RIVIÈRE ET FREY
Dieu. « Je ne crois plus à rien, répond-il. Il n*y a » plus de Dieu. . . Laissez-moi tranquille. »
Quand il sort de la prison, on l'entend dire : « Faut-il que j'aie rencontré Frey ce jour-là ! »
Il répète ensuite ce qu'il a déjà dit : « Si j'étais » l'auteur du crime, mais je ne suis que le com- » plîce ! »
Au pied de la guillotine, il s'écrie :
« Vous pouvez dire au père Grévy que c'est un }) .assassin ! »
Ce sont ses dernières paroles.
Frey dormait quand on entre dans sa cellule pour lui annoncer que sa dernière heure est venue. Il se lève immédiatement, sans manifester le moindre étonnement, sans se plaindre.
L'abbé Faure, aumônier de la Roquette, Tayant invité à prier Dieu, Frey sourit et répond : « Oh ! ça ne fait rien du tout, oh là ! là 1 .. . » Et un moment après il ajoute : « Hé bien, ça y est, voilà tout. » L'aumônier se rapproche de lui ; Frey le repousse : « Ah! vous savez, monsieur Tabbé, laissez-moi » tranquille, ne me parlez pas de votre bon Dieu, » c'est inutile. »
On le conduit à la pièce voisine de celle où on "ait la dernière toilette de Rivière. Il marche résolument. Quand l'exécuteur lui a lié les bras et les arabes, Frey, qui trouve que ces précautions sont
inutiles, se met à rire, et, s'adressant à M. Deibler : « Il n'y en a plus cette fois? » Puis se levant et essayant ces jambes : « Ce ne sera pas facile vrai- » ment de marcher ainsi, dit-il, ce n'était pas la )) peine, j'y serais bien allé sans cela. »
M. Tabbé Faure croit devoir insister, il s'approche encore une fois du condamné; mais encore une fois Frey le repousse en disant : « Laissez-moi donc » tranquille. »
Conduit sur la place, à dix mètres environ de Rivière dont la tète va être tranchée, l'aumônier voulant cacher à Frey cet horrible spectacle, se place devant lui pour masquer la guillotine. « Otez- » vous donc de là, s'écrie Frey, je ne veux pas de » vous. »
L'aumônier s'étant retiré, Frey regarde l'horrible tableau qu'il a sous les yeux. Devant lui la guillotine; entre la guillotine et lui, Rivière dont les exécuteurs vont s'emparer ; au delà à quelques mètres de distance un peloton de gendarmes à cheval, le sabre au clair, formant un demi-cercle devant la terrible machine, à droite et à gauche, à huit ou neuf mètres du point central, des rangées de gardiens de la paix et de gardes républicains maintenant une foule avide de voir et d'entendre ; derrière les gendarmes sur le terre-plein de la pe-
^ Roquette, une réserve de gardes républicains à