LK SALON DE CH. FAUVETY
Vingt-cinq ans et plus ont passé. Plusieurs de ceux qui assistaient à ces réunions sont morts. Les autres ont été dispersés par les hasards de la vie et des Révolutions. Devenus vieux, tous ceux qui vivent encore regrettent, j'en suis certain, ce temps d'aspirations vivaces vers le beau, le vrai et le juste, qui les avaient réunis, sinon dans une môme communion, au moins dans une même confraternité.
Quant à moi, j'en ai conservé le plus vif, le meilleur souvenir.
» puisse être choisi par les électeurs, lui fournir y> l'occasion de ise faire entendre dans une des ma- » gnifiques conférences qui ont fait sa réputation à y* rétranger. Je suis convaincu que cela suffira, et » qu'il aura des chances sérieuses d'être élu. .>
Dans les séances de Maçonnerie Blanche, qu'on nomme aussi tenues d'adoption, on admet non seulement les Francs-Maçons, mais leurs femmes, les membres de leur famille et des invités qui n'appartiennent pas à l'institution maçonnique. La Loge que je présidais était absolument hostile à ces sortes de réunions. Fidèle aux vieilles traditions, , elle n'acceptait comme régulières que les réunions fermées, c'est-à-dire celles où les initiés seuls sont admis. Elle estimait, que la Maçonnerie se recrutant par initiation, par choix, perdait son caractère essentiellement intime, en admettant des étrangers à ses séances. Elle considérait la Maçonnerie Blanche comme une parodie de la vraie Maçonnerie, comme un jeu destiné à amuser les femmes, sous prétexte de leur faire connaître les principes de l'institution maçonnique et sous prétexte de les prémunir contre les calomnies dont les Francs- Maçons sont l'objet. Elle ne croyait point qu'il y eût le moindre intérêt pour l'institution à se livrer à des prédications, fatalement controversables, puisque toutes les opinions sont représentées dans
l'élection banckl 2o
les Loges, et que la Maçonnerie n'a pas de dogmes. Elle craignait aussi que inexpérience de certains membres ne compromit l'institution au lieu de la servir.
C'était là des appréciations particulières contre lesquelles bon nombre de Maçons, étrangers à notre Loge, protestaient; mais qui me mettaient dans l'obligation de refuser la proposition de Dubost, malgré le désir que j*avais de favoriser de tout mon pouvoir l'éleclion de Bancel. Ne pouvant rien attendre de ce côté, je m'adressai au docteur Montanier, président de la Loge Mars et les Aris^ qui, ayant sur les réunions maçonniques des opinions très différentes de celles de la Loge que je présidais, préparait, en ce temps-là, une grande séance de Maçonnerie Blanche pour laquelle plusieurs orateurs célèbres, notamment Jules Simon et Eugène Pelletan, avaient déjà promis leur concours.
L'excellent docteur accueillit ma demande avec le plus grand empressement et le nom de Bancel fut inscrit parmi ceux des orateurs qui figuraient déjà dans le programme de cette grande réunion.
Préparée avec le plus grand soin, la solennité organisée par la Loge Mars et les Arts, eut lieu dans la salle des fêtes du Grand-Orient de France,
3 Cadet, no 16, le dimanche 14 mars, au milieu
n concours considérable de francs-maçons, de
dames et de personnes étrangères à la maçonnerie. Le docteur Montanier, Jules Simon et Eugène Pelletan obtinrent d'énergiques applaudissements. Quant à Bancel, il provoqua un véritable enthousiasme. Son succès fut inouï et dépassa toutes nos espérances.
Personne n'avait été mis au courant de nos projets. Personne n'avait essayé, en vue d'une prochaine candidature, de la recommander à Tattention des personnes présentes, et cependant, à la sortie de la salle, son nom était sur toutes les lèvres. Sa chaleureuse éloquence ; sa physionomie franche et sympathique; les souvenirs glorieux des grands jours de la dévolution qu'il avait évoqués avec un rare bonheur d'expressions et avec une émotion profonde, avaient électrisé l'assemblée.
Bon nombre de ceux que préoccupaient à juste titre les prochaines élections se disaient tout bas que ce vieux républicain, victime d'une longue et odieuse proscription, que ce lutteur loyal et énergique, était bien l'homme qui représenterait le mieux devant le pays leurs sentiments et leurs espérances. Survivant d'une époque toujours regrettée, il apparaissait, en outre, à leurs yeux, comme une protestation vivante contre l'arbitraire impérial, comme le symbole de leurs légitimes re- ^endicationst