HEURES DE PRISON
Pendant tout le règne de Napoléon III, je me refusai formellement à faire le service de garde national. Je demeurais rue Tiquetonne et j'avais pour sergent-major un pharmacien de la rue Montorgueil qui avait juré de vaincre mon obstination et qui m'envoyait billets de garde sur billets de garde, convocations sur convocations.
Je ne répondais à rien.
Un jour, enfin, je fus averti que j'avais été condamné à vingt-quatre heures de prison et que je devais me hâter de me rendre à la maison de correction de la Garde nationale, située rue Boulainvillers, si je ne voulais y être conduit par deux gardes municipaux. Préférant ne pas être accompagné , je m'y rendis seul. Arrivé vers quatre heures de l'après-midi, je trouvai le directeur en-
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veloppé dans une immense robe de chambre : il procéda à mon écrou avec ur^e solennité véritablement surprenante pour une aussi mince capture . Il me livra ensuite à un gardien, qui me conduisit au premier étage, dans une chambre éclairée par une grande croisée, ayant vue sur la rue.
— Voici votre cellule, me dit le gardien.
— Elle n'est pas trop désagréable, lui dis-je, pour une prison, et il ne me serait pas trop difficile de m'évader si l'envie m'en prenait.
— A votre aise. Je ne courrai pas après vous . Seulement, cela pourrait vous coûter cher. Une évasion entraînerait certainement une détention plus longue qu'il ne vous conviendrait.
— Soyez tranquille, je n'essaierai pas.
— Monsieur a-t-il dîné ?
— Non pas encore.
— Que voulez- vous manger?;
— Dites-moi d'abord ce que vous avez.
— Ne vous préoccupez pas de cela, je vous donnerai ce que vous voudrez.
Je n'avais jamais visité une prison et mon imagination s'en était faite une idée des plus sombres. Sans prendre bien au sérieux la prison des gardes nationaux, je n'avais jamais pensé qu*on pût y être traité comme aux Frères provençaux.
— Donnez-moi, dis-je au gardien, un potage,