‹ Souvenirs, 1860-1885Chapitre 18 sur 34 · A MA BIEN-AIMÉE · texte numérisé non relu

A MA BIEN-AIMÉE

Oh! quand tu charmes l'air par tes divins accents, Qui font rêver mon âme et tressaillir mes sens.

Pourquoi sur tes traits ce nuage ?

Quand la paisible mer, pure comme un miroir, Reflète doucement les étoiles du soir,

Pourquoi craindre le noir naufrage ?

L'oiseau chanterait-il son hymne de bonheur, S'il pensait, dans son nid, au cruel oiseleur,

Aux flèches qui brisent les ailes ?

Sans craindre l'épervier, sous le feuillage épais, La colombe repose en savourant en paix

Ses amours calmes et fidèles.

L'enfant dans l'avenir ne se voit point vieillard. Quand brille le soleil, nul ne songe au brouillard.

Aimons-nous sans crainte et sans trêve ! Que l'amour nous construise un séjour idéal, Et chassons loin de nous la douleur et le mal,

Ainsi qu'on chasse un mauvais rêve.

Je veux oublier tout, et que le printemps fuit, Et que l'onde s'écoule, et que le temps flétrit

Et jeune femme et fraîche rose.

Par un beau jour d'été, sous l'ombre des ormeaux. Le pâtre, en écoutant murmurer les ruisseaux,

Songe-t-il à l'hiver morose .^

Vois le printemps sourire, et puis sèche tes pleurs. Quand le zéphir frémit dans les bosquets en fleurs,

Oublions le souffle d'automne.

Qui va bientôt, troublant la surface des eaux, Ravir aux prés les fleurs, l'amour aux passereaux,

Aux forêts leur verte couronne.

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