‹ Souvenirs, 1860-1889Chapitre 26 sur 47 · KŒNIG · texte numérisé non relu

KŒNIG

Kœnig, dit « le Môme », était à peine âgé de vingt ans. Il appartenait, comme ses complices : Forget, Hullot et Bouillon, au monde infâme des souteneurs et rôdeurs de barrières.

Le 11 juillet 1885, ces quatre misérables avaient assassiné, pour lui voler une somme insignifiante, un débardeur nommé Courlix qui avait passé la soirée avec eux.

La Cour d'assises condamna, le 10 février 1886, Kœnig et Forget à la peine de mort. Bouillon et Hullot, aux travaux forcés à perpétuité. Forget était âgé de vingt-deux ans; Hullot et Bouillon avaient vingt ans à peine.

Les deux condamnés à mort ayant signé un recours en grâce, comptant, en raison de leur âg**, sur rindulgence du Président de la République, attendaient à la Roquette, aussi patiemment que possible, que M. Grévy eût statué sur leur sort. Mais Forget seul vit sa peine commuée en celle des travaux forcés à perpétuité.

Quant à Kœnig, il fut exécuté le 9 avril 1886, X mois après sa condamnation, en de plus lamentable que cette exécution...

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Kœnig, de très petite taille, sans barbe, ayant l'air d'un enfant, inspire à la fois dégoût et pitié, pitié surtout, à ceux qui assistent jusqu'au dernier moment à sa terrible expiation.

Quand M. Beauquesne entre dans la cellule, le condamné dort paisiblement. Subitement réveillé, il s'écrie avec épouvante : « Qu'y a-t-il donc ? *>

a — Votre pourvoi a été rejeté, lui dit doucement le directeur, ayez du courage. »

Le misérable fond en larmes, et au milieu des sanglots : « Quoi? dit-il, mourir, moi, mais je suis » innocent. Grâce ! grâce ! Je n'ai pas tué, je ne » mérite pas la mort. »

Pendant qu'il traverse les couloirs qui conduisent au greffe, il crie et se désespère. Ses lamentations retentissent dans toute la prison. Arrivé à la salle où les entraves vont lui être mises, il aperçoit le bourreau et ses aides qui s'approchent de lui. « Ne me touchez pas ! ne me » touchez pas ! je ne veux pas mourir, je suis » innocent. »

L'aumônier essaie de le calmer et lui parle de sa mère. « Ah ! oui, ma pauvre mère. Quelle hor- » rible tristesse pour elle ! Me voir mourir ainsi ! » Elle devait venir me voir aujourd'hui. Elle ne » sera pas là, heureusement. »

Quand il est à deux pas de la guillotine ses

lamentations redoublent. « Jesuisinnoc 11 puisque je vous dis que je suis innocen » grâce! Non, non, je ne veux pas mouri

Un aide de l'exécuteur le prend par Kœnig se rejette violemment en arrière sionomie en ce moment est épouvanfc yeux sont hagards; son visage complet»

composé par la terreur, n'a presque i li'humain. L'aumônier l'embrasse deux i présente le crucifix. Mais rien ne calme l reux qui fait des efforts inouïs pour re core : « Non, non, je ne veux pas mourir

D'une voix désolée, il appelle sa mère, déchirants sont liorribles et produisent assistants la plus douloureuse émolion.

Pour mettre un terme à cette scène teur pousse vivement Kœnig vers la ba s'abaisse, mais un nouveau mouvement prolongeant encore cette abominable agoni la tête du condamne de la place qu'elle d per, pour que l'exécution soit possible.

L'horreur est au comble.

On saisit vigoureusement le mallieurei ramène en avant, on le retient.

Toute nouvelle résistance est impossibi

Il pousse un cri terrible — le derniei i

'pel encore à sa mèrei et tout est fini.

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Que ceux qui ont assisté à cetle terrible lutte d'un enfant — criminel, très criminel, soit, mais d*un enfant — contre le bourreau et ses aides, que ceux-là disent si, dans leur âme et conscience, de pareilles scènes sont dignes d'une nation civilisée.

BIVIËRE et FRET.

Rivière et Frey appartenaient à la pire espèce des souteneurs.

Le 23 mars 1886, tous les deux s'étaient rendus dans la soirée, boulevard de Charonne, chez une dame Deshayes dans le dessein bien arrêté de voler l'argent qu'elle avait chez elle et tous les objets dont ils pourraient s'emparer. Frey avait autrefois habité l'hôtel garni tenu par M™° Deshayes. S'étant lait reconnaître, la malheureuse femme consentit à ouvrir la porte de sa chambre, malgré l'heure avancée.

A peine entrés, les deux bandits se jettent sur elle, la renversent, et pendant que Rivière lui lie gs jambes, Frey la saisit par le cou et l'étrangle.

Us commençaient à fouiller les meubles, quand ."ois musiciens ambulants, d'origine italienne,

rentrant après leur journée, et ne voyant pas, comme d'habitude la maîtresse de Thôtel, regardent par le trou de la serrure et aperçoivent le corps inanimé de la victime et les deux assassins bouleversant en toute hâte les tiroirs pour s'emparer de ce qu'ils contenaient.

Après avoir solidement attaché la porte, les Italiens courent prévenir les agents de police, qui procèdent immédiatement à l'arrestation des deux malfaiteurs.

Condamnés à mort le 9 juillet 1886, Rivière et Frey cherchent à gagner du temps en s'accusant de crimes qu'ils n'ont pas commis et dont l'instruction nécessiterait le retour à Paris de malfaiteurs qui sont dans la Nouvelle-Calédonie.

Détenus à la Roquette, n'ayant pas réussi à faire ouvrir une instruction pour ces prétendus crimes, ils perdent bientôt tout espoir de voir leur peine commuée.

Frey était né à Paris le 12 novembre 1859. Fils naturel, reconnu seulement par sa mère, ayant eu sans doute une enfance très malheureuse, on l'avait surnommé, Pa5 (^(? chance; triste surnom, que par une fantaisie lugubre, il portait tatoué sur le front, le mot chance se trouvant entre les deux

^rcils. Un autre tatouage laissait voir sur son 5 droit les mots : V Enfant du malheur.

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Rivière était né dans le département du Cantal, le 6 juin 1856.

Leur exécution ayant été fixée au 4 octobre (quatre-vingt-sept jours après le prononcé de la condamnation) une foule considérable, attirée par rhorrible attrait d'une double exécution, envahit, vers minuit, la place de la Roquette. C'est après des efforts inouïs que les agents parviennent à la refouler dans les rues voisines.

A trois heures, l'exécuteur commence à monter sa machine, travail minutieux, auquel il apporte toujours le plus grand soin, essuyant ou faisant essuyer par ses aides, pièce à pièce, chacun des morceaux qui la composent. M. Deibler y met de la coquetterie. Il tient à ce que tout soit parfaitement brillant, propre, correct, à l'abri des critiques des journalistes qu'il redoute par dessus tout. Quand la machine est montée, il s'assure qu'elle fonctionne bien en faisant glisser à plusieurs reprises, dans la rainure, l'horrible et lourd couteau, qui, à la lueur vacillante des lanternes, brille, d'un éclat sinistre.

Le jour commence à poindre lorsque M. Beauquesne entre dans la chambre de Rivière ; il le trouve debout, à moitié habillé. Le directeur lui annonce, suivant la formule habituelle, que son re-

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cours en grâce a été rejeté et lui recommande d'avoir du courage.

a Ah ! je m'y attendais, dit Rivière • . . Et l'autre, » y passe-t-il aussi ? »

M. Beauquesrie répond qu'il l'ignore.

« C'est tout de môme malheureux, ajoute Rivière. » Je sais bien que je ne suis pas innocent ; mais » enfin, je ne suis pas l'auteur du crime : c'est » l'autre. »

Pendant qu'il complète son habillement, M. l'abbé Colomb, vi-caire à Saint-Sulpice, qui a accepté la douloureuse mission de l'accompagner, lui offre un verre de rhum que Rivière accepte.

Après quelques instants de silence, Rivière reprend : « Non, non, ce n'est pas Dieu possible! Si » seulement j'étais le véritable auteur de Tassas- » sinat, vous verriez si j'irais avec courage ! »

Pendant la dernière toilette il apprend que Frey aussi va être exécuté. « M. Grévy n'est vraiment » pas clément, dit-il ; mais c'est égal, je suis conw tent que l'autre y passe. »

Quand ses jambes sont liées, il se lève brusquement en disant : « Sacré Frey va ! si je le tenais ! » Puis il ajoute : « Je suis prêt ; mais » vraiment, quatre-vingt-dix jours d'attente, c'est » trop. »

M* l'abbé Colomb l'exhorte à avoir confiance

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