‹ Souvenirs, 1878-1893Chapitre 20 sur 23 · MO SOUVENIRS · texte numérisé non relu

MO SOUVENIRS

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exclusivement au commandant en chef. Le méc^* % ,f:>^ nisme se montra dune solidité et d'une souple*^ \ ^ à toute épreuve. Les attachés militaires en emp*' tèrent une impression profonde et j'ai su par not^ ambassadeur à Berlin, M. Herbette, que le gnxP état-major allemand en avait conçu un surcro d'estime pour nos institutions militaires.

Le décret donne à Tétat-major des attribution^^ fort étendues, qui n'ont pas été restreintes par me successeurs. Elles visent, en principe, tout ce qui touche la préparation à la guerre et notamment : la mobilisation et la concentration; remploi des chemins de fer et des voies navigables; l'organisation et l'instruction générale de l'armée; la préparation et la coordination des travaux du conseU supérieur '^^ -^' de la Guerre; les missions d'inspection confiées à -^ ^ ses membres. Le chef d'état-major est rapporteur ^«^-^' permanent auprès du conseil et sert de trait d'union ^^^^ entre celui-ci et le ministre.

Cette réforme me permit den réaliser une autre», -r "* ^* dont je n'avais que trop senti le besoin en 1870 : elle conoorne les rapports avec les compagnies de ^'^^ '^ chemins de fer. La législation en vigueur accordait -^ * au ministre un droit général de réquisition du per- — ^' soniiel et du matériel en cas de guerre. Ce droit -^ n'était ni précise ni réglé, et surtout l'application n'en était pas préparée dès le temps de paix. Pendant ma délégation à Tours et à Bordeaux, je dus faire usa^e de procédés dictatoriaux, que les circons-

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Qces excusaient, mais qui ne constituent pas une nne méthode. Il convient que les mesures de cet dre soient concertées d'avance et que la mobilisa- ►n n'ouvre pas une ère d'improvisations et d'àups. Les Chambres adoptèrent, à la fin de 1890, le loi qui prévient les difficultés. Les décrets qui la îveloppent ont institué, auprès de chaque compalie, un commissaire militaire, délégué de Tétatajor, qui s'associe intimement avec le délégué t la compagnie, pour résoudre toutes les questions ncernant les besoins de larmée. Aussitôt Tordre ' mobilisation lancé, ce commissaire, assisté à n tour du délégué de la compagnie, prend en ain la haute direction du chemin de fer et le su- »rdonne entièrement aux nécessités de la défense. 3tte organisation, éprouvée dans les grandes maeuvres, n'a donné lieu à aucune retouche. Je dois rendre cette justice aux compagnies que m seulement elles n'ont pas suscité d'obstacles au »te de la loi, mais qu'elles en ont facilité Tapplicam autant qu'il était en leur pouvoir. Nonobstant monopole d'Etat dont les chemins de fer sont »bjet en Allemagne, nous nous trouvons aussi bien irtagés que nos voisins. En temps de guerre, »us aurons les mêmes facilités de transport, nous mmanderons à un personnel également préparé et itraîné, nous rencontrerons, du haut en bas de 'chelle, tout autant de dévouement et non moins

î patriotisme. Comme preuve de l'état d'esprit qui

règne dans ces administrations au regard de défense nationale, je citerai l'obligation béné^oi ment acceptée par elles, à ma demande, et depu ^ lors scrupuleusement exécutée, d'entretenir en toij^'^ temps, dans Tcnccinte du chemin de fer, un appro ^^« visionnement de charbon suffisant pour assurer la^^ marche de l'exploitation pendant un délai minimum ^ de deux mois.

11 m'a été donné de voir combien l'attention du pays est en éveil, avec quel empressement les concours se présentent quand des indices de guerre même très vagues se montrent à l'horizon. La suc- — ""^^ cession de ces réformes, les bruits qui couraient sur le tempérament du nouvel empereur d'Allemagne stimulaient au plus haut point les officiers du cadre de réserve. De tous côtés ils demandèrent à être exercés plus fréquemment, à multiplier les contacts-^s-^ts avec les camarades de l'armée active, en un mot à se*^ ^^ rendre plus aptes à jouer leur rôle au moment de la^^^^ mobilisation. Je fus conduit à proposer au parlements^ .^-«t des modifications aux conditions de la retraite, dcfi^^-Bc façon que les officiers généraux arrivant à la limiU?-^^^-^^ d'âge pussent s'inscrire plus aisément au cadre dcs:^-^^ réserve et prolonger ainsi leur collaboration. Parmt #^*^* les offres de concours qui passèrent sous mes yeux je citerai cette lettre peu connue du duc d'Aumale :r

Chantilly, 16 juillet 1890.

« Monsieur le Ministre,

«< J'ai l'honneur de vous renouveler l'expression d'un vœu que j'ai déjà cherché à vous faire parvenir.

« Je vous demande de me mettre en mesure de servir en temps de guerre et je me tiens à votre disposition.

« Soyez assuré que le jour où le déclin de mes forces physiques me mettrait hors d'état de servir utilement, je serais le premier à vous en prévenir.

« Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'assurance de ma haute considération.

« H. d'Orléans, « duc d'Aumale. »

Si la décision n'avait dépendu que de moi, je n'aurais pas hésité à rapporter l'arrêté du général Boulanger (qui, à mon avis, s'était écarté de l'esprit de la loi) et à réintégrer le duc d'Aumale dans son grade de général de division, pour le placer au cadre de réserve. Le prince était en possession de toutes ses facultés physiques et morales, il en donnait tous les jours des preuves et sa lettre au besoin, par son écriture élégante et ferme, en aurait témoigné. Ses frères d'armes auraient salué avec joie son retour dans l'armée. Malheureusement ma bonne volonté

se trouva paralysée par Tarrôt du Conseil d'Etat, qui avait rejeté son pourvoi de 1886. En présence d'un jugement souverain et quelle que fût mon opinion personnelle sur la mesure prise par mon prédécesseur, je ne pouvais que m'incliner. Le conseil des ministres estima de même que la pétition du prince ne comportait pas de suite. Je m'en expli- . quai avec M. Limbourg, venu me voir de sa part et trop bon juriste pour insister*.

En même temps que je poursuivais Talliancc avec la Russie, je désirais améliorer nos rapports avec l'Angleterre. Ils étaient demeurés empreints de quelque froideur depuis 1882 ; même vers la fin du ministère Ferry, ils avoisinaient la rupture. Bien (|u'ils se fussent détendus en 1885 par suite de notre attitude dans la conférence relative au canal de Suez, ils n'avaient pas repris leur imcienne cordialité. M. Ribot, qui partageait mon sentiment, s'ap j)li(jua, dès la première année de son ministère, à négocier avec nos voisins, sur un ton très amical. Il (^ntrevit d'abord la i)ossibilité d'un accord au sujet de rKgypte. Les circonstimces permirent de rou-

1. Le duc tl'Auiiialene me «ardapas rancune de l'incident. LorsqiK' je lui rendis visite, faubourg Saint-Honoré. h l'occasion de ma candidature ii lAcadémie française, il me reçut de la meilleur*» pràcc. Je ne lui demandai pas sa voix, il ne me la promit pas. mais jo sais qu'il me la donna, au deuxième tour de scrutin. A l'Académie nos relations ont ^té, jusqu'à sa mort, des plus cordiales; il voyait toujours en moi l'ancien ministre de la Gueri*e.

vrir des pourparlers depuis longtemps suspendus. Le IG avril 1890, Tambassadcur de Turquie, Essad Pacha, lui posa cette double question : Le gouvernement français serait-il prêt à renouveler par écrit sa déclaration de 1888, à savoir que, si les Anglais quittaient TEgypte, les Français ne prendraient pas leur place? Le Sultan pourrait-il faire usage de cette déclaration auprès du gouvernement britannique? Sur les deux points, la réponse de M. Ribot fut affirmative.

On devait croire, dès lors, que des négociations ne tarderaient pas à se nouer entre la Porte et le cabinet de Londres et que nous serions appelés à y participer. Mais M. Waddington, mis au courant par M. Ribot, montra, dans une dépèche du 29 avril, que les Anglais étaient moins empressés que nousmêmes : « J'ai dit à Lord Salisbury, écrivait notre ambassadeur, que je tenais à lui affirmer que j'avais trouvé chez vous un désir marqué d'arriver à une entente sur les affaires de l'Egypte, s'il était possible de le faire à des conditions honorables pour les deux pays, et je lui ai demandé sur quel terrain il entendait se maintenir aujourd'hui. Il m'a répondu que la convention Wolff était un minimum qu'il avait eu quelque peine à faire accepter par ses collègues... 11 ne m'a d'ailleurs rien dit de nature à fermer la porte aux négociations. » 3ur la base de la convention Wolff, nous ne pouvions entamer des pourparlers. Nous avions toujours la même objcc-

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iioD à ce que les Anglais, une fois sortis de l'Egypte, pussent T rentrer, en vertu de cette même convention, si quelque danger inopiné venait, d*après eux, à menacer le pays. Nous en restâmes donc là. Néanmoins la tentative ne fut pas inutile, car elle montra à nos voisins les dispositions conciliantes dont nous étions animés.

M. Ribot eut plus de succès dans le règlement de nos possessions respectives à Test et au centre de TAfrique. Par une convention en date du 5 août 1890, la France, renonçant à se prévaloir des droits queUe tenait d^une convention antérieure, reconnut le protectorat britannique sur Zanzibar. De son côté, l'Angleterre reconnut le protectorat français sur Madagascar, ce qui nous donnait les coudées franches, les autres puissances étant presque désintéressées. En outre, les deux contractants déterminèrent leurs zones d'influence dans les régions qui s'étendent «iu sud do la Méditerranée. La ligne do démarcation fut tracée de Say, sur le Niger, au lac Tchad. L'Angleterre conservait les anciens domaines du roi Sokoto, tandis que la France exerçait son action sur le vaste territoire connu sous le nom de Sahara, dont certaines parties valent mieux que leur réputation. Nous avions ainsi toute liberté pour nous développer au sud de TAlgérie et plus tard du Maroc, de même que pour élargir vers le nord et vers l'est nos domaines du Congo. Cet arrangement était équitable et, malgré quelques plaisan-

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leries d'un goût douteux hasardées par Lord Salisbury à la Chambre des lords, au sujet du « désert brûlé » qui nous était dévolu, elle produisit un réel soulagement des deux côtés du détroit. Nous faisions tomber le principal obstacle à notre expansion africaine et nous supprimions de nombreuses causes de frottement entre les deux pays. Le jour où la difficulté égyptienne disparaîtrait à son tour, rien ne s'opposerait plus à leur étroite entente.

A rintérieur, la situation du cabinet, en apparence brillante, restait au fond assez précaire. Nous vivions par la tolérance de l'extrême gauche qui, en portant ses quatre-vingts ou cent voix du côté de nos adversaires irréductibles, pouvait, à tout instant, nous mettre en minorité. La conduite de ce groupe fut assez méritoire. Nous ne pratiquions pas sa politique et cependant il résista longtemps à la tentation de nous renverser. Nous étions souvent gênés par l'obligation de le ménager sans lui céder. Ce fut là une des faiblesses de la République depuis la démission du maréchal de Mac-Mahon. Le parti républicain désormais divisé avait pour arbitre la droite. Le danger ne diminua pas après les élections de 1889. Elles avaient eu lieu sous l'empire de passions exacerbées. Les monarchistes, déçus dans leurs espérances, avaient à cœur d'obtenir des revanches parlementaires, qui ne semblaient pas impossibles. En cinq ans, ils avaient vu succomber

huit ministères ^ Le neuvième, le mien, résistait encore. Ils épiaient le moment où il subirait le même sort. L'extrême gauche jusqu'ici s'était refusée à favoriser leur dessein. Elle s'abstenait quand son vote eût entraîné notre chute. Mais une telle abnégation ne pouvait durer toujours.

Deux ordres de faits devaient fatalement nous mettre en désaccord avec le parti avancé. Dans les classes ouvrières s'accomplissait une évolution profonde. -"•

Elles prenaient de plus en plus conscience de leur *"* r force et de leur sort, trop souvent misérable. Déjà, ^ ^y en 1886, à Toulouse, j'avais signalé ces grèves ré- — ^• pétées, indice d' « un problème qui n'est pas ré- — ssolu ». Le malaise allait grandissant. Notre décla- — -«ration ministérielle du 18 mars 1890 reflétait nos ^^s sentiments à cet égard : « Nous sommes, disions- — snous, à une époque de transformation sociale où la m^^^ condition des travailleurs est justement l'objet de ^^ ^ préoccupations nouvelles. » J'avais conçu un projet -^ "^^ de loi sur les retraites ouvrières, que nous discuta-

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mes au conseil l'année suivante et qui fut déposé -'-^e sous les signatures de M. Constans, ministre de rintérieur, el de M. Rouvier, ministre des Finances^.

i. Feri7, mars 1885; Urisson, décembre 1885; Freycinet, décembre 1880; Goblet, mars 1887; Rouvier, novembre 1887; Tirard, mars 1888 ; Floquet, février 1880 ; Tirard, mars 1890.

2. Ce projet, qui reposait sur le principe de l'assurance facultative, parut alors bien hardi. II est aujourd'luii singulièrement dépassé par les lois qui ont organisé l'assurance obligatoire, môme dans les campagnes.

Une pareille évolution ne se poursuit pas sans heurts et sans secousses. La grève, arme à deux tranchants, est trop à la portée du travailleur pour quïl n'y recoure pas même à contretemps et pour qu'il ne raccompagne pas souvent dVxcès préjudiciables à sa cause. De là chez les gouvernements des soucis infiniment graves. Car leur rôle est aussi malaisé qu'ingrat. Il ne suffit pas à un ministre d'être bien intentionné et secourable à ceux qui souffrent; il reste à la merci des tristes hasards que les grèves font naître. C'est d'elles, peut-on dire, qu'on sait comment elles commencent, mais qu'on ne sait jamais comment elles finissent. Aussi observions-nous avec inquiétude l'agitation qui s'accusait dans le monde du travail, particulièrement en cette année 1890.

Une seconde cause d'appréhension se révélait à nous, de nature très différente. Nous assistions au réveil de cet esprit qui, de 1871 à 1880, avait fomenté la lutte de laquelle étaient sortis l'article sept et les décrets sur les ordres religieux. Le clergé, qui durant quelques années avait gardé l'attitude convenable à sa haute mission, s'était de nouveau laissé glisser sur la pente dangereuse de la politique. Les élections de 1885 et, plus encore, celles de 1889 l'avaient montré, sur plusieurs points du territoire, donnant la main au parti monarchique. Certains évêques le prenaient de haut avec le gouvernement. Des mandements, des lettres

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pastorales respiraient plutôt la polémique que la sérénité évanjçélique . Le ministre des Cultes, bien connu cependant pour sa pondération, M. Fallières, ne rencontrait pas les ég^ards auxquels il avait droit. La méconnaissance de Tautorité civile perçait fréquemment dans la correspondance des prélats. Des mesures de rigueur ne tarderaient pas à s'imposer et d'avance nous savions qu'elles paraîtraient aux uns excessives, aux autres insuffisantes. Ainsi se nouerait par la force des choses la coalition redoutée de la droite et de l'extrême gauche. Nous arrivions au seuil de notre deuxième année de pouvoir sans trouver devant nous la sécurité et la durée qu'ont connues plus tard d'autres ministères. La stabilité ne pouvait être que le fruit de l'élimination progressive des monarchistes du parlement. Or, au début de l'année 1891, ils disposaient à la Chambre de plus de deux cents voix.

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