‹ Souvenirs, 1860-1885Chapitre 32 sur 34 · AT DUC DE GRAMOXT-CADEROUSSE · texte numérisé non relu

AT DUC DE GRAMOXT-CADEROUSSE

Et, connaissant enfin le charme des prières, Gentilhomme chrétien, lu mourus comme un preux.

La population, qui lentement s'écoule, Prononçait quelques mots de pitié sur ton sort, Et saluait ton char funèbre : car la foule N'a plus qu'un seul respect, le respect de la mort.

L'église déployait une pompe royale,

On entendait gémir l'orgue aux lugubres voix.

Le soleil éclairait ta couronne ducale.

Qui rayonnait encor... pour la dernière fois.

Le sépulcre prend tout. En toi s'éteint ta race. Ainsi toute grandeur passe et s'évanouit. Ta barque, sur les Ilots, ne laisse point de trace; Ta mémoire et ton nomvont rentrer dans la nuit.

Mais nous, tes vrais amis, tes compagnons d'enfance, Nous qui t'avions vu prendre un si joyeux essor, Si brillant de gaîté, d'audace, d'espérance. Ne ménageant jamais ni ton sang, ni ton or,

Nous te conserverons un souvenir fidèle; Ta mort jette sur nous comme un voile de deuil. Nous pleurons sur ta tombe, et ton âme immortelle \'oit tes amis rangés autour de ton cercueil.

Oui, tabrillante image en nos cœurs doit survivre, Si, trompé par l'éclat factice du plaisir, Tu ne nous appris pas comment nous devons vivre, Tu nous apprends du moins comment on doit mourii

LES DEUX SONGES

LES DEUX SONGES

Je me suis endormi dans une nuit d'orage, Le ciel pleurait, et l'air était froid, et le vent Gémissait tristement ou soufflait avec rage, Et tout n'était qu'horreur sous le noir firmament.

Et mon sommeil fut lourd. La fièvre dévorante S'assit à mon chevet, et mes membres transis Sentirent le frisson de la mort. L'épouvante Me glace quand je pense au rêve que je fis.

Je rêvais qu'étendu sur un lit funéraire, J'entendais la douleur de mes amis en deuil, Et que, déjà couvert d'un pâle et froid suaire, J'écoutais l'ouvrier qui clouait mon cercueil.

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Et l'on porta mon corps dans une nef obscure Qu'éclairait à demi la lueur d'un flambeau. L'air était attriste d'un sinistre murmure. Bientôt tout chant cessa... J'étais dans le tombeau.

Quand je me trouvai seul en cette nuit profonde, Dire quel désespoir s'appesantit sur moi, Je ne l'essaîrai point. Non, nulle langue au monde N'exprimera jamais l'horreur d'un tel effroi.

Et je voulais pleurer, et mes yeux étaient vides, Les vers les consumaient, et je sentais glisser Leurs venimeux replis sur mes membres livides. Ilélas I et mon tourment ne devait pas cesser.

Et je me rappelais les charmes de la vie,

La lumière du jour, la fraîcheur du zéphyr,

Et j'étais là, souffrant l'éternelle agonie,

Et mon âme, grand Dieu ! ne pouvait pas mourir!...

Enfin ce rêve affreux s'est enfui... Je m'éveille, Mes cheveux sur mon front se dressent de frayeur, Et j'entends une voix qui me dit à l'oreille, Et tout bas : Souviens-toi du destin du pécheur.

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La nuit silencieuse était sereine et douce, Le firmament brillait d'un éclat enchanteur, Et les pâles rayons qui dormaient sur la mousse Argentaient la verdure et pénclraient mon cœur.

(Jue j'aimais ta fraîcheur, nuit si belle, si pure! Tu reposais les airs des ardeurs du soleil. Je m'endormis au bruit de l'onde qui murmure, l'n ineffable rêve a charmé mon sommeil.

La Vierge m'apparut, au sein des sombres voiles, Splendide, et j'entendis des sons harmonieux ; L'extase illuminait son front orné d'étoiles, Et tout n'était que joie et qu'amour dans les cieux.

Rien ne ferait comprendre une telle allégresse, Et l'homme ne pourrait l'éprouver sans mourir, Va mon cœur se disait, dans une sainte ivresse. Uuc sa félicité ne devait pas finir.

Ilélas ! je m'éveillai... Je crus entendre encore Vibrer au loin l'écho des célestes concerts. L'horizon blanchissait de l'éclat de l'aurore, Et, joyeux, les oiseaux s'élançaient dans les airs.

AS

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