PROMENADE EN MER
\'oici l'heure où l'on aime et l'heure où l'on espère, L'heure où les purs parfums qui s'élèvent du sol Charment le laboureur regagnant sa chaumière, L'heure où frémit dans l'air la voix du rossignol.
O vierges, n'est-ce pas, c'est une douce chose Que le zéphyr du soir dans une nuit d'été, Quand il ride les lacs et ranime la rose, Et remplit l'air de calme et de félicité ?
La pauvre aime écouter venir sa bienfaitrice, Qui monte à son réduit comme un ange de Dieu. Doux est au nai'tonier le bruit du vent propice Soufflant sur le cristal des mers limpide et bleu.
i62 SOUVENIRS
Doux est à l'exilé le chant de la patrie, Au rêveur le murmure enchanteur des ruisseaux, Doux est le son de l'orgue à la femme qui prie, Doux, sous un toit de chaume, est le chant des oiseaiux. Mais mille fois plus douce est ta voix adorée. Toi dont le souvenir fait tressaillir mon cœur, Femme à l'œil rayonnant, belle Muse inspirée, Jeune ange, en qui la grâce a la beauté pour sœur.
Oh! si pendant cette heure où mon âme ravie, Comme en songe, entrevoit le charme de la vie. Si je t'apercevais tout à coup devant moi. Qui depuis si longtemps n'existe que pour toi, A la pâle clarté de la lune blanchâtre; Si je voyais tes bras plus beaux qu'un pur albâtre, Tes épaules de neige et tes traits inspirés. Tes cheveux noirs, tes yeux remplis d'éclairs sacrés; Si, tandis que l'esquif fuit sur la mer profonde, Ta voix, ta douce voix charmait les airs et l'onde, En t'écoutant, amie, en voyant ta beauté. Dans cet instant d'extase et de félicité, Oh ! je ressentirais un bonheur que les hommes Ne peuvent espérer dans l'exil où nous sommes. Et que tous les mortels, les larmes dans les yeux, Poursuiventsurla terre, etnetrouventqu'auxcieux.
PROMENADE EN xMER i6?
Mais le temps s'attriste ; un nuaye, Sombre précurseur de l'orage, Glisse dans l'air silencieux.
Nuit brillante, nuit étoilée, Te voilà lugubre et voilée, Et l'épouvante s'est mêlée Au splendide éclat de tes feux.
Le tlot bouillonne; la tempête Dans le noir horizon s'apprête A réveiller la nuit qui dort...
Tandis que je pleure et je prie, Elle, à qui j'ai donné ma vie, Peut-être, hélas! elle m'oublie...
Batelier, regagne le port.
SEPARATIOX