Enchaîné; mais mon âme est libre, et plus agile Que les ailes du vent, que le feu des éclairs, A son gré prend son vol, et plane au haut des airs . — 0 toi, dont le regard éclipse la lumière, Toi qui des chérubins écoutes la prière, Et, vêtu de ta gloire et de ta majesté, Domines dans le temps et dans l'éternité,
PRIERE DU SOIR 113
Le firmament connaît ta puissance immortelle, Le soleil sait ton nom, et, quand la voix l'appelle, Chaque étoile apparaît dans l'espace obscurci, Et dit avec respect : 0 Seigneur ! me voici ! Tout est mélodieux, et tout te rend hommage Dans la création, ton magnifique ouvrage. Oui tout astre, pour toi, tout monde est un autel. Je mêlerai ma voix à l'hymne universel, Et, né pour te servir, t'aimer et te connaître, Seigneur, j'accomplirai cette loi de mon être. J'irai, je courberai ma tête devant toi. Je ne serai qu'amour, espérance et que foi. Quand tu m'appelleras, mon âme, qui t'écoute, De même que l'étoile, en la céleste voûte. Mon âme, Dieu puissant, ira te dire aussi : Vous m'avez appelée. O mon Dieu, me voici!