‹ Souvenirs, 1860-1885Chapitre 15 sur 34 · A MA SŒUR · texte numérisé non relu

A MA SŒUR

Amour dont l'innocence est aux autres tendresses Ce qu'à des cieux d'orage est un beau ciel d'azur, Seul amour sans remords, sans craintes, sans tristesses. Et qui charme la vue en laissant le cœur pur.

Doux amour fraternel, tout ce que j'aime au monde, Les concerts des oiseaux, les hymnes de la foi, Les derniers bruits dujour, le son plaintif de l'onde, Tout ce que je chéris me fait penser à toi.

Ave Maria!... La cloche a sonné... Son murmure Rend attentifs les flots unis comme un miroir; Le son dans le lointain se perd, et la nature Goûte en paix le repos et le charme du soir.

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Ave Maria! .. Voici l'heure où l'âme s'embrase, 0 Marie, où le cœur prend son essor vers toi, Où dans l'œil innocent brillent des pleurs d'extase. Que n'es-tu là, ma S(L'ur, pour prier avec moi?

Au sortir du berceau, notre bouche enfantine Bégayait le doux nom du Christ; autour de nous Volaient les chérubins, et leur aile argentine Frémissait, quand tous deux nous étions à genoux.

Oui, je me souviendrai du jour où ta jeune âme Pour la première fois se réunit à Dieu. Le soleil répandait dans l'air sa douce flamme, Le printemps souriait et le ciel était bleu.

Tu tenais à la main un chapelet d'ivoire. Pendant que l'orgue, calme et grave, soupirait; Si douce que ta vue au bonheur faisait croire, Et qu'on aimait le Dieu que ton cœur adorait.

Ton charme ne devait rien à l'art ; la nature T'ornait seule de grâce et de simplicité; Tu n'avais nul bijou; la plus belle parure. Ma sœur, c'est la jeunesse et la virginité.

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0 VOUS, que !e Seigneur enviait à ma mère, Vous qu'il rendit si vite au séjour bienheureux, N'est-ce pas, votre sœur est un ange sur terre, Aussi chaste, aussi pur que les anges des cieux...

Peut-être aux saints autels bientôt la reverrai -je, -Mais cette fois avec un anneau nuptial, La couronne de fleurs plus blanches que la neige Servant de diadème à son front virginal.

Oh! puisse alors celui qui des mains maternelles Te recevra, trésor d'innocence et d'amour, Chérir de ton œil noir les vives étincelles. Et préférer leur flamme à la clarté du jour!

Ainsi que l'hirondelle en un chalet rustique Vient construire son nid dans la belle saison, Que le bonheur s'arrête à ton toit domestique, Que les fruits, que les fleurs remplissent ta maison I

Et moi qui, loin de toi, croirai toujours entendre, Matin et soir, le son enchanteur de ta voix. Ces demi-mots que seul un frère sait comprendre, Va ces doux entretiens des beaux jours d'autrefois,

Entraîné loin du toit où coula ma jeunesse, Ainsi que le feuillage emporté, vers le soir. Par le vent glacial qui souffle avec tristesse, Parfois.à ton foyer, ma sœur, j'irai m'asseoir.

Ouel que soit ici-bas le destin qui m'adviennc, En quelque lieu du monde où le Seigneur m'ait mib:, Mon âme habitera toujours avec la tienne. Et nos anges gardiens seront toujours amis.

Car Dieu, qui les créa pour nous, en fit des frères. Ils descendent du ciel par le même chemin, Et, remontant tous deux y porter nos prières, Ils s'aiment comme nous et se donnent la main.

ADIEU A LA MER

ADIEU A LA MER

Salut, vaste Océan, salut, ô sombres voiles ! Là-haut que de soleils, de mondes et d'étoiles! Dans cette immensité, que je me sens petit ! Devant l'onde et le ciel mon cœur s'anéantit. Oh ! pourquoi t'agiter, créature éphémère. Mortels, que sommes-nous, hélas I et qu'est la terre ? Nousqui n'apparaissons qu'un instant sur les eaux, Qu'il faut peu pour briser nos fragiles vaisseaux ! Si, plus ou moins longtemps ballottés par l'orage, Nous devons tôt ou tard périr dans le naufrage. Pourquoi donc fîtes-vous notre vie, ô Seigneur, Si courte de durée, et si longue en douleur.

L'homme ne vit qu'un jour. Débile créature, 11 regarde un instant les cieux et la nature, Et puis il meurt. Pourquoi cet être infortuné, Au sombre désespoir en naissant condamné, Qui vient de la poussière et retourne en poussière, Rcve-t-il un séjour de gloire et de lumière, Où, satisfaits enfin, ses yeux et sa raison Voient un ciel sans nuage, un ciel sans horizon ? D'où lui vient cet attrait pour les profonds abîmes, Les monts aériens, les gigantesques cimes, Les vastes océans, les forêts, les déserts Et l'aigle audacieux qui plane dans les airs ) Tout est borné, Seigneur, dans la terre où j'habite. Et cependant je rêve à des champs sans limite. Partout à mes côtés se dresse le trépas, Et je veux un bonheur qui ne finisse pas. J'ai soif de l'idéal. Comme un prince en bas âge, J'attends en soupirant un céleste héritage, Et quand par l'ouragan je me sens emporté. Seigneur, j'aspire au port de l'immortalité.

C'est qu'il est dans mon cœur une voix qui me crie : Exilé, souviens-toi de ta sainte patrie. C'est que sur terre, en mer, dansleciel, en tout lieu, J'aperçois la grandeur ou la bonté de Dieu.

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C'est que le bruit du vent dans la foret profonde, Les concerts des oiseaux, le murmure de l'onde, Tous les sons enchanteurs, doux et majestueux Oui vibrent ici-bas sont un écho des cieux. Et c'est que l'Océan, ton gigantesque ouvrage. Seigneur, comme un miroir réfléchit ton image.

-Mer, je quitte tes bords. Demain je vais partir. Mais j'emporte avec moi ton vaste souvenir. Je me rappellerai que, lorsque l'œil te sonde, On sent l'esprit de Dieu qui plane sur ton onde, Mer incommensurable, et dont l'immensité Est l'image du ciel et de l'éternité.

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