‹ Souvenirs, 1860-1889Chapitre 21 sur 47 · MENESCLOU · texte numérisé non relu

MENESCLOU

a Ah bon I ah bon ! » dit instinctivement, par deux fois, Menesclou en s'asseyant sur le lit.

On lui offrit du vin pour le réconforter pendant qu'il s'habillait; il en accepta un verre sans prononcer une parole, le regard fixe, perdu dans le vague, ne paraissant avoir conscience ni de ce qu'il était, ni du terrible drame où il jouait le principal rôle.

Puis, d'un pas assez ferme, marchant machinalement, il suivit, à travers les ateliers et les couloirs qui vont des cellules des condamnés à mort au greffe, les personnes qui étaient venues le chercher.

Au pied de la guillotine, il parut reprendre possession de lui-même.

« Surtout, embrassez bien mon père », dit-il, à M. l'abbé Crozes.

On remarqua qu'il n'avait rien dit pour sa mère. On racontait même qu'elle avait demandé quelques jours avant à le voir, mais qu'il avait très résolument refusé de la recevoir.

Après l'exécution, dans la foule immonde qui se précipitait vers le lieu du supplice, je remarquai avec une stupéfaction mêlée de dégoût un homme estropié, faisant des bonds énormes à l'aide de ses béquilles, pour dépasser en vitesse ceux qui couraient avec lui. Ce malheureux qui, mû par un

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sentiment ignoble, s'exposait à chaque instant à être renversé et foulé aux pieds par les forcenés avec lesquels il luttait de vitesse, m'inspira une véritable horreur.

En rentrant à la préfecture je me disais : l'exemple de Biloir n'a pas empoché le crime de Lebiez et de Barré; l'expiation de Lebiez et de Barré n'a eu aucune influence sur Prévost, la peine de mort qui a frappé Prévost n'a pas retenu Menesclou. Dans l'histoire de ces criminels, cliacun d'eux a pris pour exemple le crime même de ses prédécesseurs. Â.ucun n'a été arrêté par la peine qui les a frappés tous .

A quoi sertdon-j cette peine? Ce sont là, dira-t-on, des faits isolés, des exceptions dont on ne peut tirer aucune conclusion.

Non ; ce sont de nouveaux et frappants exemples de l'inefficacité de la peine de mort. ■

GAMPI.

L'affaire Michel Campi mérite à tous les points de vue d'être classée parmi les causes célèbres qui ont le plus préoccupé l'opinion publique. Le mys- 'êre qui entoura le mobile du cri nge de l'assassin, la persil

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